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Le monde est foot...

Nous aimons la vie en tribu, en clan, en famille, la foule, la houle, la communauté, la communion, la présence, la voix, l'odeur, l'effervescence des nôtres. Viens avec nous, toi qui es comme nous, tiens, mange ! Tiens, bois ! C'est bon, ça fait un bien fou d'être ensemble, entre pareils et mêmes, de même couleur, de même sang, de même obédience, du même village et même du même collège, du même immeuble, du même quartier. On se sent plus fort, en sécurité, protégé contre la différence, l'indifférence, l'autre qui nous renifle, et passe et nous ignore. La pire angoisse pour un Libanais est de ne pas compter. Il parle fort, se parfume lourdement, fait des scènes en public, exige d'être respecté. Ses joies sont aussi bruyantes que ses peines, et quand la voix ne suffit pas, il donne de la mitraillette et de l'obus de mortier. Ce n'est pas facile d'être né dans un repli du monde, si minuscule que pendant longtemps, jusqu'à cette guerre qui a eu le bon goût de faire pas mal de bruit, bien peu étaient capables de le désigner sur une carte.

 

Alors le foot, cette grand-messe mondiale du rire et de l'oubli, de la bière en tonneaux et des hurlements d'enthousiasme, cette fête du mâle dans la verte arène, vous pensez bien que c'est pour nous. Et dire qu'on a cru un moment nous en priver pour des questions triviales ! Mais on en connaît qui auraient tué pour voir le foot ! C'est bien le moment de parler d'argent quand, de toute manière, les caisses sont vides... Un peu plus, un peu moins, on en connaît qui auraient tué pour y avoir droit, à ce foot. Même en farsi sous-titré turc ! Quoi!

Alors que le monde entier fait des ola dans les tavernes, épaule contre épaule en s'entrechoquant des bocs, nous qui en avons tant besoin, nous aurions été exclus de la fête ? Car cette parade virile dont l'enjeu paraît si dérisoire – faire entrer un ballon dans un filet –, c'est le souffle planétaire suspendu à un numéro sur le dos d'un tee-shirt, aux crampons fluorescents (on veut les mêmes) qui terminent une paire de jambes coulées dans du bronze. Faire entrer un ballon dans le but adverse, c'est conquérir un territoire, envahir un pays, violer un espace défendu et le faire en équipe, en tribu, en clan, en famille, entre soi, comme on le fait chez nous.


D'ailleurs, il n'y a pas que nous. Il nous semble parfois que le passage de ce siècle est bien plus pénible, bien plus déroutant qu'il ne l'a été de toute l'histoire de l'humanité. Ce « Nouveau Monde » qu'était l'Amérique se fait bien vieux, et que dire de la vieille Europe qui se sent désormais croulante ? Les pays émergents tardent à émerger, et en tout cas n'y arriveront pas tout seuls. De quels pays parle-t-on, d'ailleurs ? Il n'y a plus de pays. Le moindre objet que nous utilisons, le moindre aliment que nous consommons sont le produit d'une dizaine d'interventions internationales. Seuls le foot et les drapeaux ont encore quelque sens quand on parle d'appartenance nationale. Le reste se joue dans des frontières qui s'effacent. Les guerres à caractère religieux ne sont que des prétextes sournois pour abolir les délimitations territoriales au profit d'une mondialisation divine. Les razzias sur les ressources vitales ont commencé. Elles seront de plus en plus sales, de plus en plus cruelles. La diplomatie n'y pourra rien. On est déjà au-delà du langage. On ne lit plus, on n'écrit plus. On cogne. Ola !

 

Voir aussi notre page spéciale Coupe du Monde

Nous aimons la vie en tribu, en clan, en famille, la foule, la houle, la communauté, la communion, la présence, la voix, l'odeur, l'effervescence des nôtres. Viens avec nous, toi qui es comme nous, tiens, mange ! Tiens, bois ! C'est bon, ça fait un bien fou d'être ensemble, entre pareils et mêmes, de même couleur, de même sang, de même obédience, du même village et même du même collège, du même immeuble, du même quartier. On se sent plus fort, en sécurité, protégé contre la différence, l'indifférence, l'autre qui nous renifle, et passe et nous ignore. La pire angoisse pour un Libanais est de ne pas compter. Il parle fort, se parfume lourdement, fait des scènes en public, exige d'être respecté. Ses joies sont aussi bruyantes que ses peines, et quand la voix ne suffit pas, il donne de la mitraillette et de l'obus...
commentaires (2)

Le monde est fou et tout le monde s’en fout Devenu un grand village c’est la vraie chasse au loup Notre cher petit pays s’enorgueillit en tribus comme tout Chaque clan lève un drapeau sauf le notre il gît dans un trou Et dans ce squelettique univers sans âme du foot tout le monde s’en fout .

Sabbagha Antoine

11 h 38, le 19 juin 2014

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Commentaires (2)

  • Le monde est fou et tout le monde s’en fout Devenu un grand village c’est la vraie chasse au loup Notre cher petit pays s’enorgueillit en tribus comme tout Chaque clan lève un drapeau sauf le notre il gît dans un trou Et dans ce squelettique univers sans âme du foot tout le monde s’en fout .

    Sabbagha Antoine

    11 h 38, le 19 juin 2014

  • "Le monde est foot"(u) ? Mille fois meilleur en tout cas que ce monde foutu de la politique, ce cirque grotesque qui s'exhibe au centre de Beyrouth, sur la Place de l'étoile. On en a par-dessus la casquette !

    Halim Abou Chacra

    05 h 55, le 19 juin 2014

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