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Moyen Orient et Monde - Turquie

Prison à vie pour les deux derniers auteurs du coup d’État militaire de 1980

Devant la cour criminelle d’Ankara, des manifestants turcs brandissent des photos de personnes exécutées ou mortes en prison pendant le coup d’État de 1980. Adem Altan/AFP

La justice turque a condamné hier à la prison à vie deux ex-généraux qui avaient participé au coup d'État militaire sanglant de 1980, un procès qui s'inscrit dans la lutte de pouvoir que se livrent l'armée et le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur), au pouvoir depuis 2002.
Au terme de deux ans d'un procès historique, la cour criminelle d'Ankara a sans surprise suivi les réquisitions du parquet et prononcé la peine maximale contre l'ex-général Kenan Evren, 96 ans, chef de la junte et ancien président de la République de Turquie, et contre l'ancien commandant de l'armée de l'air Tahsin Sahinkaya, 89 ans. Le verdict a été salué par une salve d'applaudissements du public, qui a scandé « ce n'est qu'un début, la lutte continuera, les putschistes vont rendre des comptes ! ».
En ouvrant l'audience, le procureur a une dernière fois dénoncé le rôle joué par les deux accusés, coupables à ses yeux d'avoir favorisé « un climat propice à une intervention militaire par une série d'actions illégales » et « renversé l'ordre constitutionnel ».
L'avocat des deux officiers, Bülent Acar, a dans la foulée dénoncé ces charges. « Cette cour n'est pas compétente pour juger les suspects », a-t-il également plaidé, ajoutant avec ironie que « les suspects sont jugés aux termes de la Constitution élaborée pendant la période incriminée ». Interrogés une dernière fois par le juge, MM. Evren et Sahinkaya, qui s'exprimaient depuis leur lit d'hôpital par vidéoconférence en raison de leur état de santé, ont répondu qu'ils n'avaient « rien à ajouter à la défense de leur avocat ».

Arrestations, tortures et exécutions
Les deux hommes, que la cour a dégradés au rang de simples soldats, sont apparus très affaiblis tout au long d'une audience qui a duré plus de trois heures. Pour ces mêmes motifs, les ex-généraux devraient être dispensés d'effectuer leur peine, une fois leur condamnation définitivement confirmée s'ils décident de faire appel. En novembre 2012, ils avaient assumé leur intervention sans remords, affirmant avoir agi par amour de la patrie. « Je n'ai pas de remords. (...) Nous avons fait ce qui était juste à l'époque. Si c'était à refaire aujourd'hui, je ferais la même chose » pour mettre un terme à l'instabilité politique qui régnait dans les années 1970 en Turquie, s'était défendu l'ex-général Evren. « Les forces armées turques ont accompli le 12 septembre 1980 leur devoir envers le peuple. Nous avons fait la meilleure chose possible à l'époque », avait renchéri son ex-compagnon d'armes.
L'armée turque, qui s'est longtemps considérée comme la gardienne de l'héritage laïque de la République de Turquie fondée en 1923 par Mustafa Kemal Atatürk, a exercé une véritable tutelle sur la vie politique du pays et mené trois coups d'État depuis 1960. À l'issue du putsch de 1980, cinquante personnes ont été exécutées, 600 000 arrêtées, des dizaines ont succombé à la torture et de nombreuses autres ont disparu.
« On ne pourra jamais réparer les souffrances provoquées par ce coup, mais c'est quand même un début », s'est réjoui après le verdict Nevzat Er, un enseignant d'une cinquantaine d'années torturé à l'époque. « J'ai perdu ma santé et mon travail, je ne me suis jamais totalement remis de ces choses », a-t-il ajouté.

(Source : AFP)

La justice turque a condamné hier à la prison à vie deux ex-généraux qui avaient participé au coup d'État militaire sanglant de 1980, un procès qui s'inscrit dans la lutte de pouvoir que se livrent l'armée et le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur), au pouvoir depuis 2002.Au terme de deux ans d'un procès historique, la cour criminelle d'Ankara a sans surprise suivi les réquisitions du parquet et prononcé la peine maximale contre l'ex-général Kenan Evren, 96 ans, chef de la junte et ancien président de la République de Turquie, et contre l'ancien commandant de l'armée de l'air Tahsin Sahinkaya, 89 ans. Le verdict a été salué par une salve d'applaudissements du public, qui a scandé « ce n'est qu'un début, la lutte continuera, les putschistes vont rendre des comptes ! ».En ouvrant...
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