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Pour Blair, attribuer la crise actuelle en Irak à l'invasion de 2003 est "bizarre"

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OLJ
15/06/2014

La fulgurante avancée des jihadistes sunnites de Daech (Etat islamique en Irak et au Levant, EIIL) en Irak plonge ses racines dans l'invasion du pays menée par Washington et Londres en 2003, affirment de nombreux analystes et détracteurs de l'attelage George W. Bush/Tony Blair.

Pour les critiques de l'ancien président américain et des "faucons" qui l'entouraient, la prise de la province de Ninive et de certaines villes au nord de Bagdad par les combattants de Daech est notamment une conséquence de cette invasion controversée, dont l'un des legs est d'avoir engendré une dangereuse vacance du pouvoir et un sanglant conflit sectaire.

"On peut mettre la débâcle en Irak sur le dos de pas mal de monde. Mais il ne faut pas perdre de vue que la décision catastrophique de partir en guerre en 2003 est bien le point de départ" des affres du pays à l'heure actuelle, analysait ainsi pour l'AFP Bruce Riedel, un ancien agent de la CIA, aujourd'hui expert à la Brookings Institution.

 

(Lire aussi : Les États-Unis obligés de se souvenir de l'Irak)

 

Une analyse qualifiée de "bizarre" par l'ancien Premier ministre Tony Blair, partisan et acteur de l'invasion de 2003, qui monte au créneau, ces derniers jours, avec notamment un long texte publié sur son site et une interview à la BBC.

"Nous devons nous libérer de la notion que +nous+ avons causé ceci. Nous ne l'avons pas causé. Nous pouvons débattre sur le point de savoir si nos politiques ont aidé, à un moment ou à un autre, et si nos actions ou inactions sont la meilleure politique. Mais la cause fondamentale de la crise est dans la région, pas en dehors", écrit l'ancien Premier ministre sur son site.

Estimant qu'il n'est pas concevable de penser que l'Irak aurait été plus stable si Saddam Hussein était resté au pouvoir, M. Blair souligne que c'est la guerre en Syrie "et les désintégrations qu'elle engendre qui ont un effet prévisible et néfaste".

M. Blair estime en outre qu'à la faveur du printemps arabe, l'Irak, même avec Saddam Hussein, aurait probablement été emporté par un conflit sectaire. "Donc dire que sans le renversement de Saddam, nous n'aurions pas eu cette crise est une lecture bizarre de ce chaudron qu'est le Moyen-Orient aujourd'hui", écrit-il.

 

Après avoir souligné que jusqu'au début de la crise syrienne, el-Qaëda était "une force lessivée", que "l'Irak a eu une chance de se reconstruire", et que l'instabilité irakienne "était contenue dans ses propres frontières", l'ancien locataire du 10 Downing Street rejette la responsabilité de la crise sur le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki.

Les causes de la crise sont "le sectarisme du gouvernement de Maliki" qui a "réduit à néant toute véritable opportunité de construire un Irak cohésif", écrit-il. Ce paramètre, auquel il faut ajouter "l'échec à utiliser l'argent du pétrole pour reconstruire le pays" et "les faiblesses des forces de sécurité irakiennes", ont conduit à "l'aliénation de la communauté sunnite et l'incapacité pour l'armée irakienne de repousser l'attaque (perpétrée par Daech, ndlr) contre Mossoul" qui suivait la perte de Falloujah. "Il y aura aussi un débat pour savoir si le retrait des forces américaines d'Irak est intervenu trop tôt", ajoute-t-il.

Pour M. Blair, la montée en puissance de Daech est également la conséquence de la guerre en Syrie, du moins partiellement : "L'opération de Mossoul a été planifiée et organisée de Raqqa, de l'autre côté de la frontière syrienne. Les combattants ont été entrainés dans le cadre de la guerre en Syrie".

 

Des arguments qui n'ont pas convaincu tout le monde. "Je pense que M. Blair se lave les mains de toute responsabilité", a ainsi déclaré à la BBC Michael Stephens, du Royal United Services Institute, estimant que l'invasion américano-britannique de 2003 tenait un gros rôle dans l'éruption de violence actuelle.

 

Le texte de l'ancien Premier ministre se poursuit avec un appel à l'action. "Nous devons mettre de côté nos différences liées au passé et agir aujourd'hui pour sauver l'avenir. (...) Là où les extrémistes combattent, ils doivent être combattus avec force".

Un message repris lors d'une interview accordée à la BBC. Interview lors de laquelle M. Blair déclare que la crise actuelle est un problème qui "nous affecte tous" et que "l'Irak est en danger mortel, tout le Moyen-Orient est menacé", avant d'appeler les Occidentaux à agir plus dans la région, et notamment en Syrie, notant que l'inaction se traduirait pas une menace directe sur le sol britannique.

 

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