Sous les auspices et le contrôle iraniens, russes et coréens, la régime syrien a annoncé l'élection de Bachar el-Assad au poste de président de la République. Mais il n'a pas annoncé que cette mascarade a eu lieu dans le tiers seulement du territoire syrien qu'il contrôle. Huit millions ont fui leur domicile pour chercher refuge à l'intérieur ou à l'extérieur du pays. Les barils explosifs ont participé au vote à Alep et le nombre de tués ne cesse de croître: il est de cent cinquante mille et atteindra, à ce rythme, deux cent mille et même trois cent mille...
Cette mascarade sera-t-elle susceptible de procurer quelque légitimité à Assad? Il n'a cependant jamais cherché à l'obtenir et il n'a même pas connaissance de cette notion et de son sens. La seul chose claire et limpide est celle-ci: la moitié des réfugiés au Liban y sont venus par peur et l'autre moitié y vient tous les matins pour rendre des services au régime d'Assad et retourner le soir à Damas. Les vrais réfugiés ne constituent que la moitié du nombre total. Les autres sont téléguidés par les moukhabarate. Il s'agit ici d'une étape de la guerre civile opposant les sunnites et leurs alliés aux alaouites et leurs alliés.
L'image de la guerre civile syrienne est en tout point similaire à celle de la guerre civile d'Espagne, notamment après la tenue de l'élection présidentielle syrienne. Le spectacle est le même: des petites voitures se tamponnent sur un sol électrifié. Des chevaux de bois rangés à la file tournent autour d'un axe dans un manège. Des balançoires s'élèvent très haut et redescendent avec leurs occupants. Et enfin cette attraction qu'on appelle «montagnes russes», qui met en scène des trains empruntant des trajets sinueux et à fort dénivelé, avec des «looping» qui placent brièvement le passager avec la tête en bas. L'image est ici celle de la peur et de l'amusement, mais elle correspond le mieux à la réalité.
Bien des choses ayant lieu en Syrie s'étaient produites en Espagne au cours de la guerre civile qui a déchiré ce pays. Les putschs successifs qui avaient débuté avec Housni Zaïm en Syrie et qui étaient devenus quasi annuels n'étaient pas très différents des coups d'État militaires précédant Franco en Espagne et qu'on avait dénommés «putschs par télégramme». L'officier qui convoitait le pouvoir rassemblait les signatures d'un certain nombre de généraux dans les casernes et envoyait un télégramme de sommation au détenteur du pouvoir à Madrid, qui cédait sans tarder le pouvoir.
La seule différence entre la Syrie et l'Espagne était celle-ci : il s'agissait en Syrie d'arriver le premier à la station de radiodiffusion...
Si le coup d'État espagnol se faisait par télégramme, celui de la Syrie se faisait par radio...
En Syrie comme en Espagne... Après le départ des Ottomans de Syrie et après la défaite de Napoléon en Espagne, beaucoup de choses similaires ont eu lieu. La bourgeoisie féodale syrienne s'est substituée aux Ottomans et les Bourbons sont revenus au pouvoir en Espagne. Les nouveaux maîtres s'imaginaient que le monde était à eux, mais l'impact de la Révolution française et les idées issues du siècle des Lumières avaient créé de nouvelles forces. En Espagne, le roi Ferdinand fut surpris de voir les officiers de l'armée se soulever contre lui et lui demander l'élaboration d'une nouvelle Constitution. En Syrie, la pensée politique se vit devancée par la pensée nationaliste arabe qui propulsa Abdel Nasser et fit travailler le monde arabe. Tout comme en Espagne, une force réunissant les ouvriers et les paysans apparut en Syrie à l'époque du mandat français. Elle était composée en majorité d'alaouites facilement enrôlés par l'armée parce que seuls à accepter les soldes dérisoires versées par celle-ci. Les deux pays connurent similairement une montée de l'extrême gauche, du socialisme et du libéralisme, suivie par le chaos! Survint ensuite le carnage de Barcelone que suivirent d'autres carnages, comme à présent dans la guerre civile syrienne.
Une ligue de défense de la République fut créée en Espagne, qui lança le fameux cri: «Oh Espagnols, vous n'avez plus d'État.» Les officiers espagnols déclarèrent alors ce que les rebelles syriens répètent à présent: «Nous leur avons demandé la justice, ils n'ont fait que nous ravir la liberté. Nous leur avons demandé la liberté, il nous ont gratifiés d'un cirque parlementaire ridicule.» L'opposition syrienne a obtenu, pour sa part, une élection présidentielle très proche de la farce et de la comédie. Tout comme l'Espagne qui s'était alors scindée en deux, la Syrie de la période précédant, accompagnant et suivant l'union avec l'Égypte se divisa en deux camps, à savoir les camps nassérien et baassiste qui jouèrent le rôle des camps communiste et fasciste en Espagne.
En Espagne comme en Syrie, l'exercice du pouvoir absolu par les Bourbons se heurta aux idées libérales défendues par la Révolution française, et le romantisme espagnol s'accorda très bien avec le socialisme, l'anarchisme, le communisme et le fascisme du XXe siècle.
N'est-ce pas ce qui advint lorsque l'Europe partit à l'attaque après la chute de l'État du califat islamique. Chucri Kouatly avait dit à Abdel Nasser lors de la remise du pouvoir à ce dernier en Syrie: «On vous remet un peuple dont la moitié est constituée de politiciens professionnels, le quart de commandants et meneurs, et le dernier quart de messies et prophètes.»
Le mal est celui qu'a décrit l'ambassadeur américain en Syrie en ces termes: «Je ne suis plus en mesure de défendre la politique américaine en Syrie... Nous n'avons pas été capables de gérer les causes du conflit, en terme de combats sur le terrain et d'équilibre des forces. Maintenant, il y a une menace extrémiste grandissante et la politique américaine n'a pas évolué. Nous n'avons pas fourni, comme nous devions le faire depuis longtemps, du matériel et des armes de combat à l'opposition modérée. Nous sommes toujours en retard et il est très important que nous soyons présents dans les rangs avants.»
Il a ajouté que la question est celle de savoir si Washington était prêt à accroître son aide d'une manière qui rende ses effets palpables sur le terrain. Et il a enfin déclaré que «si nous y avions procédé il y a deux ans et si nous avions élargi le cadre de notre aide, l'organisation el-Qaëda n'aurait pu gagner des partisans faisant la concurrence aux modérés avec lesquels nous sommes d'accord sur plusieurs points.»
Au sujet de l'élection présidentielle, il a dit «qu'elle signifie pour nous, pour les autres pays de la région et pour l'Europe, qu'Assad ne quittera pas le pouvoir, qu'il restera et raffermira sa position dans la capitale. Bachar el-Assad et son entourage s'apprêtent en réalité à continuer dans la voie du conflit qu'ils ont choisie».
Dans l'attente d'un Franco en Syrie qui chasse Assad puis un Juan Carlos qui chasse Franco et ramène la paix et la liberté ...
Mais les initiateurs de la politique américaine et le président Obama n'ont pas compris ce qu'avait dit Hemingway au sujet de la guerre civile espagnole: «La promesse de la liberté de la part d'un dictateur est comme un chèque sans provision.»
Abdel Hamid El-AHDAB
Avocat


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
CORRECTION ! Merci : "L’ordre tout entier émane de lui ; il en est le gardien suprême. Ses "peuples" ne sont et ne font qu’un avec lui....."
01 h 25, le 14 juin 2014