Peut-on contrer les menaces financière et monétaire actuelles ? Rien n'est impossible en politique économique, mais il faudrait pour cela mettre en œuvre les bonnes décisions qui se résument en un seul mot : l'austérité. Elle consisterait à limiter à 3,5 milliards de dollars environ le déficit budgétaire annuel pour au moins les quelques années à venir, ce qui placerait le rapport dette/PIB sur une pente descendante salutaire tout en obtenant un excédent budgétaire primaire (avant paiement des intérêts de la dette).
J'entends déjà les protestations indignées : « L'économie n'est pas que déficit budgétaire, elle est développement, investissements, croissance, création d'emplois, considérations sociales et écologiques, etc. » Tout cela est vrai. Mais nous sommes malheureusement dans une situation financière et économique si délicate qu'elle nous impose d'assainir en priorité les finances de l'État. Nous en sommes là à cause de 20 années de politiques financières coûteuses motivées par des considérations partisanes, mais aussi à cause d'une politique monétaire qui a ancré les marchés financiers à des niveaux de taux d'intérêt trop élevés.
Les banques elles-mêmes sont désormais exposées dans la mesure où 57 % de leurs actifs sont engagés auprès de l'État libanais (contre 25 % seulement en crédits accordés au secteur privé). Cette situation est malsaine et nul ne semble s'en inquiéter. Le contrôle systématique des dépenses de l'État par le Parlement n'a plus eu lieu depuis 2005, date à laquelle avait été voté le dernier budget. Quant au contrôle de la politique monétaire par la Banque du Liban, il n'en a jamais été question !
Mais revenons à la politique d'austérité. Nécessairement accompagnée d'une augmentation d'impôts, elle ne peut réussir économiquement et socialement qu'à la condition essentielle de répartir équitablement le poids des impôts entre les principaux agents économiques.
Il incombe au gouvernement, quelle que soit son orientation politique, de rationaliser les dépenses et de réduire le déficit budgétaire à travers la limitation des principaux gaspillages financiers, comme celui d'EDL, l'évasion de taxes douanières et les montants relatifs à l'occupation des propriétés maritimes publiques. Ces économies et ces recettes, qu'il est possible de réaliser ou de percevoir à court terme, rapporteraient à l'État des sommes considérables dépassant le coût de la nouvelle grille des salaires. Si des réformes administratives et fiscales sont mises en œuvre de façon conjointe, elles pourront rapporter à l'État deux milliards de dollars environ annuellement.
Le processus de réforme commence et se termine au niveau des pouvoirs publics. Ils doivent sans tarder s'engager résolument dans cette voie. Malheureusement, comme aucune autorité réformatrice ne semble aujourd'hui disponible au Liban, il est plus que probable que la crise politico-économique perdure et s'aggrave. Dans ces conditions, les réformes seront imposées par la force de la crise plutôt que par une politique libre et prévoyante.
Économie
L’économie politique du Liban à court terme (2e partie)
OLJ / Par Par Toufic GASPARD, économiste, le 12 juin 2014 à 00h00


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