Les pourparlers entre Russes et Ukrainiens sur le gaz depuis lundi n'ont abouti à aucun résultat. ALEXANDER ZOBIN/AFP
Le président russe, Vladimir Poutine, a lancé mercredi une mise en garde à l'Ukraine si elle maintenait son refus du tarif gazier proposé lors des négociations en cours depuis lundi à Bruxelles et suspendues sans résultat.
L'Ukraine campe sur son refus de la proposition russe d'une ristourne de 100 dollars qui ramènerait à 385 dollars le prix du millier de m3 de gaz. L'échec de ces pourparlers maintient le risque pour l'Union européenne de voir ses approvisionnements perturbés en cas de coupure du gaz à l'Ukraine, pays par lequel transite près de la moitié du gaz qu'elle achète à la Russie.
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M. Poutine a signifié, lors d'une réunion du gouvernement à Moscou, qu'il s'agissait du dernier prix.
"Nous estimons que nos propositions sont celles de partenaires, orientées vers le soutien à l'économie ukrainienne à un moment difficile", a-t-il déclaré.
"Mais si nos propositions sont rejetées, alors nous passerons à une tout autre phase, ce n'est pas notre choix. Nous ne le souhaitons pas", a-t-il ajouté, alors que Gazprom a repoussé au 16 juin son ultimatum à l'Ukraine sur le remboursement de sa dette gazière, avec à la clef le passage à un système de prépaiement qui pourrait signifier la coupure de l'approvisionnement.
Le ministre ukrainien de l'Energie, Iouri Prodan, a maintenu, à l'issue des négociations à Bruxelles avec son homologue russe Alexandre Novak et le commissaire européen à l'Energie, Gunther Oettinger, le refus ukrainien.
Niveau "acceptable" pour l'UE
Aucun nouveau rendez-vous n'a été fixé, mais les négociations vont continuer à tous les niveaux, a assuré M. Oettinger, jugeant de son côté que la proposition russe pouvait être "à un niveau acceptable" si Moscou s'engageait à accorder ce tarif pour au moins un an.
Le ministre russe, Alexandre Novak, a dans tous les cas souligné sur Twitter que la reprise des négociations n'était "possible qu'après que l'Ukraine ait rempli ses obligations sur le remboursement de sa dette".
Pour l'Ukraine, l'offre de Moscou est à la fois trop élevée, par rapport au prix de 268 dollars en vigueur avant la crise russo-ukrainienne, et sans garantie car ce tarif découlerait d'un rabais décidé par le gouvernement russe et non d'un contrat commercial en bonne et due forme, a expliqué de son côté le ministre ukrainien, Iouri Prodan.
La Russie a fixé ses livraisons de gaz à un niveau sans équivalent en Europe - 485 dollars le millier de m3 - depuis l'arrivée au pouvoir à Kiev de pro-occidentaux.
Kiev craint un "piège" des Russes
Dès mercredi matin, le Premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, avait refusé l'offre russe, exigeant que le prix après ristourne soit celui porté au contrat.
"Nous connaissons les pièges des Russes: leur réduction est décidée par leur gouvernement, et peut être supprimée par le gouvernement. Notre proposition reste la même, c'est que le contrat soit changé", a expliqué M. Iatseniouk lors d'un conseil des ministres diffusé à la télévision.
M. Poutine a balayé cette question.
"Nous ne nous sommes jamais comportés de la sorte, nous avons toujours fait montre du plus grand respect de nos engagements", a-t-il assuré. Il a estimé que l'Ukraine visait en fait à obtenir davantage de concessions de la Russie. "A en croire les informations que nous recevons aujourd'hui, la question n'est même pas dans ces mécanismes mais dans le fait que nos partenaires ukrainiens veulent davantage que ces réductions, ils estiment pouvoir prétendre à plus", a-t-il déclaré.
"Si c'est le cas, alors apparemment on mène consciemment les pourparlers dans l'impasse", a-t-il dit.
Gazprom insiste sur le remboursement par l'Ukraine de l'ensemble de sa lourde dette gazière, qui s'élève à 4,5 milliards de dollars, et menace de passer à un régime de paiement à l'avance pour ses livraisons à Kiev.
Un tel régime menacerait le maintien de l'approvisionnement de l'Union européenne, dont près de la moitié des importations de gaz russe passe par l'Ukraine.
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Gazprom avait déjà repoussé son ultimatum du 3 au 9 juin, puis du 9 au 10 juin, après avoir reçu de Kiev un premier versement de 786 millions de dollars.
Le climat s'était détendu mardi entre Moscou et Kiev après l'annonce par le nouveau président ukrainien, Petro Porochenko, de la création de couloirs humanitaires réclamés par Moscou, dans les zones de combat de l'Est séparatiste.
Vendredi, à l'issue des cérémonies du Débarquement allié en Normandie lors desquelles il avait rencontré pour la première fois M. Porochenko depuis son élection le 25 mai, M. Poutine avait estimé que ses propositions pour régler la crise allaient dans le bon sens, et s'était montré optimiste sur un compromis sur le gaz.
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