François Hollande voudrait « aller vite » dans sa réforme des régions, alors que les critiques fusent de part et d’autre. Alain Jocard/AFP
Le président François Hollande a lancé hier dans une certaine précipitation une réforme territoriale de la France, moins ambitieuse que prévue, prévoyant une réduction du nombre des régions et avec l'objectif de faire des économies.
« Notre organisation territoriale a vieilli et les strates se sont accumulées (...) Le temps est donc venu de simplifier et clarifier », a justifié François Hollande, choisissant de faire cette annonce par une tribune publiée hier dans des journaux régionaux. Mesure phare de cette réforme, les régions, qui ont vu leur autonomie progressivement renforcée depuis leur institution en 1972, passeraient de 22 actuellement à 14 et gagneraient de nouveaux pouvoirs.
François Hollande a souligné que les régions deviendraient « la seule collectivité compétente pour soutenir les entreprises et porter les politiques de formation et d'emploi, pour intervenir en matière de transports, des trains régionaux aux autocars en passant par les routes, les aéroports et les ports. Elles géreront les lycées et les collèges. Elles auront en charge l'aménagement et les grandes infrastructures ». François Hollande a dit vouloir « aller vite » sur ce sujet, qui nécessite un vote du Parlement. Les projets de loi seront examinés en Conseil des ministres le 18 juin, avant leur discussion au Parlement « en juillet ». C'est une réforme « difficile », c'est « compliqué », a reconnu le chef du gouvernement Manuel Valls. « L'essentiel est de réduire le nombre de régions pour rendre nos régions plus fortes, plus compétitives », tout en maintenant « la cohésion de la nation, de la République », a-t-il argumenté. Sur le découpage des régions, « il peut y avoir des évolutions », a ajouté M. Valls. Quant aux économies escomptées, M. Hollande ne les a pas évoquées. « Une dizaine de milliards d'euros » d'ici à cinq ou dix ans, a évalué hier le secrétaire d'État à la Réforme territoriale, André Vallini.
Mais les grandes lignes de la réforme, véritable serpent de mer de la vie politique depuis des années dans un pays encore très centralisé, sont loin de faire consensus y compris à gauche, alors que le président socialiste connaît déjà une impopularité abyssale. François Hollande a d'ailleurs revu ses ambitions à la baisse pour donner des gages aux élus de sa majorité, et il a lui-même reconnu qu'elle prendrait plus de temps qu'il ne le souhaitait.
« Coup de force »
La carte proposée comporte des surprises et fait déjà grincer des dents. La Bretagne resterait une région à elle seule mais n'hériterait pas du département de Loire-Atlantique, avec lequel elle partage pourtant une histoire commune. La Picardie, sociologiquement proche du Nord, se marierait à la Champagne-Ardenne, l'Alsace à la Lorraine. Une immense région regrouperait dans le Centre-Est Rhône-Alpes et Auvergne. Ainsi la disparition annoncée des conseils généraux, les instances élues des 101 départements qui maillent le territoire presque sans changement depuis la révolution de 1789, se fera sur plusieurs années avec leur disparition effective en 2020 – à condition d'obtenir une révision constitutionnelle nécessitant une majorité des 3/5es des parlementaires réunis en congrès et après l'élection présidentielle de 2017. Jusqu'au bout, le nombre des nouvelles superrégions est resté en blanc, trahissant les hésitations de l'exécutif à trancher dans le vif, dans la crainte de s'aliéner le soutien de nombreux élus.
À droite, l'ancien Premier ministre François Fillon a dénoncé un redécoupage « totalement désordonné », qui « ne répond en rien aux enjeux territoriaux et économiques » et reporte « le sort des départements aux calendes grecques ». Le Front national, fort de sa victoire aux élections européennes (25 %), a quant à lui exigé l'organisation d'un référendum. « Tous les ingrédients d'un échec sont réunis », a estimé hier pendant la séance des questions au gouvernement le chef du groupe UMP à l'Assemblée nationale, Christian Jacob, qui se retrouve sur la même ligne que le Front de gauche, pour lequel la réforme est « détestable » et entraînera une « désertification ». À gauche, les alliés radicaux de François Hollande qui, au contraire des écologistes, sont restés au gouvernement après la démission de Jean-Marc Ayrault en avril, ont également jugé la réforme inacceptable, la qualifiant de « coup de force ».
(Sources : agences)


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