À Jos, les opérations de secours se poursuivaient hier pour tenter de trouver des survivants – ou des cadavres – enfouis sous les décombres après le double attentat de la veille, qui a fait au moins 118 morts et 56 blessés. STR/AFP
Près de 150 personnes ont péri en deux jours au Nigeria, déstabilisant un peu plus le gouvernement malgré la mobilisation internationale contre Boko Haram.
Deux villages situés près de Chibok ont été attaqués coup sur coup lundi et mardi par des hommes armés non identifiés. « L'attaque a été brutale. Ils se sont mis à tirer et ont incendié nos maisons. Nous avons dû nous enfuir dans la brousse. Ils ont tué 20 des nôtres », a témoigné un habitant d'Alagarno, Haruna Bitrus. Dix autres personnes sont mortes à Shawa.
À Jos, dans le centre, les opérations de secours se poursuivaient hier pour tenter de trouver des survivants – ou des cadavres – enfouis sous les décombres après le double attentat de la veille, qui a fait au moins 118 morts et 56 blessés. Le porte-parole du gouverneur de l'État du Plateau, dont Jos est la capitale, a attribué l'attentat à Boko Haram.
Pour Kyari Mohammad, un spécialiste de Boko Haram à l'université Modibbo Adama de Yola, la double attaque de Jos – l'explosion de deux véhicules piégés à 20 minutes d'intervalle sur un marché de cette ville d'un million d'habitants – porte la marque du groupe islamiste. « Ils sont les seuls capables de faire cela. N'importe quel groupe rebelle peut utiliser des bombes, mais pas avec un tel degré de sophistication », estime-t-il.
Les États-Unis ont condamné « ces attaques odieuses contre des civils » et réaffirmé leur « soutien » au Nigeria pour « vaincre l'extrémisme », dans un communiqué du département d'État.
Cette nouvelle tuerie ravive la crainte de violences interreligieuses, avec leur cycle infernal de représailles qui ont déjà ensanglanté l'État du Plateau par le passé. Le Plateau est situé à la charnière entre le sud chrétien et le nord majoritairement musulman du Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique avec 170 millions d'habitants. « Les attentats sont un coup très dur, surtout après le travail accompli ces dernières années pour favoriser la coexistence pacifique et le respect entre tous les groupes ethniques, religieux et politiques », a déclaré l'archevêque de Jos et président de la conférence épiscopale du Nigeria, Ignatius Ayau Kaigama, à l'agence catholique Misna. « Boko Haram veut créer le chaos, le désastre national. Je me serais attendu à ce que le gouvernement et les organes de sécurité aient été capables d'individualiser et d'arrêter les responsables des violences », a déploré l'archevêque.
« Cellules dormantes »
Cette critique s'ajoute au flot qui se déverse depuis des mois sur le gouvernement et les forces de sécurité, incapables d'arrêter la spirale de violence qui a fait plus de 2 000 morts depuis le début de l'année. Outre le rapt de 276 adolescentes à Chibok, qui a scandalisé l'opinion publique mondiale et entraîné une mobilisation internationale, Boko Haram a revendiqué une série d'attaques spectaculaires depuis un mois et demi, dont deux attentats à la voiture piégée à Abuja, la capitale fédérale, qui ont tué au total une centaine de personnes. Les islamistes armés « n'ont plus peur, ils n'ont plus honte, ils font ce qu'ils veulent », a dénoncé à Libreville le représentant spécial de l'ONU pour l'Afrique centrale, Abou Moussa.
L'armée nigériane, pour sa part, a annoncé hier le lancement d'une grande campagne de recrutement de volontaires pour aller combattre Boko Haram. Car les forces de sécurité nigérianes apparaissent dans les faits incapables de prévenir les attaques, Boko Haram frappant désormais aussi bien dans les États du Nord-Est, ses fiefs, que dans le centre ou le Nord. Le Sud chrétien n'a pas encore été touché, mais le groupe islamiste a menacé de s'attaquer aux intérêts pétroliers dans le delta du Niger, stratégiques pour la première économie d'Afrique. Plusieurs pays occidentaux, ont dépêché des experts, desavions-espions et des drones pour aider le Nigeria à retrouver les lycéennes kidnappées et à tenter de neutraliser les islamistes. Les États-Unis ont notamment déployé quelque 80 militaires américains au Tchad.
Paradoxalement, cette pression internationale pousse Boko Haram à multiplier les actions, estime l'expert Kyari Mohammad. « Ils ont des cellules dormantes dans tout le nord du pays et ils les activent. »
(Source : AFP)


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