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Liban

Le mariage des fillettes en augmentation dans les régions rurales du Liban

Conférence

Le Rassemblement démocratique des femmes libanaises (RDFL) invite les autorités à mettre en place une loi unique fixant l'âge légal du mariage à 18 ans.

20/05/2014

« Pourquoi mes parents m'ont-ils mariée de force, alors que je n'étais encore qu'une enfant ? Pourquoi suis-je restée ignorante, sans éducation ? Pourquoi n'ai-je aucune profession ? » Les questions de cette femme sont nombreuses. Elles reflètent la tragique réalité qui touche de nombreuses femmes au Liban, qu'elles soient libanaises, palestiniennes ou syriennes : le mariage des mineures. Une réalité qui est loin de disparaître, mais empire de jour en jour dans les régions rurales, avec l'augmentation du nombre de réfugiés syriens au Liban. Une réalité tolérée, acceptée par la majorité des 18 communautés religieuses qui régissent le statut personnel, chacune à sa guise, certaines ayant même fixé l'âge légal du mariage des fillettes... à 9 ans.
C'est cette réalité qu'a dénoncée hier le Rassemblement démocratique des femmes libanaises (RDFL), lors d'une conférence-débat à la Maison de l'avocat, afin de pousser les autorités à protéger les filles et à mettre en place une loi civile interdisant le mariage avant l'âge de 18 ans. « Le mariage des mineures est la pire forme de violence exercée contre les fillettes. » C'est ainsi que la vice-présidente du RDFL, Caroline Succar Slaiby, présente le problème.

 

(Pour mémoire : Nada, 11 ans : « Plutôt mourir que d'être mariée de force »)

 

La mort pour certaines
Outre les souffrances physiques et morales qu'endurent ces fillettes et qui peuvent mener à la mort, ces dernières sont déscolarisées et doivent jouer leur rôle d'épouses et de mères alors qu'elles n'ont pas la maturité physiologique ou psychique pour le faire. Une situation qui a de graves répercussions sur leur santé, sur leur éducation, sur leur niveau de vie, mais aussi sur la société libanaise, comme le constate l'avocate Outaiba Merhebi, du RDFL, qui énumère les conséquences néfastes des mariages précoces, parmi lesquelles le taux élevé de divorces.


Le problème réside dans la mainmise des communautés religieuses sur les affaires liées au statut personnel. Chaque communauté exerce donc sa propre loi et décide de l'âge légal du mariage, sans toutefois protéger les fillettes. L'État, lui, laisse faire, trop frileux pour sanctionner les atteintes aux droits de ces enfants ou pour mettre en place une loi les protégeant. Il est pourtant signataire de la Convention relative aux droits de l'enfant. « Il a le devoir de protéger les fillettes du mariage et d'empêcher ces mariages précoces », martèle l'avocate Myrna Azar, représentante de la Commission féminine à l'ordre des avocats.


Quant aux raisons principales du mariage précoce, elles résident dans « la pauvreté, le désir de s'élever socialement, le manque d'éducation et de sensibilisation des populations rurales, sans oublier la persistance de coutumes ancestrales ». « Souvent aussi, dénonce Me Azar, une jeune fille qui a été sexuellement agressée est mariée à son violeur, comme l'autorise la loi. » La représentante du ministre des Affaires sociales, Abir Abdel Samad, explique de son côté la recrudescence des atteintes aux droits des fillettes par « la montée des courants religieux fondamentalistes ». Et de constater que les jeunes filles mariées de force sont souvent « victimes de trafic ». « Certaines jeunes réfugiées syriennes sont vendues par leurs parents pour un million de livres libanaises, et souvent à des hommes bien plus âgés qu'elles », déplore-t-elle, qualifiant ces pratiques de « crime contre l'humanité ». Un crime contre lequel elle invite les autorités et la société civile à « unir leurs efforts ».

 

(Lire aussi : Ces ados syriennes mariées de force pour échapper à la vie de réfugié)

 

Porter plainte, une option
Le bâtonnier de l'ordre des avocats de Beyrouth, Georges Jreije, est aussi formel : « Le mariage forcé des fillettes doit être éradiqué à tout prix et par tous les moyens. » L'avocat insiste sur la nécessité « de changer les mentalités » et « de convaincre les familles que le mariage précoce n'est pas une sécurité pour les filles, ni une police d'assurance ni une garantie de comportement décent des filles, mais un visa pour la mort ».
Alors dans l'attente « d'une loi civile unique fixant l'âge légal du mariage à 18 ans, sauf exception », le juge Fawzi Khamis, procureur général près la Cour des comptes, ancien président du tribunal pour mineurs, estime qu'il est possible de limiter les dégâts. « Le mariage des mineures, estime-t-il, est l'un des plus graves dangers auxquels sont confrontées les filles. Il est urgent que le ministère des Affaires sociales, la société civile et la justice unissent leurs efforts, afin de protéger ce maillon faible de la société », insiste-t-il. Il invite aussi le citoyen à « porter plainte auprès du juge pour mineurs lorsqu'il constate qu'une fillette est en danger ». Car, explique-t-il, « le juge pour mineurs a les prérogatives nécessaires pour empêcher un mariage forcé en fonction de la loi 422 ».


Les juges libanais auront-ils le cran nécessaire pour le faire, en l'absence d'une loi civile, quitte à s'opposer aux représentants des communautés religieuses ? Rien n'est moins sûr.

 

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