L’ex-trader Jérôme Kerviel avait entamé une marche entre Rome et Paris contre la « tyrannie des marchés ». Jean-Paul Pelissier/Reuters
L'ex-trader Jérôme Kerviel a, dans un ultime rebondissement, repris sa marche hier soir depuis Vintimille, annonçant son intention de rentrer dans la soirée en France, sans préciser toutefois s'il se rendrait au commissariat de Menton où il est convoqué en vue de purger une peine de trois ans de prison ferme.
« Je marche et je rentre vers la France », a annoncé l'ancien courtier de la Société générale en quittant à 19h00 son hôtel de Vintimille, souriant, fraîchement rasé, sac au dos et toujours avec sa tenue de randonneur rouge, avec à ses côtés son compagnon de route, le père Patrice Gourrier. Il n'a cependant pas précisé s'il comptait se rendre au commissariat de Menton où il doit se présenter d'ici à minuit, faute de quoi il sera considéré comme « en fuite ». « Si jamais ils décident de m'interpeller à la frontière, la marche continuera avec Patrice Gourrier, a-t-il simplement répondu aux journalistes. Le combat continuera quoi qu'il arrive. » « Je n'ai jamais été en fuite, j'ai toujours assumé ma responsabilité », a-t-il ajouté, avant de faire un bref passage par une église puis de s'attabler à une pizzeria entouré d'une dizaine de ses amis et soutiens. « Je vais aller dîner avec mes amis. Après, je rentre en France », a-t-il précisé, se disant « serein, heureux » : « Je retrouve mon pays, je suis supercontent. »
Jérôme Kerviel devait regagner la France samedi via Menton située à environ 12 km de Vintimille, un parcours qu'il avait fait en 1h30. Mais, à 100 m de la frontière, accueilli par une centaine de partisans acclamant leur nouveau porte-drapeau en lutte contre le monde de la finance, il avait finalement annoncé devant une forêt de caméras son intention de rester en Italie tant que le président François Hollande n'assurerait pas une « immunité » en faveur de témoins dans son dossier. Hier encore, il a dénoncé des « dysfonctionnements judiciaires » dans le traitement de son dossier, sa défense demandant à rencontrer le chef de l'État. L'entourage du président a répondu qu' « aucune rencontre n'(était) à l'ordre du jour ». Pour l'Élysée, le chef de l'État est « le garant constitutionnel de l'indépendance de l'autorité judiciaire » et, à ce titre, est « attaché au respect des décisions rendues par les juridictions françaises ». Et hier soir, le ministre des Finances Michel Sapin a affirmé que Jérôme Kerviel était « un escroc » qui a été « condamné » et devait « bien entendu purger sa peine ».

« Tapage médiatique »
Conseillé par une douzaine de stratèges de son comité de soutien, avec son avocat en chef d'orchestre, Jérôme Kerviel aura maintenu pendant deux jours le suspense face aux caméras qui lui ont offert une tribune d'expression inespérée. « Je ne suis pas coupable. Je ne me mettrai jamais à genoux face à une décision qui a été inique », avait déclaré Kerviel hier matin, tandis que le père Gourrier décidait d'entreprendre « un jeûne qui se poursuivra tant que l'incarcération ne sera pas différée ».
La Société générale dénonce de son côté un « tapage médiatique » semé de mensonges et rappelle que la justice a tranché. Jérôme Kerviel, jugé seul responsable de la perte subie par sa banque, avait été condamné en octobre 2010 à cinq ans de prison, dont trois ferme. Il en a déjà purgé 41 jours en détention provisoire début 2008. Le trader avait dissimulé ses prises de risques avec des produits financiers dérivés, en introduisant de fausses données dans un système automatisé. Il avait aussi été condamné à rembourser les pertes. La Cour de cassation a invalidé en mars cette obligation, tout en maintenant sa peine de prison. Une « victoire » qui a donné des ailes à l'ex-trader. Un nouveau procès au civil doit se tenir devant la cour d'appel de Versailles.


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