À Soma, les quelque 500 secouristes continuaient de s'affairer pour extirper du puits les derniers corps. Les proches des miniers déjà extraits, eux, pleuraient leurs morts. Bulent Kilic/AFP
La catastrophe minière en Turquie a provoqué une nouvelle colère sociale contre le régime du Premier ministre islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan à l'orée d'une élection présidentielle.
Depuis l'accident survenu dans la mine de charbon de Soma, dans l'ouest de la Turquie, faisant près de 300 morts, des milliers de Turcs sont descendus dans les rues pour manifester leur mécontentement contre le gouvernement, sous le feu des critiques, qu'ils accusent de laxisme et d'indifférence au sort des travailleurs en général.
Déjà fortement contesté par une mobilisation populaire inédite lors d'un mouvement qui a duré trois semaines dans toute la Turquie en été 2013, le pouvoir a tenté de calmer les esprits, promettant de faire « toute la lumière » sur cette pire catastrophe industrielle de l'histoire du pays. Fragilisé pendant plusieurs mois après la révélation en décembre d'un vaste scandale de corruption mettant en cause son régime et sa personne, M. Erdogan est sorti néanmoins renforcé d'élections municipales que son Parti de la justice et du développement (AKP) a remportées haut la main le 30 mars. Il n'y a aucun doute que l'homme fort et charismatique du pays se présentera au scrutin présidentiel qu'il a toutes les chances de remporter, de l'avis des observateurs.
301 ou 302 morts
En attendant, sur les lieux de la catastrophe, la police turque a tiré du gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc contre environ 10 000 personnes qui manifestaient hier. Les manifestants ont répondu à la police qui a également fait usage de canons à eau par des jets de pierres. Au moins cinq personnes, dont deux policiers, ont été blessées, selon l'AFP sur place.
Par ailleurs, les quelque 500 secouristes continuaient de s'affairer pour extirper du puits les derniers corps. « Un maximum de 18 mineurs sont encore coincés dans la mine », a annoncé hier le ministre de l'Énergie Taner Yildiz qui a dit que le bilan total de la tragédie devrait ainsi s'élever à « 301 ou 302 morts ».
La compagnie privée qui exploite la mine de Soma a pour sa part démenti toute « négligence ». « Nous sommes une entreprise qui ne laisserait pas son personnel prendre le moindre risque mortel », a affirmé Akin Celik, le directeur d'exploitation de Soma, Kömür Isletmeleri A.S., qui a été fréquemment pris à partie par la presse turque. Il a précisé qu'une explosion de poussière de charbon pouvait être à l'origine de l'explosion qui a provoqué le drame et non pas un court-circuit d'un transformateur électrique évoqué dès le début de l'accident. Le PDG de la compagnie, Alp Gürkan, a pour sa part évoqué une « tragédie incroyable », affirmant que la mine respectait toutes les normes de sécurité.
(Source : AFP)


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