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Nos lecteurs ont la parole - Adib Y. Tohmé

I.- Des réformes d’abord, des augmentations ensuite

La fable de l'âne de Buridan, attribuée au philosophe médiéval Jean Buridan, veut qu'un âne également assoiffé et affamé se laisserait mourir plutôt que de choisir ou de savoir par quoi commencer : le seau d'eau et le picotin d'avoine ?
Au-delà de la métaphore, l'indécision politique tout autant que l'aveuglement ou la lâcheté politique pourraient déboucher sur une fin tragique.
En fait, une politique économique, c'est avant tout une question de choix et de priorités, surtout quand les ressources disponibles sont limitées et la marge de manœuvre exiguë. Il s'agit de favoriser la création de richesses et d'organiser leur répartition, à court terme, mais également à long terme, dans le cadre d'un modèle de développement soutenable.
La création de richesses d'abord, leur répartition ensuite.
Nous persistons à croire que nous avons un problème de demande qu'il faut résoudre par une augmentation des salaires alors que nous avons surtout un problème d'offre qu'il faut corriger à court terme par une diminution des coûts pour les entreprises, les seules capables de créer de la richesse et des opportunités d'emplois, faut-il encore le préciser.
Quand je parle de coût, c'est surtout de surcoût qu'il s'agit. En d'autres termes, c'est la partie du coût qui ne correspond à aucun service économique rendu, que ce soit aux entreprises elles-mêmes ou à la société dans son entier. C'est de cette partie du coût totalement improductive et inutile, résultant d'un phénomène de rente, qu'on pourrait se dispenser comme prélude à toute réforme. Pour connaître le montant de cette rente indue, il suffit de retrancher des dépenses publiques la part des dépenses suivantes :
– celle qui correspond aux intérêts de la dette publique dite illégitime ou odieuse, c'est-à-dire celle qui a servi à favoriser l'enrichissement exclusif d'une minorité privilégiée au détriment des autres, du pays et de l'avenir ;
– celle qui correspond à ce qu'on appelle le clientélisme bureaucratique, qui est générée par la multiplication des emplois parasitaires destinés à la clientèle de l'élite au pouvoir en échange de soutien politique et qui se traduit dans les faits par la nomination de fonctionnaires incompétents ou fictifs, la multiplication des procédures bureaucratiques, la pratique généralisée des pots-de-vin, les emplois fictifs ou les retraites payées à des défunts ;
– celle qui correspond aux gaspillages qui résultent des transferts aux différentes institutions publiques comme Électricité du Liban, les caisses autonomes, la douane et tous les conseils subordonnés au Conseil des ministres, les transferts des services publics au privé ainsi que de toutes les autres formes détournées de pillage des ressources de l'État par la classe dirigeante.
Comme le montre le graphe ci-dessous, pour l'essentiel, les dépenses publiques libanaises, ce n'est pas de l'investissement, mais des intérêts de la dette, des salaires et des transferts sociaux – ces pourcentages devraient figurer à l'entrée de toutes les salles de classe du pays. Les recettes de l'État ne parviennent à couvrir que 70 % des dépenses publiques et l'État doit emprunter chaque année l'équivalent de 30 % des dépenses pour payer le déficit. Cela sans mentionner les dépenses supplémentaires annuelles de 2 milliards de dollars nécessaires pour couvrir la grille des salaires. Tout cela pour dire que le débat à propos des moyens de financement de la grille est un faux débat. Le véritable débat est sur l'opportunité de la promulgation d'une telle grille dans un contexte de crise aiguë, d'un chômage endémique, d'un déficit chronique, d'une pauvreté rampante et d'une croissance en berne.
C'est surtout une occasion pour remettre en question un modèle économique qui a toujours placé le clientélisme politique au-dessus de la démocratie citoyenne, dont la classe dirigeante a toujours considéré l'État comme sa principale source de revenus et de pouvoir et a installé la défiance réciproque et l'irrespect de la parole donnée au cœur du système politique. Dans le même temps, le contrôle qu'elle exerce sur l'appareil de l'État est devenu le principal mécanisme pour la distribution des récompenses et des avantages matériels. Le plus important de ces avantages a été la mise à disposition d'emplois réels ou fictifs dans la fonction publique à des personnes qui ne les méritent pas.
(À suivre)

 

La fable de l'âne de Buridan, attribuée au philosophe médiéval Jean Buridan, veut qu'un âne également assoiffé et affamé se laisserait mourir plutôt que de choisir ou de savoir par quoi commencer : le seau d'eau et le picotin d'avoine ?Au-delà de la métaphore, l'indécision politique tout autant que l'aveuglement ou la lâcheté politique pourraient déboucher sur une fin tragique.En fait, une politique économique, c'est avant tout une question de choix et de priorités, surtout quand les ressources disponibles sont limitées et la marge de manœuvre exiguë. Il s'agit de favoriser la création de richesses et d'organiser leur répartition, à court terme, mais également à long terme, dans le cadre d'un modèle de développement soutenable.La création de richesses d'abord, leur répartition ensuite.Nous persistons à...
commentaires (4)

CORRECTION ! Merci : ".... la même soif de s'enrichir non point par l’Offre ; la Production agricole, industrielle etc.... ;"

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

02 h 05, le 17 mai 2014

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Commentaires (4)

  • CORRECTION ! Merci : ".... la même soif de s'enrichir non point par l’Offre ; la Production agricole, industrielle etc.... ;"

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    02 h 05, le 17 mai 2014

  • ON PEUT VOIR LES DEUX MONSTRES DE L'APOCALYPSE ! DÉBARASSEZ L'ETAT DES POIDS SUPPLÉMENTAIRES AUX CARTES D'INTRODICTION ( AU LIEU DES DIPLÔMES ). RÉDUISEZ LES CHEPTELS ! DE LA GROTTE ALIBABIQUE À LA COURSE DU MARATHON HORS LOGIQUE !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    16 h 23, le 16 mai 2014

  • Commentaires sur l’article I- Des reformes d’abord, des augmentations ensuite Je voudrais commencer par faire, sans restriction, l’éloge de l’article d’Adib Y. Tohme auquel je souscris de tout cœur. Je n’aurai en fait qu’une seule objection à formuler. Dans le tableau intitule : « Répartition des recettes publiques 2013 » qui parait au bas de l’article en question, j’ai note la tranche de l’usage des recettes intitulée « Paiement des intérêts ET PRINCIPAL (42%) ». Je serais curieux de savoir de quel « principal » nous parlons et a combien se monte le montant de ce « principal » qui a été censé être repaye et qui en est l’heureux propriétaire, compte tenu du fait qu’a ma connaissance, et selon les rapports du Ministère des Finances, aucun principal de la dette de $60.02 milliards de dollars qui était due a fin Juin 2013, n’a jamais été repaye. Je dis cela aussi parce que, selon les renseignements a ma disposition, les comptes de 2013 n’ont pas encore été finalises. Prière me corriger là-dessus, si nécessaire. Mon insistance est motivée par mon désir d’éviter de faire croire au citoyen que les quelques $65 milliards de dollars dus a fin 2013 contiennent une part quelconque, même infime, de repavement d’une dette de $7 milliards de dollars contractée en 1993 laquelle a progressivement gonfle au cours des 20 dernières années pour atteindre la taille d’un bœuf de $65 milliards uniquement par suite des intérêts composes impayés qui se sont accumules durant 20 ans.

    George Sabat

    16 h 18, le 15 mai 2014

  • Le comble, est qu’il faudra encore les remercier ! Les porte-paroles Politiques des communautés contrôlant le pays depuis 43 jusqu'à maintenant, tant chrétiens que musulmans, ont pillé l’État par l'endettement au travers du déficit budgétaire devenu ainsi l'objet même de leurs spéculations et la "source" principale de leur enrichissement. Reproduisant exponentiellement par cette tromperie éhontée la même soif de s'enrichir non point par l’Offre ; la Production ; mais par l'escamotage de la richesse de toute la population : le budget de l’État. C’est par ce pillage via le déficit budgétaire, que ces "vagabonds spéculateurs" bien repus étaient ainsi soustraits à tout contrôle de l’État. Et le pillaient donc en l’endettant et escroquant le labeur du restant de la population. Ils dissimulaient derrière ce régime oligarchique leur "vagabondage spéculatif" essentiellement spéculatif sur le dos du budget de l’État, et donc sur le budget de chaque famille ! C’est par ce pillage que l'assouvissement des convoitises les plus malsaines se déchaîna. Car, c'est là où la jouissance devient crapuleuse, que tout naturellement la richesse provenant du jeu de la spéculation cherche sa véritable satisfaction. Avec ce mode de gain comme source de jouissances, ce n'était plus autre chose que la résurrection du "vagabondage spéculatif" dans les rouages de l’État. Mais qu’on soit rassurés : "Ils devront balayer dans et devant la porte de la niche ; bien la laver et bien la récurer." !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    13 h 28, le 15 mai 2014

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