La fable de l'âne de Buridan, attribuée au philosophe médiéval Jean Buridan, veut qu'un âne également assoiffé et affamé se laisserait mourir plutôt que de choisir ou de savoir par quoi commencer : le seau d'eau et le picotin d'avoine ?
Au-delà de la métaphore, l'indécision politique tout autant que l'aveuglement ou la lâcheté politique pourraient déboucher sur une fin tragique.
En fait, une politique économique, c'est avant tout une question de choix et de priorités, surtout quand les ressources disponibles sont limitées et la marge de manœuvre exiguë. Il s'agit de favoriser la création de richesses et d'organiser leur répartition, à court terme, mais également à long terme, dans le cadre d'un modèle de développement soutenable.
La création de richesses d'abord, leur répartition ensuite.
Nous persistons à croire que nous avons un problème de demande qu'il faut résoudre par une augmentation des salaires alors que nous avons surtout un problème d'offre qu'il faut corriger à court terme par une diminution des coûts pour les entreprises, les seules capables de créer de la richesse et des opportunités d'emplois, faut-il encore le préciser.
Quand je parle de coût, c'est surtout de surcoût qu'il s'agit. En d'autres termes, c'est la partie du coût qui ne correspond à aucun service économique rendu, que ce soit aux entreprises elles-mêmes ou à la société dans son entier. C'est de cette partie du coût totalement improductive et inutile, résultant d'un phénomène de rente, qu'on pourrait se dispenser comme prélude à toute réforme. Pour connaître le montant de cette rente indue, il suffit de retrancher des dépenses publiques la part des dépenses suivantes :
– celle qui correspond aux intérêts de la dette publique dite illégitime ou odieuse, c'est-à-dire celle qui a servi à favoriser l'enrichissement exclusif d'une minorité privilégiée au détriment des autres, du pays et de l'avenir ;
– celle qui correspond à ce qu'on appelle le clientélisme bureaucratique, qui est générée par la multiplication des emplois parasitaires destinés à la clientèle de l'élite au pouvoir en échange de soutien politique et qui se traduit dans les faits par la nomination de fonctionnaires incompétents ou fictifs, la multiplication des procédures bureaucratiques, la pratique généralisée des pots-de-vin, les emplois fictifs ou les retraites payées à des défunts ;
– celle qui correspond aux gaspillages qui résultent des transferts aux différentes institutions publiques comme Électricité du Liban, les caisses autonomes, la douane et tous les conseils subordonnés au Conseil des ministres, les transferts des services publics au privé ainsi que de toutes les autres formes détournées de pillage des ressources de l'État par la classe dirigeante.
Comme le montre le graphe ci-dessous, pour l'essentiel, les dépenses publiques libanaises, ce n'est pas de l'investissement, mais des intérêts de la dette, des salaires et des transferts sociaux – ces pourcentages devraient figurer à l'entrée de toutes les salles de classe du pays. Les recettes de l'État ne parviennent à couvrir que 70 % des dépenses publiques et l'État doit emprunter chaque année l'équivalent de 30 % des dépenses pour payer le déficit. Cela sans mentionner les dépenses supplémentaires annuelles de 2 milliards de dollars nécessaires pour couvrir la grille des salaires. Tout cela pour dire que le débat à propos des moyens de financement de la grille est un faux débat. Le véritable débat est sur l'opportunité de la promulgation d'une telle grille dans un contexte de crise aiguë, d'un chômage endémique, d'un déficit chronique, d'une pauvreté rampante et d'une croissance en berne.
C'est surtout une occasion pour remettre en question un modèle économique qui a toujours placé le clientélisme politique au-dessus de la démocratie citoyenne, dont la classe dirigeante a toujours considéré l'État comme sa principale source de revenus et de pouvoir et a installé la défiance réciproque et l'irrespect de la parole donnée au cœur du système politique. Dans le même temps, le contrôle qu'elle exerce sur l'appareil de l'État est devenu le principal mécanisme pour la distribution des récompenses et des avantages matériels. Le plus important de ces avantages a été la mise à disposition d'emplois réels ou fictifs dans la fonction publique à des personnes qui ne les méritent pas.
(À suivre)


CORRECTION ! Merci : ".... la même soif de s'enrichir non point par l’Offre ; la Production agricole, industrielle etc.... ;"
02 h 05, le 17 mai 2014