Dans la région de Hama, des rebelles tirent une roquette artisanale contre les forces du régime syrien. Mohammad Bayoush/Reuters
L'annonce mardi soir de la démission de Lakhdar Brahimi, l'émissaire international pour la Syrie, a été accueillie hier avec contentement par Damas mais avec tristesse par l'opposition.
Le régime syrien ne cache pas sa satisfaction de voir partir M. Brahimi, qu'il n'a jamais apprécié, surtout depuis qu'il s'était enquis auprès du président Bachar el-Assad de son éventuel départ du pouvoir. « Brahimi est l'homme de l'Arabie saoudite », affirme le quotidien al-Watan, qui déteste le royaume wahhabite pour son soutien aux rebelles souhaitant renverser le régime. « Il a montré son parti pris en faveur de l'opposition, notamment durant la conférence de Genève, en exprimant son soutien à la Coalition et à son chef Ahmad Jarba », ajoute le journal. Dans la même veine, l'agence SANA relève les raisons de l'échec de l'émissaire, l'accusant notamment de s'être mêlé des affaires intérieures du pays. « Un médiateur ne peut pas interférer dans les affaires relevant de la souveraineté des États », écrit SANA, sans élaborer davantage. À l'inverse, le représentant à l'ONU de la Coalition nationale syrienne, Najib Ghadbian, a affirmé que l'opposition avait « apprécié les efforts de M. Brahimi pour trouver une solution et partageait donc sa frustration » avant de déplorer le manque de « pression internationale concertée ».
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La démission de M. Brahimi ne doit pas perturber les efforts diplomatiques pour résoudre le conflit syrien, a réagi hier le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Guennadi Gatilov. « Nous sommes convaincus qu'il ne doit y avoir aucune pause artificielle dans le processus politique, la dynamique positive accumulée lors des précédentes séances doit être préservée. Le plus important est que le gouvernement syrien est prêt à poursuivre le dialogue. Nous encourageons et soutenons Damas dans cette démarche », a déclaré M. Gatilov.
Parallèlement, dans les régions contrôlées par le régime, la campagne se poursuit pour l'élection présidentielle du 3 juin, dont l'issue ne fait aucun doute. Les deux candidats en lice contre M. Assad sont apparus sur les chaînes de télévision sans formuler la moindre critique à l'encontre du président sortant. Le scrutin a d'ores et déjà été qualifié de « farce » par l'opposition et critiqué par plusieurs pays occidentaux. Mardi soir, le président américain Barack Obama a rencontré M. Jarba. M. Obama « a répété que Bachar el-Assad a perdu toute légitimité pour diriger la Syrie et n'a pas sa place dans l'avenir » du pays, selon la Maison-Blanche.
Par ailleurs sur le terrain, selon al-Watan, l'application d'un important échange de prisonniers entre régime et rebelles a commencé mardi dans la cité ouvrière de Adra, au nord-est de Damas. Une famille de huit personnes a été libérée en échange de l'entrée de produits alimentaires dans la ville, affirme le quotidien. La deuxième étape, qui prévoit un échange de 1 500 familles contre 1 500 détenus, sera mise en œuvre prochainement, mais prendra un peu de temps car les parties concernées doivent examiner la liste des prisonniers, ajoute le journal.
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Près de 1 000 morts dans les prisons
En outre, depuis le début de l'année, près de 850 détenus sont morts dans les prisons du régime sous la torture ou victimes d'exécutions sommaires, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Mais le nombre réel de victimes pourrait être bien plus grand, car sur les dizaines de milliers de détenus aux mains du régime, 18 000 sont portés disparus, souligne l'OSDH. Selon le Centre de surveillance des personnes déplacées (IDMC), basé à Genève, 9 500 personnes quittent leur foyer toutes les 60 secondes en Syrie.
Enfin sur le plan des violences, le pays tout entier s'est embrasé hier. De Deraa à Lattaquié, en passant par Damas, Hama et Alep notamment, les combats entre les soldats et les rebelles ont été féroces, faisant de nombreuses victimes.
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11 h 49, le 15 mai 2014