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Moyen Orient et Monde - Égypte

Sissi : Il faudrait « 20 à 25 ans pour instaurer une véritable démocratie »

L'ex-chef de l'armée, grand favori de la présidentielle, choisit la stabilité plutôt que les libertés.

Abdel Fattah al-Sissi lors de sa récente rencontre avec les journalistes égyptiens. Photo Reuters

Abdel Fattah al-Sissi, ultrafavori de la présidentielle après avoir destitué l'islamiste Mohammad Morsi, a fait de la stabilité sa priorité, prêt à l'obtenir aux dépens des libertés, insistant sur le fait qu'il faudra des décennies à l'Égypte pour devenir une démocratie.
Trois ans après une révolte populaire réclamant « la justice sociale » et « la dignité » des citoyens qui a mis fin à trois décennies de pouvoir autoritaire, l'ex-chef de l'armée a expliqué cette semaine à des journalistes égyptiens triés sur le volet que « parler de démocratie » ne devait pas primer sur la « sécurité nationale » et le redressement de l'économie en ruines. « Vous écrivez dans vos journaux : aucune voix n'est au-dessus de la liberté d'expression. Mais qu'est-ce que ça veut dire ? Quel touriste viendrait dans un pays où il y a de telles manifestations ? Vous avez oublié que des millions de gens ont perdu leur gagne-pain à cause des manifestations ? » a-t-il lancé, après une longue diatribe sur les forces de l'ordre, qui font face à des attaques désormais quasi quotidiennes et répriment dans le sang les manifestations de l'opposition, notamment pro-Morsi.
Selon des extraits de la rencontre avec les journalistes diffusés par une télévision privée, M. Sissi a conseillé aux chefs des principaux médias du pays, lorsqu'ils ont « une information ou un sujet », d'en parler « à l'oreille d'un responsable, plutôt que d'aller l'exposer en plein jour ». Un journaliste d'un important quotidien égyptien souligne, sous le couvert de l'anonymat, que « M. Sissi est issu des rangs de l'armée », et pour cela, « il ne tolérera aucune critique qui pourrait menacer la sécurité nationale ».
Depuis la destitution début juillet du seul chef d'État élu démocratiquement en Égypte, « le nombre de télévisions fermées, de journalistes emprisonnés, de détenus politiques incarcérés est sans précédent », estime Oussama Diab, chercheur associé à l'influente ONG Initiative égyptienne pour les droits de la personne (EIPR). Si l'ampleur de la répression est inédite, note toutefois M. Diab, l'équation « liberté ou stabilité » n'est pas nouvelle en Égypte. « Cela fait 50 ans », dit-il, que les dirigeants égyptiens y ont recours.

La leçon du printemps arabe
En dix mois, plus de 1 400 personnes, en majorité des manifestants pro-Morsi, ont été tuées et quelque 15 000 emprisonnées, tandis que des centaines ont écopé de la peine capitale à l'issue de procès expéditifs, et qu'une loi récemment promulguée restreint drastiquement le droit de manifester. Toutes ces mesures – dénoncées par la communauté internationale – valent au maréchal à la retraite une importante popularité, entretenue par des médias unanimement hostiles aux supporters islamistes de M. Morsi et partisans de l'action de l'armée. M. Sissi est donné grand vainqueur face à son seul adversaire, le leader de gauche Hamdeen Sabbahi, lors de la présidentielle des 26 et 27 mai.
Parce qu'il revient à la rhétorique chère aux chefs d'État d'avant la révolte de 2011, tous issus de l'armée comme M. Sissi, le probable futur président du plus peuplé des pays arabes « a prouvé qu'il n'a pas compris la grande leçon du printemps arabe, c'est-à-dire le refus par les nouvelles générations de ce choix imposé entre la stabilité ou la démocratie », estime Karim Bitar, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). « Ces déclarations reflètent un état d'esprit nationaliste autoritaire, conservateur et antilibéral, mais surtout elles viennent réhabiliter l'idée dangereuse selon laquelle les Arabes doivent sacrifier leurs aspirations à la liberté et à la démocratie sur l'autel de la stabilité et du développement économique », poursuit-il.
Donnant aux journalistes son avis sur la démocratie en Égypte, M. Sissi a estimé que compte tenu des spécificités du pays, incomparable selon lui aux démocraties occidentales, il faudrait « 20 à 25 ans pour instaurer une véritable démocratie », sans toutefois préciser ce qu'il entendait par démocratie ni pourquoi cette durée spécifique. Pour M. Bitar, « ce discours trouvera un écho favorable chez ceux qui aspirent surtout au retour de la loi et l'ordre après les convulsions postrévolutionnaires. Ils vont toutefois rapidement déchanter quand ils vont se rendre compte que la répression actuelle porte en elle les germes de l'instabilité de demain ».
© AFP

Abdel Fattah al-Sissi, ultrafavori de la présidentielle après avoir destitué l'islamiste Mohammad Morsi, a fait de la stabilité sa priorité, prêt à l'obtenir aux dépens des libertés, insistant sur le fait qu'il faudra des décennies à l'Égypte pour devenir une démocratie.Trois ans après une révolte populaire réclamant « la justice sociale » et « la dignité » des citoyens qui a mis fin à trois décennies de pouvoir autoritaire, l'ex-chef de l'armée a expliqué cette semaine à des journalistes égyptiens triés sur le volet que « parler de démocratie » ne devait pas primer sur la « sécurité nationale » et le redressement de l'économie en ruines. « Vous écrivez dans vos journaux : aucune voix n'est au-dessus de la liberté d'expression. Mais qu'est-ce que ça veut dire ? Quel touriste viendrait...
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