Des centaines de personnes ont été tuées dans un nouveau massacre de Boko Haram dans le nord-est du Nigeria. L'attaque a eu lieu lundi à Gamboru Ngala, ville proche de la frontière camerounaise dans l'État de Borno, fief historique de Boko Haram, où les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne vont aider les autorités à retrouver les quelque 200 adolescentes enlevées mi-avril par le groupe islamiste.
Un sénateur local a évoqué hier le chiffre de 300 morts. « Il y a peut-être plus de 200 morts », a déclaré une source médicale sous le couvert de l'anonymat. Des témoins ont quant à eux compté plus de 100 cadavres. Selon le sénateur, Gamboru Ngala était restée sans protection car les soldats qui y étaient basés avaient été redéployés plus au nord, vers le lac Tchad, pour tenter de libérer les lycéennes enlevées.
L'insurrection menée depuis 2009 par Boko Haram a fait des milliers de morts (plus de 1 500 depuis début 2014) au Nigeria, pays le plus peuplé et première économie d'Afrique. Le recours à des milices privées, constituées de civils, contre les islamistes a poussé Boko Haram à se retourner contre les populations locales.
Avant l'annonce de cette nouvelle tuerie, le président américain Barack Obama avait annoncé l'envoi de forces de sécurité américaines (militaires, policiers et « autres agences ») pour aider le Nigeria à retrouver les lycéennes. Washington va envoyer dans les prochains jours une équipe composée de « moins de 10 militaires » et de membres du département de la Justice et du FBI, a ainsi annoncé le pentagone. Il s'agit d'experts en « communications, en logistique et en renseignements », selon le colonel Steven Warren, un porte-parole du pentagone.
Le président français François Hollande, lui, a emboîté le pas hier lorsque l'enlèvement de 11 autres jeunes filles a été signalé, assurant que la France « fera tout pour aider le Nigeria ». Une « équipe spécialisée » est disponible pour les recherches, a précisé le ministre français des Affaires étrangères peu après. Le Royaume-Uni a annoncé l'envoi d'une équipe de conseillers gouvernementaux « dans les meilleurs délais » pour travailler sur place aux côtés des forces envoyées par le président Obama. La Chine, de son côté, a promis d'aider le Nigeria « pour retrouver les filles » et « dans sa lutte contre le terrorisme », a indiqué le président nigérian Goodluck Jonathan hier après avoir reçu le Premier ministre chinois Li Keqiang à Abuja.
La sécurité des écoles
Cette « situation révoltante », selon les termes du président américain, éclipse le Forum économique pour l'Afrique, un « Davos africain » qui s'est ouvert hier à Abuja sous sécurité maximale, un sommet sur lequel le Nigeria comptait pour vanter ses progrès économiques et améliorer son image internationale. Au lieu de cela, le président Jonathan et son administration sont critiqués par les familles des 276 jeunes filles enlevées pour leur inaction et leur incapacité à les retrouver. Plusieurs dizaines d'adolescentes ont réussi à s'enfuir mais plus de 220 seraient toujours aux mains des insurgés, selon la police. Évoquant « une situation qui brise le cœur, une situation révoltante », M. Obama, sur la chaîne américaine ABC, a estimé que cet enlèvement « pourrait être l'événement qui aide à mobiliser la communauté internationale toute entière afin de faire enfin quelque chose contre une organisation aussi abjecte ».
Le département d'État américain a indiqué disposer d'informations selon lesquelles les adolescentes auraient été emmenées dans des pays voisins, se faisant l'écho de déclarations – non confirmées – de responsables locaux à Chibok, selon lesquels les captives avaient été vendues comme épouses à des combattants islamistes du Cameroun et du Tchad. Les autorités tchadiennes et camerounaises ont démenti que les lycéennes se trouvent sur leur sol. Selon des témoins joints au téléphone depuis Yaoundé, la sécurité a été renforcée dans le nord du Cameroun, à la frontière du Nigeria.
Pour empêcher notamment de nouveaux kidnappings de lycéennes, l'envoyé spécial de l'ONU chargé de l'Éducation, Gordon Brown, a dévoilé un projet destiné à améliorer la sécurité dans les écoles nigérianes. Il prévoit le déploiement de gardes de sécurité et de policiers, ainsi que des mesures pour réagir aux menaces et aux possibles attaques actuelles sur les établissements scolaires.
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14 h 16, le 08 mai 2014