La libération du dirigeant républicain Gerry Adams, après un long interrogatoire sur un crime de l'IRA vieux de 42 ans, semblait hier de nature à réduire la tension en Irlande du Nord, mais la province demeure plus que jamais tiraillée entre exigence de justice et nécessité de consolider une paix fragile.
Sorti libre dimanche soir du commissariat d'Antrim, après 94 heures de garde à vue, le président du parti Sinn Féin est reparti hier en campagne électorale. Il a ainsi tenu un meeting en soirée dans la capitale nord-irlandaise, Belfast, en vue du scrutin européen. Si la police n'a retenu aucune charge contre lui, le dossier n'est pas clos pour autant. Il doit passer désormais entre les mains du bureau du procureur qui décidera in fine, à une date indéterminée, s'il y a suffisamment d'éléments pour engager des poursuites contre l'un des principaux architectes du processus de paix.
En attendant, la libération de Gerry Adams semble signifier, après quatre jours de vive tension, un retour au calme dans une province toujours secouée par des violences sporadiques et prête à s'enflammer à la moindre étincelle, seize ans après les accords de paix de 1998. Hier, il était beaucoup question du comment et du pourquoi de cette longue garde-à-vue.
En filigrane des événements récents ressurgit la difficile gestion de l'héritage d'un conflit qui a fait 3 500 victimes entre la fin des années 1960 et 1990. La mise en place, suite aux accords de paix, d'un gouvernement biconfessionnel a apporté une vraie stabilité politique. Mais la province est toujours déchirée entre ceux qui réclament justice – pour les meurtres et attentats commis il y des décennies par les deux camps, voire contre des exactions des forces de l'ordre – et ceux qui jugent qu'il faut définitivement tourner le page. En accordant l'immunité aux responsables, qu'ils soient républicains ou unionistes.
À ce jour, la question n'est pas tranchée et se gère au gré-à-gré. En avril, Seamus Daly, membre présumé du groupe IRA-véritable, a été inculpé pour le meurtre des 29 victimes de l'attentat à la voiture piégée d'Omagh du 15 août 1998. Mais deux mois plus tôt, un tribunal londonien avait accordé une amnistie de fait au suspect n° 1 d'un attentat de l'IRA à Hyde Park en 1982. Savoir s'il faut traquer les coupables ou sacrifier la quête de justice sur l'autel de la paix est une question qui risque d'empoisonner les débats pendant de longues années encore en Irlande du Nord.
(Source : AFP)
Moyen Orient et Monde - Irlande Du Nord
Gerry Adams libéré, mais l’Ulster reste tiraillé entre paix et justice
OLJ / le 06 mai 2014 à 00h00


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