L'agence de notation Standard and Poor's (S&P) a maintenu hier la note de la France, saluant les efforts de réformes même si elle juge Paris trop optimiste sur les déficits et l'emploi.
L'agence « confirme les notes à long terme » AA « et à court terme » A-1+ « en devises et en monnaie locale qu'elle attribue à la République française », selon un communiqué.
La note à long terme, la plus connue, est ainsi la troisième meilleure possible dans la gradation de S&P. La France est notée « AA » depuis novembre 2013.
Elle avait perdu début 2012 sa note « AAA », la meilleure possible, un événement qui avait suscité un vif débat autour de la pertinence même des décisions des agences de notation, sans toutefois entraîner un effet dévastateur sur les taux d'emprunt.
En théorie en effet, les investisseurs tiennent compte des agences de notation pour évaluer les risques qu'ils prennent en prêtant à tel ou tel pays, et réclamer des taux plus ou moins élevés. Depuis plusieurs mois toutefois, les marchés se montrent particulièrement indulgents envers la France et l'ensemble des pays européens, pour des raisons qui tiennent surtout à la politique de la Banque centrale européenne.
Vendredi d'ailleurs, le taux à 10 ans de la France n'a guère bougé, évoluant autour du niveau très bas de 2 %, ce qui est de bon augure puisque le pays a prévu d'emprunter entre 7 et 8 milliards d'euros lors d'une émission obligataire à long terme qui se tiendra jeudi prochain.
Standard and Poor's maintient une perspective « stable » pour la note « AA », ce qui signifie que « la possibilité d'un relèvement ou d'un abaissement de la note dans les deux ans à venir est inférieure à une sur trois ».
L'agence prévient qu'elle pourrait néanmoins sévir en cas de dégradation forte des finances publiques. À l'inverse, la France pourrait être mieux notée si sa dette refluait plus vite ou si sa croissance surprenait favorablement.
Le Pacte de responsabilité « insuffisant » pour l'emploi ?
En ce qui concerne les mesures annoncées depuis le début de l'année en France, Standard and Poor's écrit que la baisse des cotisations patronales contenue dans le « pacte de responsabilité » est « un facteur positif ». L'actuel gouvernement « se démarque clairement » en choisissant de réduire les dépenses plutôt que d'augmenter les impôts tandis qu'il « semble progresser dans la voie de réformes structurelles ».
Le gouvernement français veut mener de front une baisse des charges et de la fiscalité des entreprises, ainsi qu'un plan d'économies de 50 milliards d'euros au total, assorti de certaines réformes.
Le tout sans casser la croissance, en épargnant les ménages les plus fragiles et sans dévier des engagements budgétaires : Paris promet que le déficit public tombera l'an prochain à 3 % du PIB, le maximum toléré par les traités européens, contre 4,3 % l'an dernier.
« La France est toujours vue par ses partenaires en Europe comme le pays qui demande des délais. Ce n'est plus le cas », a assuré le ministre des Finances Michel Sapin au Financial Times hier, parlant d'un engagement « intangible ». Et assurant que fort de ces promesses, Paris ne devrait « pas rencontrer de problèmes sérieux » avec la Commission européenne, gardienne de la discipline budgétaire.
« Le plan de réduction du coût du travail et de la fiscalité des entreprises pourrait renforcer la compétitivité et le potentiel de croissance de l'économie à moyen terme », même si à court terme l'effet « sur la croissance est incertain », juge par ailleurs l'agence de notation.
Bémol toutefois, Standard and Poor's juge le gouvernement français trop optimiste sur la réduction du déficit public : « Nous prévoyons que le déficit public atteindra 3,8 % du PIB en 2014 et déclinera à 2,7 % en 2017 », là où Paris espère atteindre un ratio de 1,3 % en 2017.
Mais surtout, les mesures du Pacte de responsabilité « pourraient s'avérer insuffisantes pour relancer l'emploi », estime Standard and Poor's. Or le Pacte a pour principal objectif d'enrayer la hausse du chômage en France.
Le gouvernement estime que la baisse du coût du travail et le « choc de confiance » censé en résulter devraient créer en France 200 000 emplois supplémentaires et générer un demi-point de croissance, un scénario jugé trop optimiste par un grand nombre d'économistes.
Enfin, après une forte hausse en février, le nombre de demandeurs d'emploi sans activité s'est stabilisé en mars avec 1 600 nouveaux inscrits à Pôle emploi en métropole, où ils sont désormais plus de 3,34 millions, un nouveau record, a indiqué hier le ministère du Travail. En incluant les chômeurs ayant une petite activité, ce sont 11 700 nouveaux inscrits qui ont été recensés (+0,2 %), soit un total de plus de 4,94 millions de personnes à la fin du mois dernier (5,24 millions avec l'outre-mer). « Cette stabilisation est conforme à la tendance de fond observée depuis octobre 2013 », par rapport aux fortes hausses du début 2013, a estimé dans un communiqué le ministre du Travail, François Rebsamen, qui a appelé à « poursuivre la mobilisation », notamment grâce au pacte de responsabilité. François Hollande et Manuel Valls réuniront lundi à Paris plusieurs ministres, les préfets et autres directions de l'État afin de « les mobiliser pour la mise en œuvre » de ce pacte.
(Source : AFP)


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