Des familles de la centaine de lycéennes toujours détenues par Boko Haram ont entrepris d'organiser elles-mêmes des recherches, devant l'impuissance des autorités à retrouver leurs enfants enlevés par le groupe islamiste dans le nord-est du Nigeria. Déjà critiquée pour sa gestion d'un rapt inédit qui a provoqué l'émotion au Nigeria et ailleurs dans le monde, l'armée a fait marche arrière hier et reconnu que la majorité des 129 lycéennes enlevées lundi dans leur lycée de Chibok était toujours portée disparue. Face à ce cafouillage et au manque de résultats des recherches en cours, des familles des lycéennes voulant tout faire pour retrouver leurs enfants ont ainsi décidé de fouiller elles-mêmes la région du rapt. « Certains de nos parents vont jusqu'à ratisser la brousse », a dit la directrice du lycée, Asabe Kwambura, ajoutant que des familles se sont cotisées pour acheter du carburant pour des motos et autres véhicules participant aux recherches.
L'armée avait prétendu mercredi que seules huit des lycéennes kidnappées étaient encore retenues et que les 121 autres avaient pu s'échapper. Mais cette affirmation avait été contredite jeudi par la directrice du lycée et des autorités régionales. « À la lumière du démenti de la directrice du lycée, le quartier général de la Défense souhaite s'en remettre aux déclarations de la directrice et du gouverneur (de l'État de Borno où a eu lieu l'enlèvement) sur le nombre de lycéennes toujours portées disparues et retirer cet élément d'une déclaration précédente », a déclaré hier le général Chris Olukolade, porte-parole des armées, dans un communiqué au ton embarrassé. Le porte-parole de l'armée a regretté la controverse qu'il a lui-même provoquée, disant avoir agi de bonne foi et sans intention de tromper le public. Le général Olukolade a indiqué que les recherches se poursuivaient avec l'aide de milices progouvernementales et de chasseurs traditionnels. Mais l'affaire met en lumière l'incapacité des forces de l'ordre à venir à bout de Boko Haram malgré une vaste offensive lancée il y a près d'un an dans les fiefs du groupe, dans le nord-est du Nigeria.
Mme Kwambura avait déclaré jeudi que les premières affirmations de l'armée « étaient fausses » et que seules 14 lycéennes avaient retrouvé la liberté. Dans un nouveau point, le responsable de l'éducation de l'État de Borno, Mallam Inuwa Kubo, a affirmé hier que 30 lycéennes au total avaient finalement pu s'échapper. Il a expliqué que seize lycéennes avaient été renvoyées par leurs parents à l'école après qu'elles se furent réfugiées chez elles le jour de l'attaque, en plus des quatorze déjà données comme libres. « Nos chiffres indiquent que sur 129 lycéennes qui se trouvaient dans l'internat au moment de ce malheureux incident, nous attendons encore le retour de 99 d'entre elles », a-t-il ajouté.
Selon un responsable de la sécurité qui a requis l'anonymat, les lycéennes ont pu être enlevées pour servir de boucliers humains, servantes ou esclaves sexuelles. Le gouverneur de l'État de Borno a offert 50 millions de nairas (215 000 euros) à quiconque donnerait des informations permettant la libération des prisonnières.
(Source : AFP)


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