Machnouk : « C’est le début du début du plan sécuritaire.
Les premiers contours de la séance parlementaire consacrée à l'élection d'un nouveau président de la République se sont dessinés hier avec l'annonce par Yassine Jaber, porte-parole de la commission de contacts nommée par Nabih Berry, de la date approximative à laquelle se tiendra cette séance : dans la seconde moitié du mois d'avril, c'est-à-dire dans les trois prochaines semaines.
Tous les partis et courants politiques ont affirmé qu'ils répondront présent à la séance, mais tous ont également affirmé qu'ils se réservent « le droit démocratique » de provoquer un défaut de quorum, si les conditions de l'élection ne leur conviennent pas. Ce qui, de toute évidence, fait problème.
Les observateurs ont fait hier le rapprochement entre ce « droit démocratique » de s'absenter de la séance électorale, et ce qui s'est passé, au printemps dernier, avec le Conseil constitutionnel.
Abus de minorité
On se souvient qu'à l'époque, le Conseil constitutionnel devait se prononcer sur la validité de la prorogation du mandat de la Chambre, et que les sondages laissaient croire que le Conseil constitutionnel allait invalider le vote. Les membres du Conseil constitutionnel favorables à la prorogation avaient alors provoqué, à trois reprises, un défaut de quorum, empêchant ainsi le Conseil de se prononcer. « Abus de minorité », s'étaient écriés les constitutionnalistes, soulignant que l'avis du camp minoritaire avait prévalu, par ce subterfuge, sur l'avis de la majorité.
C'est un peu ce qui se passe aujourd'hui avec l'élection du président de la République, la règle du quorum des deux tiers pouvant être facilement manipulée « au nom de la démocratie » pour torpiller la démocratie, et empêcher une application stricte de l'article 49 de la Constitution, qui prévoit que le chef de l'État est élu à la majorité des deux tiers au premier tour de scrutin, et à la majorité absolue aux tours de scrutin suivants.
Pratiquement, cela revient à dire que l'élection du président nécessite l'aval implicite des deux tiers des députés. C'est ce qui fait dire à certains, dont le ministre de l'Intérieur Nouhad Machnouk, qu'il sera difficile d'élire un président en l'absence d'un accord politique de fond.
Cela dit, et de toute façon, aucune tendance bien nette ne se dégage encore de la situation électorale actuelle. Hormis la candidature de Samir Geagea, qui est saluée par les uns et décriée par les autres, aucune autre candidature ne se détache clairement du lot.
C'est le cas en particulier du général Michel Aoun, qui se présente en candidat de compromis, mais pour le moment, aucun signe ne laisse croire que ce sera le cas. Du reste, la candidature de Samir Geagea est là pour empêcher que le rapprochement politique effectué par Michel Aoun en direction de Saad Hariri ne se transforme en rapprochement électoral.
Pour sa part, Hassan Nasrallah a affirmé, dans un entretien récent, qu'il appuie « le candidature qui servira l'intérêt national supérieur », estimant que « les facteurs internes prévaudront plus que jamais auparavant dans le choix d'un président, et que les Libanais ont devant eux l'occasion d'élire vraiment un président made in Lebanon ». On peut s'étonner de ce que le chef du Hezbollah ne nomme pas clairement Michel Aoun comme son candidat. Mais on peut y voir aussi du réalisme, puisque Michel Aoun sait encore mieux que le Hezbollah qu'aucun candidat sérieux n'échappera au couperet du quorum.
(Lire aussi : Raï : Nous avons besoin d'un président fort et Bkerké n'exclut aucun candidat)
Une intrigante visite
Le locataire de Rabieh a reçu hier l'intrigante visite de Michel Moawad. À L'Orient-Le Jour, M. Moawad a précisé que, pour lever toute équivoque, et sachant qu'il avait rendez-vous hier à Rabieh, il avait apporté dès samedi dernier son appui à la candidature de Samir Geagea. M. Moawad maintient un contact politique avec le CPL depuis le 22 novembre dernier, quand ce courant a fait acte de présence aux cérémonies commémorant l'assassinat du président René Moawad.
Boutros Harb, à son tour, a fait preuve de réalisme hier, en affirmant qu'il est potentiellement candidat à la présidence de la République, mais qu'il donne pour le moment toutes ses chances à la candidature de Samir Geagea pour provoquer l'effet politique désiré par les Forces libanaises.
Sécurisation
Indépendamment de la bataille sociale qui fait rage, et dont l'issue est incertaine, force est de constater que la vague takfiriste est en reflux et que le climat général du pays s'assainit, avec l'entrée en vigueur d'un plan de sécurité qui commence à faire ses preuves à Tripoli.
Interrogé là-dessus, le ministre de l'Intérieur, Nouhad Machnouk, a affirmé dans un entretien télévisé que ce succès est dû à la « très grande décision » prise au niveau international d'empêcher le feu syrien de se propager au Liban. « C'est la fin de la politique d'ingérence de la Syrie au Liban », a-t-il souligné.
De fait, relèvent des sources informées, les brèches nord et est à partir desquelles le feu syrien se propageait au Liban ont commencé à être colmatées, sans que l'on n'ait encore tiré tout à fait au clair le double jeu que la Syrie jouait à cet égard. On ne le dit pas, mais cette sécurisation serait en rapport avec les ressources gazières découvertes au large des côtes libanaises, et dont les responsables américains conseillent aux Libanais d'entamer l'exploitation au plus tôt. L'avenir, à cette aune, ne serait plus aussi sombre qu'on le craint.
M. Machnouk a toutefois averti que « ce sera long » et que l'on est encore « au début du début » de l'application du plan de sécurité. Peut-être, mais c'est un bon début.
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12 h 44, le 08 avril 2014