Comme ces vieilles maisons à arcades qui s'effondrent dès qu'on leur enlève la clé de voûte, mon pays sombre et s'écroule...
Je ne veux pas être prophète de malheurs, les oiseaux de mauvais augure m'ont toujours répugné.
Il y a cependant quelque chose de fou, d'ahurissant dans ce qui arrive ! Toutes les valeurs sont impitoyablement galvaudées, foulées au pied sans le moindre scrupule. Les scandales les plus monstrueux sont rapidement banalisés, voire même glorifiés. Nous glissons petit à petit dans un univers glauque, une réalité virtuelle effrayante, une culture d'apathie et de mort qui ne nous ressemble pas.
Bien sûr, la convoitise, l'irresponsabilité, le manque de patriotisme, l'individualisme, l'ambition démesurée ont toujours été nos points « forts », mais... mais il y avait quand même une certaine pudeur, un semblant de limites à ne pas dépasser. Les Libanais étaient épanouis, enthousiastes et fiers de croquer la vie à pleines dents. Et là, tout à coup, plus rien ! Le Liban s'est éteint. Le Libanais d'antan a disparu. Une nouvelle espèce de citoyens a pris sa place. Un personnage léthargique, désabusé, dégoûté, aigri, totalement anéanti. Cependant, certaines personnes coriaces résistent encore et gardent intacte leur énergie pour continuer, pour aller plus loin et saper sans retenue, pour piller et épuiser le pays, n'hésitant pas à s'attaquer même à sa souveraineté. On fait son travail à fond ou on ne le fait pas... Chapeau messieurs !
La jeunesse résistera ? N'ayez crainte, les jeunes, souffle de vie et promesse d'avenir du pays, désertent. Les queues se font de plus en plus longues devant les ambassades ; seuls les vieux restent et s'enfoncent dans un marasme effroyable, attendant l'ultime descente aux enfers.
Non, je ne veux pas être prophète de malheurs. Une comptine de mon enfance me remonte aux lèvres et je fredonne bouleversée : « Alouette, gentille alouette, alouette je te plumerai... »
Rolla AOUN

