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Nos lecteurs ont la parole - Abdel Hamid El-Ahdab

Yasser Hawari, le créateur de l’école de la renaissance journalistique arabe

La disparition de Yasser Hawari est celle d'une école du journalisme arabe, celle du plus grand ingénieur journalistique connu de la presse du monde s'étendant de « l'océan au Golfe ».
Le jour où l'ordre libanais de la presse se rendit au palais présidentiel, le chef de l'État Charles Helou les accueillit en ces termes : « Bienvenue à votre deuxième patrie, le Liban. » Yasser Hawari ne s'était pas joint à la délégation. Il avait, lui, réussi à faire du Liban le premier et le seul pays de la presse arabe. Il avait, avec un talent immense, fait de la revue al-Ousbouh al-Arabi, dont il était le rédacteur en chef, une source considérable de revenus assurés par les seuls lecteurs et annonceurs, et n'ayant aucun rapport avec les États, les services de renseignements et les régimes politiques.
Il avait réussi a créer l'hebdomadaire le plus moderne et le plus digne, à un moment où les despotes arabes avaient réquisitionné la totalité des journaux pour en faire les porte-parole de leurs régimes.
Il avait su s'éloigner de cette mascarade et demeurer pur, prouvant ainsi que le métier de journaliste, comme tout autre métier, peut être une source de revenus honnête. Pendant quinze ans, al-Ousbouh al-Arabi a brillé dans le ciel du monde arabe comme une étoile ardente et diffusé de belles lumières dan un monde tout noir. Elle était présente dans tous les pays arabes alors que la presse des gouvernants et des régimes de la région oscillait entre ici et là, au gré des sources de l'argent perçu.
Yasser Hawari a créé l'école de la renaissance journalistique arabe. Sa réussite ne résidait pas uniquement dans le mot et l'écrit mais également et surtout dans sa perception aiguë de la réalité et des faits importants, éléments qui façonnaient une revue que les gens attendaient le matin du premier jour de la semaine et dont ils s'enquéraient des dizaines de fois lorsque sa parution avait du retard.
Il s'agit de la même renaissance journalistique arabe qui avait sombré longtemps avant le printemps arabe, le jour où l'on a voulu libérer la Palestine à partir de Jounieh et de Ouyoun al-Siman.
Alors qu'il s'apprêtait à voyager après le déclenchement de la guerre parce qu'il ne trouvait plus de place dans cet enfer, cet asile d'aliénés qu'était devenu le Liban, les « libérateurs » de la Palestine, et peut-être les « libérateurs » du Liban et du cèdre, les voleurs du port et des banques, se sont empressés de faire sauter les locaux de son journal al-Diyar. Il s'en était heureusement sorti indemne et avait vite pris l'avion, avec sa famille, en jurant de ne pas retourner. Il avait ensuite confirmé ses talents journalistiques à Paris à travers la revue Arabies qu'il avait fondée et qui avait aussitôt été appréciée par les Européens désireux de comprendre les événements du monde arabe expliqués de manière probe et objective.
Il avait très bien réussi à Paris alors que le français n'était que sa troisième langue, derrière l'anglais, ce qui prouve que le journalisme n'est pas une histoire de langue mais un art, celui de l'examen approfondi des faits et leur analyse objective, bien étudiée et limpide.
Tu nous a quittés, Yasser, mais tu nous a juste précédés. Au Paradis où tu es accueilli, tu n'a pas ressenti la tristesse qui a été la mienne lorsque j'ai observé que l'État et la presse libanaise et arabe ne t'ont pas rendu les honneurs que tu mérites. Mais il n'y a finalement pas lieu de s'attrister. Tu ne fais pas partie de la grande famille décadente. La plus belle médaille susceptible d'orner ta poitrine est celle que te décernera l'histoire, laquelle connaît ta stature et le rôle joué dans la renaissance de la presse arabe digne et intègre. Que Layla nous permette de dire ici un mot qui ferait beaucoup plaisir à Yasser : la femme n'est pas la « moitié » de l'homme mais son tout. Layla a été la clef de sa réussite sur les plans humain et familial. Elle a excellé dans son accompagnement en son travail et en leur demeure. Elle supportait pour lui tous les soucis, tant ceux propres à la presse que ceux particuliers à la famille. Elle avait réussi et fait réussir. Les témoins en sont nombreux, les gens aimants qui le savaient sont en nombre infini...
Nous te pleurons nous tous, et en premier le regretté Raymond Eddé que toi et Layla avaient entouré et couvert de votre affection à Paris. Il n'avait besoin ni de partisans ni d'adulateurs mais d'une famille et de la tendresse et de l'amour qu'elle lui procure. Il suffisait que le Amid tombe malade pour que Yasser et Layla accourent avec un médecin. Tu étais, avec Layla, sa véritable famille à Paris. Il est heureux que, dans notre monde d'aujourd'hui, les grands soient toujours aux côtés des grands.
Que Dieu couvre Yasser de sa miséricorde et aide Layla.
Les fils et filles de Yasser sont les témoins de sa noblesse de cœur, de sa science, de sa grande probité, de sa pureté. Ils ont poussé dans le beau jardin aménagé avec la douce Layla.

Abdel Hamid EL-AHDAB
Avocat

La disparition de Yasser Hawari est celle d'une école du journalisme arabe, celle du plus grand ingénieur journalistique connu de la presse du monde s'étendant de « l'océan au Golfe ».Le jour où l'ordre libanais de la presse se rendit au palais présidentiel, le chef de l'État Charles Helou les accueillit en ces termes : « Bienvenue à votre deuxième patrie, le Liban. » Yasser Hawari ne s'était pas joint à la délégation. Il avait, lui, réussi à faire du Liban le premier et le seul pays de la presse arabe. Il avait, avec un talent immense, fait de la revue al-Ousbouh al-Arabi, dont il était le rédacteur en chef, une source considérable de revenus assurés par les seuls lecteurs et annonceurs, et n'ayant aucun rapport avec les États, les services de renseignements et les régimes politiques.Il avait réussi a...
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