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Liban - Religions

Le Danemark se penche sur l’expérience libanaise de coexistence multiconfessionnelle

Une délégation d'experts et d'hommes de foi libanais représentatifs des communautés du pays s'est rendue à Copenhague à l'initiative de la Fondation Adyan. Depuis plus d'un an, elle tente d'élaborer un manuel pionnier d'éducation religieuse qui initie les jeunes à la citoyenneté, un projet de « l'éducation interreligieuse pour la citoyenneté interculturelle » financé par le Danemark.

La délégation libanaise et l’évêque Peter Fischer-Møller réunis devant la cathédrale de Roskilde. Photo Béchara Maroun

Au détour de la rue Strøget, la rue commerçante piétonne la plus célèbre de Copenhague, près de l'illustre et romantique Town Hall construit de bois et de briques à la fin du XIXe siècle, un groupe de touristes semble se démarquer étrangement de la foule de voyageurs et de Danois venus profiter du premier jour de soleil en ce printemps, dans un pays où il pleut plus de 200 jours par an. Ils visitent pour la première fois le Danemark, et leurs accoutrements suscitent visiblement la curiosité des habitants de la ville, qui se retournent à leur passage pour tenter de comprendre ce qui amène tous ces porteurs de calottes, de keffieh et d'amamas, tous genres confondus, jusqu'à Copenhague. Parmi ces « touristes de fortune », tous libanais, il y a en effet cheikh Oussama Haddad, responsable de l'éducation religieuse à Dar el-Fatwa et au sein des waqfs islamiques sunnites. Près de lui, se promènent cheikh Naïm Hazer, membre du département éducatif au sein du Conseil supérieur chiite, et cheikh Fadel Slim, président du département éducatif au sein du Conseil national druze, aux capuches plus discrètes. Un peu moins insolites dans ce paysage, le père Gaby Hachem, professeur de théologie et prêtre grec-melkite, Nabil Maamarbashi, pasteur évangélique, et le père Nicolas Smaïra, directeur du département d'éducation religieuse au sein de l'archevêché grec-orthodoxe de Beyrouth. Ils clôturent la marche, accompagnés par Violette Msann, vice-directrice du Centre d'études orientales et responsable de la catéchèse à l'école des sœurs antonines de Ghazir, le père Fadi Daou, président de la Fondation Adyan, Nayla Tabbara, vice-présidente de l'ONG, et enfin Saria Khabsa, coordinatrice du projet qui a réussi à réunir tous ces hommes de religion.


En effet, c'est un projet tout particulier qui amène cette délégation représentative du Liban jusqu'à Copenhague. Réunis par la Fondation Adyan, qui œuvre depuis 2006 à consacrer le dialogue et la solidarité interreligieuse au Liban, et pour initier les peuples de la région du monde arabe à la citoyenneté dans des sociétés pluralistes, ces représentants des différentes communautés libanaises et responsables des secteurs éducatifs dans leurs institutions respectives travaillent depuis plus d'un an à l'élaboration d'un manuel d'éducation religieuse pour les écoles et les groupes de jeunes, pour les éduquer aux valeurs citoyennes à partir de leur foi. Ayant autrefois reformé, en accord avec le ministère de l'Éducation, les manuels d'éducation civique, de philosophie et de sociologie au Liban, la Fondation Adyan estime en effet qu'il est nécessaire aujourd'hui de développer l'enseignement religieux également, qu'il soit musulman ou chrétien, pour qu'il véhicule lui aussi ces notions de citoyenneté aux jeunes pousses du Liban. Un projet qui a finalement été adopté par l'organisation danoise Danmission et le ministère danois des Affaires étrangères qui a financé le projet, tous deux soucieux de l'importance du dialogue interreligieux, le Danemark se transformant peu à peu en une société multiconfessionnelle.


Ayant presque achevé leur manuel au terme de réunions intensives et de séminaires à Beyrouth, ces experts libanais se sont donc rendus au Danemark il y a quelques jours pour partager leur expérience peu commune avec leurs confrères danois, et prendre du recul par rapport à leur travail avant la fin du projet. Pendant plus de 4 jours, ils ont rencontré des personnes-clés dans le cadre du dialogue interreligieux au Danemark, se sont enquis des travaux de construction de la toute première mosquée au pays et ont suivi un séminaire sur les meilleures moyens de facilitation du dialogue, nécessaire pour leur tâche en tant que pédagogues rédigeant un manuel aussi pionnier.

 

La petite sirène.

 

Un rôle-clé pour la religion dans une société séculaire
Nous sommes à Roskilde, 35 km à l'ouest de Copenhague. Dans cette cité qui date des Vikings et qui constitue une véritable artère économique pour le pays se trouve l'un des monuments phares du Danemark, la cathédrale de Roskilde, construite dans un style gothique des plus impressionnants au XIIe siècle. Véritable cimetière, cette église évangélique luthérienne imposante dont les travaux de construction ont duré plus d'un siècle renferme les sarcophages de tous les rois et reines du Danemark. Au terme d'une visite guidée avec le maître des lieux, l'évêque Peter Fischer-Møller, en passant par les travaux d'excavation de la tombe de l'actuelle reine du Danemark, qui a déjà fait part de ses souhaits concernant le « design » de son ultime demeure, la délégation libanaise est reçue par l'évêque dans sa maison, à quelques pas de l'église. Et c'est après le repas que le prélat se prête à un exposé du rôle joué par la religion au Danemark, où les mœurs de la société restent profondément ancrées dans le christianisme luthérien, l'Église du Danemark étant la plus solide d'Europe. « La religion et la société sont conjointement liées à l'histoire du Danemark depuis toujours, explique-t-il. C'est en 1536 que le roi Christian III a décrété que le pays se joindra à la foi luthérienne. La population est donc devenue entièrement chrétienne, mais le commerce florissant imposait la présence de personnes non chrétiennes. Au XVIIe siècle, la présence de minorités venues d'ailleurs a commencé à se faire ressentir, alors que la démocratie commençait à s'installer de façon plutôt faible, et que la liberté de religion entrait véritablement en vigueur. » « La société est restée homogène jusqu'en 1950. 95 pour cent des Danois payaient les taxes à l'Église évangélique, a poursuivi Peter Fischer-Møller. Entre les années 60 et 70, les jeunes ont entamé leurs révolutions, voulant se désister de toutes les anciennes autorités, et l'Église en était une. Des travailleurs immigrants du Pakistan, du Maroc et de la Turquie affluaient vers le pays, et nous sommes soudainement devenus une société multireligieuse. Les musulmans sont encore minoritaires (6 pour cent de la population), mais ils augmentent en nombre, et 79 pour cent seulement des Danois font partie de l'Église, comparé aux 92 pour cent en 1994. C'est pour ces raisons que nous sommes aujourd'hui intéressés par le dialogue interreligieux. Nous voulons apprendre des Libanais comment consacrer ce vivre-ensemble, même si l'Église continue d'entretenir une relation spéciale avec l'État. Nous sommes loin des Français et de leur laïcité, qui appelle à ignorer toute considération religieuse. Nous ouvrons la session parlementaire en octobre par une messe. Les religions sont enseignées dans nos écoles et nous reconnaissons le rôle joué par le christianisme dans le développement de nos législations. »

 

(Pour mémoire : La Fondation Adyan : quand citoyenneté rime avec diversité)


Pour sa part, Nayla Tabbara, responsable du département d'études interculturelles à la Fondation Adyan, explique le principe de citoyenneté inclusive développé par la Fondation, celle qui transcende les différences confessionnelles. « Nous n'appelons pas à la fusion ni à la tolérance, a-t-elle dit. Bien au contraire, nous désirons parler de nos différences et accepter la diversité en tant que richesse pour notre société. » Mme Tabbara et le père Nicolas Smaïra ont ensuite expliqué la démarche adoptée pour l'élaboration du manuel d'éducation religieuse. « Nous nous sommes mis d'accord, chrétiens et musulmans, sur une liste de dix valeurs citoyennes consacrées par les religions chrétienne et musulmane. Nous en avons ensuite choisi trois pour élaborer le manuel : l'acceptation de l'autre, la justice et le respect de la loi. Le groupe chrétien et le groupe musulman ont chacun élaboré des exercices et des leçons autour de ces valeurs, et à partir des écritures religieuses. » Un projet où la difficulté résidait, selon cheikh Oussama Haddad, à trouver des similarités entre les fois sunnite et chiite, et qui, selon père Gaby Hachem, a nécessité une étude approfondie des textes de l'Évangile du côté chrétien. « Ce projet nous a permis de prendre conscience de nos différences », a déclaré le pasteur Nabil Maamarbashi. « C'est un projet qui stimule la curiosité de découverte de l'autre, a renchéri l'évêque de Roskilde. Nous en aurons bientôt besoin pour tout le Moyen-Orient et le reste du monde. »


Si le christianisme reste roi au pays de la Petite Sirène, cela ne signifie aucunement que les Danois sont de fervents pratiquants, avec un taux de participation de 3 pour cent à la messe du dimanche. « Cela a toujours été comme cela, explique Agnete Holm, pasteur à Copenhague et responsable à Danmission. Pour nous, l'appartenance à l'Église se reflète dans le fait que les gens baptisent leurs enfants, se marient, enterrent leurs morts et paient leurs taxes à l'Église, sans oublier les autres activités chrétiennes auxquelles participent les
jeunes de nos jours. »

 

Le centre-ville de Copenhague.

 

La liberté de culte au cœur de la tradition danoise
Ainsi donc, les Danois aimeraient prendre conseil des Libanais pour apprendre le vivre-ensemble, même si ces derniers pourraient tout aussi leur apprendre comment s'entre-tuer. Et si les Libanais ont malheureusement besoin d'être éduqués à l'appartenance citoyenne à travers leur foi, les Danois, eux, ont déjà dépassé ce stade, la citoyenneté pour eux étant une valeur acquise. Il faut dire, en effet, que les lois danoises permettent une émancipation hors pair liée à la liberté de culte. De retour à Copenhague, notre délégation s'est effectivement rendue à la municipalité de la ville, le bâtiment du City Hall, près de la statue verte du non moins célèbre Christian Hans Andersen, où elle a rencontré une équipe danoise qui a présenté un exposé au sujet des libertés dont jouit la société au Danemark. Depuis 1849, la Constitution du pays consacre la liberté de religion, la liberté de former des communautés religieuses, de construire des lieux de culte, la liberté d'expression et la lutte contre la discrimination de tout genre.


Dans ce contexte, la municipalité de Copenhague a récemment créé un Comité interculturel pour intégrer tous les groupes marginalisés de la société. Le programme « Ma Foi – Ta Foi », initié en 2004, permet pour sa part des visites dans des écoles privées et publiques du Danemark pour initier les jeunes à connaître les différentes religions, le pays comportant plus de 540 écoles publiques et privées. Ces dernières, subventionnées par l'État, sont quasi gratuites et ont le droit d'inclure dans leur cursus une éducation religieuse, qu'elle soit musulmane, chrétienne, ou culturelle à propos des religions. Au Danemark, le mariage reste un contrat civil, mais il nécessite d'être conclu par une cérémonie religieuse célébrée par un prêtre, un cheikh ou un pasteur. Le divorce, quant à lui, reste du ressort de l'État et de la loi uniquement, sans interférence religieuse.

 

(Pour mémoire : Rôle actif pour le Liban dans l'action du Centre du roi Abdallah pour le dialogue des religions et des cultures)


Dans le bâtiment municipal, le père Fadi Daou a une nouvelle fois exposé le projet d'Adyan, révélant qu'une formation sera organisée bientôt à Beyrouth pour les enseignants d'instruction religieuse, afin qu'ils soient initiés aux notions du manuel nouvellement élaboré. Il expliquera une nouvelle fois le projet d'Adyan, quelques heures plus tard, au ministère des Affaires étrangères, devant Martin Lidegaard, actuel ministre, qui sera intéressé par les difficultés actuelles auxquelles fait face le Liban en ce qui concerne la coexistence. « Nous sommes 18 communautés coexistant au sein de la société libanaise et notre approche tente d'affirmer que nous refusons qu'une certaine communauté s'identifie en tant que minorité, au risque de la marquer à tout jamais et de menacer son existence, a-t-il déclaré. Notre travail est bien reçu au Liban mais nous sentons aussi que nous allons à contre-courant. La politique attise les tensions confessionnelles et le printemps arabe a vivifié les extrémismes. »

 

 

Au détour de la rue Strøget, la rue commerçante piétonne la plus célèbre de Copenhague, près de l'illustre et romantique Town Hall construit de bois et de briques à la fin du XIXe siècle, un groupe de touristes semble se démarquer étrangement de la foule de voyageurs et de Danois venus profiter du premier jour de soleil en ce printemps, dans un pays où il pleut plus de 200 jours par an. Ils visitent pour la première fois le Danemark, et leurs accoutrements suscitent visiblement la curiosité des habitants de la ville, qui se retournent à leur passage pour tenter de comprendre ce qui amène tous ces porteurs de calottes, de keffieh et d'amamas, tous genres confondus, jusqu'à Copenhague. Parmi ces « touristes de fortune », tous libanais, il y a en effet cheikh Oussama Haddad, responsable de l'éducation religieuse à Dar...
commentaires (4)

Y a pas de menu spécifique , le truc est que nous , libanais on est tombé dedans quand on était tout petit .

FRIK-A-FRAK

13 h 30, le 02 avril 2014

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Commentaires (4)

  • Y a pas de menu spécifique , le truc est que nous , libanais on est tombé dedans quand on était tout petit .

    FRIK-A-FRAK

    13 h 30, le 02 avril 2014

  • "Un groupe de touristes semble se démarquer étrangement de la foule et leurs accoutrements suscitent visiblement la curiosité des habitants, qui se retournent à leur passage pour tenter de comprendre ce qui amène tous ces porteurs de calottes, de keffieh et d'amamas, tous genres confondus ! il y a en effet un cheikh sunnite, et près de lui se promènent un cheikh chïïte et un autre druze aux capuches plus discrètes." ! En quoi seraient-elles plus "discrètes" ? "Un peu moins insolites dans ce paysage, les pères Gaby, Nabil et Nicolas,(mâchallâh)" ! En quoi sont-ils "moins insolites" ? En fait, tout est dit !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    09 h 51, le 02 avril 2014

  • LE CONSENSUEL POURRAIT MARCHER LÀ... OU EN FAIRE UN BORDEL DE PLUS !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    09 h 35, le 02 avril 2014

  • GAG.... ben qu'il se penche pas trop,le Danemark...il pourrait tomber de haut.

    GEDEON Christian

    08 h 13, le 02 avril 2014

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