La première mosquée au Danemark : un minaret bien visible mais un dôme interne et un appel à la prière inaudible dans la ville.
Parcs d'attractions, espaces verts, châteaux, églises, maisons pittoresques, promenades en bateau, musées et monuments historiques : les attractions pour les touristes ne manquent pas à Copenhague, même par un jour de pluie. Conçu pour les cyclistes, les habitants de la ville se déplaçant majoritairement à vélo de jour comme de nuit, un tour à bicyclette près du Nyhavn, le port aux couleurs distinctives et joyeuses, ou près des paisibles lacs artificiels à l'est du centre-ville, vaut bien le détour. Là-bas, près de Nørrebrogade, la rue fiévreuse et urbaine de Copenhague aux multiples bars et magasins, dans une zone industrielle par excellence accueillant de nombreuses firmes de l'industrie automobile, peu se douteraient que la toute première mosquée du Danemark est actuellement en cours de construction. Et c'est dans cette localité qu'est accueillie la délégation libanaise d'Adyan, reçue au Centre islamique danois par son directeur, le Tunisien Abdel Hamid Hamdi, et une foule de membres de la communauté musulmane du pays, venus participer à la prière du vendredi. M. Hamdi, tout fier du projet, accompagne la délégation pour une visite de la mosquée et du centre accolé en cours de construction. « Après la crise résultant de la caricature du Prophète, nous étions obligés de riposter, explique-t-il. Nous nous sommes interrogés si ces gens-là nous connaissaient, s'ils avaient lu de faux textes concernant l'islam ou s'ils avaient été influencés par de faux comportements de certains musulmans. Nous avons alors décidé de répondre par le dialogue, pour une véritable ouverture et acceptation de l'autre. » Et d'ajouter : « Nous sommes la plus grande minorité au Danemark, environ 250 000 personnes, et notre situation avance vers le meilleur. Notre centre existe depuis 2002. Avant cette mosquée, qui sera finie au mois de juin et dont la construction a été amorcée il y a quatre ans, les musulmans priaient dans des couloirs souterrains qui ne convenaient pas à notre religion. Ce lieu permettra aux autres de nous connaître. Ce premier minaret au Danemark révèle à quel point ce pays croit à la diversité. La loi permet la construction de lieux de culte, et sur le sondage effectué par la municipalité auprès de 1 000 personnes dans la ville, trois seulement se sont opposées au projet. »
26 millions d'euros... Chukran Qatar ?
Visitant le centre et la mosquée aux délicates mosaïques, dont le dôme n'apparaît pas de l'extérieur, la délégation découvre le premier minaret du Danemark, bien visible, lui, et les différentes salles du centre musulman. Une visite ponctuée par les « Masha'aallaaah ! » de cheikh Oussama Haddad. Le centre, lui, comprend une salle pour les femmes, une salle d'activités pour les vieux et les jeunes, une salle de sport, des salles de conférences, une école, un restaurant et des salles de location, sources de revenus pour le centre. Dans toutes les chambres, l'appel du muezzin à la prière est audible, mais il n'est pas audible de l'extérieur du bâtiment, selon les conditions de la municipalité. Ce centre, « ouvert aux musulmans et aux non-musulmans, aux fidèles et aux non-pratiquants, et qui n'est même pas protégé par un mur extérieur », comme l'explique M. Hamdi, a été financé par le Qatar et cheikh Hamad ben Khalifa, pour la somme de 26 millions d'euros. « Ces gens sont intelligents, explique le père Jacob Midtgaard, responsable à la municipalité de la ville. Ils travaillent lentement et dans les normes légales. » « Il est commun que les conseils municipaux prennent l'opinion du peuple au sujet de la construction de ce genre de lieux, quand le projet est légal, pour s'assurer qu'ils ne seront simplement pas gênés d'un point de vue logistique dans leur vie au quotidien », explique-t-il, alors que les visiteurs sont reçus au bureau de M. Hamdi, où le drapeau danois et les images de mosquées d'Europe décorent les murs.
Au terme de la visite, la délégation se rend au lieu de prière actuel. Femmes et hommes se séparent, laissant leurs chaussures à l'entrée, et sont bientôt rejoints par une foule de fidèles, des Marocains, des Pakistanais, des Turcs et des Palestiniens en majorité. Et c'est cheikh Oussama Haddad qui se charge du prêche du vendredi, qu'il consacre aux thèmes de la coexistence et de la citoyenneté. « Dieu affirme dans le Coran qu'Il nous a créés pour que nous nous découvrions les uns les autres, a-t-il dit. Il a appelé au respect de l'autre car il est aussi fils de Dieu. Au Liban, nous refusons de dire que les chrétiens sont une minorité, car ils sont le cœur de notre pays. L'histoire du Prophète se répète aujourd'hui ; nous accueillons dans nos mosquées une délégation chrétienne autant il est vrai que l'islam n'est pas celui qui appelle a la destruction des églises mais à la protection des chrétiens et de leurs lieux de culte. » Appelant à la libération des deux évêques enlevés en Syrie, il a enfin invité les fidèles à s'attacher à leur patrie, le Danemark, et à la protéger, citant des exemples du Coran appelant à la citoyenneté.
Après la fin de la prière et la traduction du prêche en danois, une table ronde réunissant les experts libanais et des membres du Centre islamique danois s'est tenue, au cours de laquelle cheikh Fadel Slim a expliqué aux participants en quoi consistait la religion druze. Pour leur part, des membres de la communauté musulmane danoise ont fait part des efforts qu'ils déployaient pour participer activement à la vie politique et citoyenne et revendiquer leurs droits, même s'il faut dire que les Danois semblent n'avoir aucun préjudice considérable à ce sujet. « C'est la première fois que des gens s'installent au Danemark et n'adoptent pas toutes nos coutumes, racontait le professeur de théologie danois Hans Raun Iversen. Le débat au sujet de leur présence a existé et existe toujours. Mais tout compte fait, ils ont permis aux Danois d'être plus conscients de leur religion. » À la question « es-tu chrétien ? » un Danois répondait de façon vague autrefois. Aujourd'hui, il affirme de façon claire : « Oui je le suis ! »


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine