Le drapeau indépendantiste catalan. Karol Kozlowski/BigStock
« Nous voulons voter. Qu'ils nous envoient les chars, cela ne nous arrêtera pas », lance Marc Cots, un étudiant de 20 ans. Sur la place de Catalogne, au cœur de Barcelone, il vient de signer une pétition réclamant un référendum sur l'indépendance régionale.
Jeunes, familles avec enfants, retraités et même quelques touristes défilent dans un goutte à goutte incessant devant le stand signalé par une « estelada », le drapeau indépendantiste catalan rayé jaune et rouge, frappé d'une étoile blanche. Tous ont en tête la date du 9 novembre : celle du référendum annoncé par le président nationaliste Artur Mas, réclamé avec force par une large partie de la société catalane et déclaré illégal par Madrid. « Pour moi, la décision du tribunal constitutionnel ne change rien. La Catalogne est une nation par son histoire, sa langue, sa culture spécifique, ajoute le jeune homme. Nous avons le droit de voter, que cela leur plaise ou non. »
Sur la place de Catalogne grouillante de monde, des volontaires de l'Assemblée nationale catalane (ANC), un puissant groupe de pression qui milite pour l'indépendance, recueillent des signatures pour réclamer un référendum. Dans des centaines de communes catalanes, l'ANC mène la même campagne. Si la consultation n'avait pas lieu, le groupe plaide pour une proclamation d'indépendance unilatérale. Le nombre de signatures recueillies reste confidentiel, mais l'ANC affirme qu'en janvier, sur un seul week-end, elle a obtenu plus de 200 000 soutiens. « Les gens ont de grands espoirs. Jamais nous n'avons été aussi près du but », remarque Lluisa Forcadell, une volontaire de 55 ans qui dépose une nouvelle signature dans une urne de carton.
Puissante région du nord-est de l'Espagne, peuplée de 7,5 millions d'habitants, la Catalogne revendique fièrement son identité culturelle et linguistique. Mais sous l'effet de la crise économique qui l'a contrainte à de lourds sacrifices, la revendication d'indépendance y a gagné du terrain, au-delà d'un sentiment nationaliste déjà très fort. Sous pression de la rue, Artur Mas et sa coalition conservatrice CiU ont fait alliance avec les indépendantistes de gauche de l'ERC pour annoncer un référendum. Alors que le gouvernement espagnol de droite ne cesse d'affirmer que la consultation n'aura pas lieu, le tribunal constitutionnel a rejeté mardi la déclaration de souveraineté adoptée par la Catalogne en 2013, qui a servi de base à la convocation du référendum. Faisant fi de cette décision, Artur Mas a promis de poursuivre sur cette voie.
« Pas de retour possible »
« Les sondages disent que le peuple catalan veut être consulté, qu'ils sont entre 70 et 80 % à vouloir voter », remarque Jordi Matas, professeur de sciences politiques à l'université de Barcelone. « Il ne s'agit pas de la dérive indépendantiste d'un gouvernement. Il y a une majorité parlementaire derrière et surtout une majorité sociale qui réclame ce référendum », souligne-t-il. Sergi Codina, un gérant de restaurant de 32 ans, vient de signer la pétition. « Avec Madrid on ne peut tomber d'accord sur rien. C'est pour cela que nous devons continuer, quitte à nous mettre hors la loi. »
L'ANC a déjà démontré sa capacité à mobiliser lors de gigantesques manifestations en 2012 et 2013, le 11 septembre, à l'occasion de la Diada, le Jour de la Catalogne, date symbolique de la prise de Barcelone, en 1714, par les troupes franco-espagnoles. Cette fois, elle s'apprête à publier une feuille de route fixant au 23 avril 2015 la proclamation d'indépendance. « Nous ferons pression sur le gouvernement catalan et les partis politiques, parce que nous pensons que l'indépendance est la seule voie possible », explique sa présidente, Carme Forcadell. Une association d'extrême droite, Manos Limpias, a demandé l'interdiction de l'ANC, l'accusant d'appel à la sédition. Avec pour effet de faire bondir le nombre d'adhérents, de 22 000 à plus de 30 000 en une semaine. « Les politiques ne peuvent plus revenir en arrière. Ce serait un échec total », lance Manuel Gonzalez, un préretraité de 63 ans. « Il faut continuer, même si c'est contraire à la Constitution. S'ils le veulent, qu'ils nous mettent en prison. Mais ils devront en trouver une assez grande pour que nous tenions tous », ironise sa femme, Lourdes Company, en épinglant sur sa poitrine un badge aux couleurs de l'indépendance.
(Source : AFP)


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