Les attaques de Boko Haram ont fait des centaines de morts et plusieurs dizaines de milliers de déplacés dans le nord-est depuis le début de l’année. Afolabi Sotunde/Reuters
Le Nigeria a annoncé cette semaine une « méthode douce » pour combattre Boko Haram, reconnaissant, dans un rare exercice d'autocritique, que la force seule ne permettra pas de vaincre le groupe islamiste. Malgré l'instauration de l'état d'urgence dans trois États du nord-est en mai dernier et une lourde intervention de l'armée, les attaques de Boko Haram ont déjà fait près de 700 morts et plusieurs dizaines de milliers de déplacés dans cette région depuis le début de l'année.
Le conseiller national nigérian à la sécurité, Sambo Dasuki, a donc dévoilé, lors d'une rare intervention publique, une série de mesures qui associent « la carotte et le bâton » pour lutter de façon plus efficace contre le groupe extrémiste. La « méthode douce » de M. Dasuki comprend notamment un programme de « déradicalisation » des membres présumés de Boko Haram en détention, plus d'interactions et de communication avec les communautés locales, les plus touchées par les violences au quotidien. Pour Elizabeth Donnelly, du groupe de réflexion Chatham House à Londres, cette feuille de route est « un point de départ » pour essayer de reprendre la main sur les insurgés. « Je pense que le gouvernement a enfin réalisé qu'il avait perdu toute crédibilité et la confiance du public dans sa façon de communiquer » a-t-elle déclaré.
Un chemin lent et difficile
M. Dasuki a notamment reconnu que les insurgés islamistes sont beaucoup plus efficaces que l'armée dans leur façon de faire passer leur message sur le terrain. « Nous avons réalisé que ceux qui ont la mission de nous protéger ne peuvent plus fonctionner de la même façon que par le passé », a-t-il ainsi déclaré mardi au cours d'une conférence de presse à Abuja. La nouvelle stratégie nationale de contre-terrorisme, qui a demandé 18 mois de travail, a été élaborée en se basant sur l'expérience d'autres pays dans leur « guerre contre le terrorisme », a ajouté M. Dasuki. « Le Nigeria s'engage dans ce chemin décisif, ce sera lent et difficile mais nous faisons des progrès », a-t-il jugé.
Il y a quelques semaines, le massacre d'étudiants dans leur sommeil, dans un internat de l'État de Yobe, a notamment suscité l'indignation de la communauté internationale, et des inquiétudes sur une perte totale de contrôle de l'armée nigériane vis-à-vis d'insurgés agissant en toute impunité. L'armée maintient cependant toujours le même discours sur Boko Haram, affirmant gérer la situation et soutenant que la montée des violences, ces dernières semaines, n'est que l'illustration de la débâcle du groupe extrémiste, qui, affaibli, jouerait son va-tout.
Les experts et les diplomates occidentaux répètent constamment que le Nigeria ne pourra pas venir à bout de Boko Haram seulement par la force, et qu'il est essentiel de s'intéresser aux racines du problème pour mettre fin aux violences. Selon M. Dasuki, le développement économique du nord du pays, très pauvre, fait partie de la nouvelle stratégie, pour éviter que la jeunesse désœuvrée ne se tourne vers l'extrémisme. Un « programme de revitalisation économique » va donc être mis en place dans les six États du nord les plus touchés par les violences, a expliqué M. Dasuki. Pour Virginia Comolli, de l'Institut international d'études stratégiques, cette nouvelle approche est attendue depuis très longtemps. « Ce qui est positif, c'est que plusieurs éléments du gouvernement nigérian ont eu des discussions avec leurs homologues au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Australie, en Indonésie et dans d'autres pays du monde et ils ont pu voir ce qui a fonctionné », selon elle.
(Source : AFP)


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