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Fin de partie

Selon une étude financée par la NASA et dont les résultats ont été rendus publics avant-hier, la civilisation telle que nous la connaissons n'a plus qu'une quinzaine d'années à vivre. Ce n'est pas la fin du monde, mais celle du monde familier, de cette bonne vieille marmite, souvent en ébullition, dans laquelle nous aurons fait nos meilleures soupes. Pourquoi ? Essentiellement à cause de la pression démographique sur les ressources vitales. Ensuite à cause de l'augmentation du clivage entre pauvres et riches. Et on ne parle même pas des transformations radicales promises par la révolution digitale. Bientôt nous nous logerons autrement, nous nous vêtirons différemment, nous mangerons des choses qui, aujourd'hui, nous semblent encore insolites. Cette nouvelle civilisation aura aussi un vocabulaire nouveau, des valeurs nouvelles. Elle nous est d'emblée donnée à repenser. C'est une information qui inquiète le monde occidental. Pourquoi ne nous fait-elle ni chaud ni froid ? Sans doute parce que dans notre coin du globe, nous y sommes déjà sans avoir eu le temps d'y réfléchir.

Un symptôme qui ne trompe pas : la nostalgie. Un nombre croissant d'entre nous vit encapsulé dans un passé aussi idéalisé que réconfortant. Nous passons notre temps à photographier de vieilles demeures promises à la démolition. Certains vont jusqu'à forcer leurs portes vermoulues. Ils y respirent les dernières vapeurs d'une époque où les maisons embaumaient, au petit matin, le café à la cardamome et le papier journal. Aux abords de midi, l'oignon frit, ingrédient de base de toute cuisine libanaise qui se respecte, se faufilait, entêtant, dans tous les recoins, rampait dans la géométrie des tapis, grimpait aux rideaux, collait aux vêtements, se mêlait aux chevelures. Quand les enfants rentraient de l'école, on avait beau avoir aéré et brûlé de l'encens, il restait un relent. Cela s'appelait « l'odeur de la maison ». Ainsi de suite, on se partage des photos des vieux souks de Beyrouth comme naguère on échangeait des vignettes de footballeurs. Et aussi des photos de ces soirées des années soixante que l'on disait folles mais qui paraissent aujourd'hui si bon enfant. Qu'importe. Ce qui importe, c'est que ce passé a eu lieu et qu'au plus fort de l'inquiétude qui nous est désormais une seconde nature, il nous enlace, en pleine dystopie, avec la tendresse d'un aïeul défunt.
La nostalgie, ce refuge, est justifiée par l'accélération des bouleversements qui nous entourent et l'effondrement progressif de nos repères. Ce phénomène est si effarant que nous autres lecteurs de journaux, étudiants, acteurs laborieux et désabusés de la société dite civile, préférons l'ignorer. Deux cultures que tout oppose vont désormais, tels les vers de farine dont parle Claude Lévi-Strauss, se disputer un espace vital exigu avant de s'intoxiquer l'une l'autre. Oh, ce ne sera pas la fin des Mayas ou des Pharaons, mais celle d'une charmante petite société levantine, tolérante avant la tolérance, accueillante, bienveillante et solidaire, promise à l'avenir le plus doux et à laquelle aucun coup du sort n'aura été épargné.

Selon une étude financée par la NASA et dont les résultats ont été rendus publics avant-hier, la civilisation telle que nous la connaissons n'a plus qu'une quinzaine d'années à vivre. Ce n'est pas la fin du monde, mais celle du monde familier, de cette bonne vieille marmite, souvent en ébullition, dans laquelle nous aurons fait nos meilleures soupes. Pourquoi ? Essentiellement à cause de la pression démographique sur les ressources vitales. Ensuite à cause de l'augmentation du clivage entre pauvres et riches. Et on ne parle même pas des transformations radicales promises par la révolution digitale. Bientôt nous nous logerons autrement, nous nous vêtirons différemment, nous mangerons des choses qui, aujourd'hui, nous semblent encore insolites. Cette nouvelle civilisation aura aussi un vocabulaire nouveau, des valeurs...
commentaires (6)

Gad El Maleh disait dans un de ses sketches que le jour où on s'entend dire à son sa fille ou son fils en écoutant Nostalgie FM : ça ! c'est de la bonne musique , cela voudra dire qu'on est déjà vieux . J'ai eu la même impression avec cet article , me sentir déjà vieux , peut être le suis je , mais je ne le revendique pas et on le comprendrai aisément (lol) , en fait de fin de partie , Fifi aurait pu nous dire FIN DE SERIE . On fera du neuf avec du vieux , si on peut .

FRIK-A-FRAK

14 h 50, le 20 mars 2014

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Commentaires (6)

  • Gad El Maleh disait dans un de ses sketches que le jour où on s'entend dire à son sa fille ou son fils en écoutant Nostalgie FM : ça ! c'est de la bonne musique , cela voudra dire qu'on est déjà vieux . J'ai eu la même impression avec cet article , me sentir déjà vieux , peut être le suis je , mais je ne le revendique pas et on le comprendrai aisément (lol) , en fait de fin de partie , Fifi aurait pu nous dire FIN DE SERIE . On fera du neuf avec du vieux , si on peut .

    FRIK-A-FRAK

    14 h 50, le 20 mars 2014

  • Certes la nouvelle civilisation vivra plus dans des capsules , chacun pour soi et Dieu pour tous au nom de l' égoïsme et surtout plus d’espaces verts qui puissent bercer nos cœurs et nous permettre à méditer sur le mot nostalgie qui sera dans le monde de l’oubli .

    Sabbagha Antoine

    11 h 47, le 20 mars 2014

  • Bof...j'en ai la nostalgie comme tout le monde...j'aime cette phrase qui dit,j'ai la nostalgie du futur que j'avais quand j'étais petit.Mais ,regardons les choses en face...ce changement de monde,nous y avons largement contribué...nombreux sont les pays où la préservation du patrimoine est une priorité..chez nous,que nenni..ce qui a tué le Liban,au delà des soubresauts de l'Histoire ,c'est le goût immodéré de l'argent...c'est l'argent qui a permis l'installation d'un demi million de Palestiniens chez nous.C'est l'argent qui a tué le peu d'état que nous avions...c'est l'argent,qui a défiguré aussi horriblement nos côtes,et qui commence à largement défigurer nos montagnes...il faut arrêter de se mentir à soi-même...l'odeur de l'argent a largement remplacé celle du café à la cardamone et des oignons frits..je ne sais plus qui a dit on ne peut pas servir deux maîtres en même temps...lol!

    GEDEON Christian

    11 h 11, le 20 mars 2014

  • LA CIVILISATION DE L'ABRUTISSEMENT ET DE L'ACCAPAREMMENT DU CAPITAL DES RICHESSES DE CE MONDE... PAR UNE SUPER MAFIEUSE MINORITÉ... QUI RÉSULTERAIENT EN TROUBLES SOCIAUX ET EN SUPER RÉVOLUTIONS. LE 19e ET LE 20e SIÈCLES EN RÉPÉTITION !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    09 h 25, le 20 mars 2014

  • Le regret que lui laisserait le décès de ce patelin levantin, la volonté d’exhaler ses vertus, les injustices et les violences dont il a été l’objet ici dans ces lieux d’éloignement si orientaux ; ajoutons son désir de montrer à ces Libanais(h) la voie levantine et de les inciter à plus de sagesse en éclairant un tant soit peu leur chemin cabossé si pas crevassé, yâ waïyléhhh ; furent autant de raisons qui déterminèrent ce Grand-Liban si solennel et si fier à consacrer les 70 années de sa survie à cette œuvre éhhh surhumaine, qui est celle d’assurer ne fut-ce qu’un soupçon d’avenir flamboyant à ces énergumènes montagnards ou citadins libanais(h) si Campagnardisés, yâ hassértéhhh ! Flamboyant dans le sens sacré, mais également volontariste pour la valeur des concepts surtout moraux sur lesquels cet avenir devra s’appuyer, et par l’élévation d’une mentalité ou d’une praxis toujours servies par un comportement élevé qui ne sera jamais, oh non jamais, ici ras surpassé ! D’autres périodes avant la sienne, du même style, avaient tenté de suivre des voies presque similaires ; certainement elles eurent maybe(h) de l’influence sur lui, mais par la richesse et l’étendue de ses œuvres, il les laisse loin derrière lui.... Suis ton chemin et laisse dire, fier et solennel Grand-Liban : c'est tout à ton honneur, car ainsi va la vie ici bas dans ces conTrées.... si orientales de ce Levant !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    08 h 28, le 20 mars 2014

  • Comme c'est vrai tout ca. Peut-on avoir acces a l'etude dont il est fait reference dans l'article?

    Christian Rafie

    08 h 21, le 20 mars 2014

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