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Nos lecteurs ont la parole - Élias Tuéni

I.- Les graffitis à l’assaut de nos murs

On croyait pouvoir y échapper. Malheureusement, la vague nous a rattrapés. Ils portent communément le nom de « graffitis » ou « taguages (taquage) », de l'anglais « tagging ». Ils sont l'œuvre d'artistes en herbe, souvent amateurs, qui dessinent de manière anarchique sur les murs, les maisons ou sur n'importe quel support qui se prête à leur forme d'art.
Si d'aucuns parlent d'art, ces dessins, que l'on voit sur les murs de Beyrouth de plus en plus nombreux, sont des actes de vandalisme. Leurs auteurs dégradent, à des fins diverses, des biens dont ils ne sont pas propriétaires.
À l'origine, le terme tag désignait une simple signature « sauvage » et illégale, un traçage rapide qui s'oppose au « graf » ou « graffiti », genre plus élaboré, d'une certaine valeur artistique relevant de la fresque. Actuellement et très souvent, ces deux dénominations se confondent. En cherchant à éviter tout jugement de valeur, qu'il soit positif en faisant du tag une expression artistique incontournable ou négatif en ne retenant que l'aspect délictueux de ces signatures, le phénomène apparaît comme un mode d'expression, avec des codes propres, qui pose la question même de son sens : que nous disent les jeunes au travers de cette pratique ?
Paradoxalement au développement intensif de nouveaux moyens de communication que nous observons ces dernières années, ces dessins sauvages nous rappellent les dessins rupestres des cavernes des temps préhistoriques.
On peut être pour ou contre cet art de la rue, mais il serait intéressant d'en connaître les tenants et aboutissants puisque nous sommes condamnés, semble-t-il, à en subir les conséquences néfastes.
Ce mouvement a vu le jour de manière organisée à New York en 1967. Des bandes d'adolescents appartenant à des gangs dans des ghettos, appelés « writters » (ou
tagueurs), utilisaient ce mode d'expression pour marquer leur territoire ou pour insulter leurs rivaux. Comme le but principal était d'être vu par le plus de monde possible, ils se sont vite développés dans le métro new-yorkais.
L'intérieur des wagons a été très vite saturé et très vite cet activité s'est étendue à l'extérieur des métros d'abord aux USA, ensuite en Europe à partir des années 80. Un des premiers taggeurs new-
yorkais à être médiatisé signait ses œuvres « Taki » 183. Il était coursier de métier. Taki était le diminutif de son prénom et 183 l'adresse de son appartement... En 1971, Taki est interviewé par le New York Times et c'est suite à cet article et aux dégâts causés par les graffitis, estimés à plusieurs centaines de milliers de dollars, que la municipalité de la ville a créé la première brigade antitag. Mais le virus était né.
Actuellement, les auteurs de ces dessins ne sont plus uniquement des bandes de malfrats des cités difficiles, mais plus souvent des jeunes issus de milieux divers, à la recherche de sensations fortes, qui agissent sous forme d'opérations « commando » dont la finalité est d'imposer le respect d'autres bandes de taggeurs. Les tagueurs modernes excluent heureusement violence et drogue. En revanche, leur finalité première est un défi permanent qui entraîne chez certains membres une prise de risque maximum (lieu de « taguage », présence policière, vitesse d'exécution, impact sur les médias, etc.). Leur âge varie entre 15 et 22 ans, et ils s'adressent plus souvent aux garçons qu'aux filles.
Le « tagueur » moderne cherche moins à marquer un territoire qu'à créer une œuvre artistique de valeur qui signale aussi le « passage » de son auteur marquant le permanent nomadisme des taggueurs et leur prédilection pour des lieux de transport (trains, métros, camions, bus, gares, autoroute). En revanche, les tagueurs expérimentés s'opposent fortement aux novices à qui une sanction est souvent imposée : le « toyage », du mot « toy ». Cette épreuve consiste à barrer un tag « débutant » afin d'attester l'immaturité de son auteur qui ne fait que « jouer ».
(À suivre)

 

On croyait pouvoir y échapper. Malheureusement, la vague nous a rattrapés. Ils portent communément le nom de « graffitis » ou « taguages (taquage) », de l'anglais « tagging ». Ils sont l'œuvre d'artistes en herbe, souvent amateurs, qui dessinent de manière anarchique sur les murs, les maisons ou sur n'importe quel support qui se prête à leur forme d'art.Si d'aucuns parlent d'art, ces dessins, que l'on voit sur les murs de Beyrouth de plus en plus nombreux, sont des actes de vandalisme. Leurs auteurs dégradent, à des fins diverses, des biens dont ils ne sont pas propriétaires.À l'origine, le terme tag désignait une simple signature « sauvage » et illégale, un traçage rapide qui s'oppose au « graf » ou « graffiti », genre plus élaboré, d'une certaine valeur artistique relevant de la fresque....
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