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Liban

Le Forum francophone des affaires lance le débat sur l’égalité d’accès au français

Débat

Une causerie a été animée par la doyenne de la faculté de sciences politiques de l'USJ, Fadia Kiwan, à l'occasion d'un déjeuner de diplomates et d'hommes d'affaires.

18/03/2014

Dans le cadre du mois de la francophonie, le Forum francophone des affaires (FFA) a réuni, autour d'un déjeuner, hommes d'affaires, diplomates et figures politiques et sociales pour évaluer la place actuelle de la langue française. Le FFA, qui célèbre ses 20 ans cette année, « vise à mettre le réseau de la francophonie au service des entreprises libanaises », comme l'explique la présidente du forum, Reine Codsi. La diffusion de cette langue, « porteuse de valeurs universelles », trouverait ainsi un point d'appui dans le monde des affaires.
D'une manière générale, la corrélation entre la langue diffusée, la culture qu'elle véhicule et son impact sur la marche d'une société, et parfois sa politique, s'exacerbe dans les rapports de la francophonie et du Liban.
Animant la causerie sur la consolidation de l'usage du français, la doyenne de la faculté de sciences politiques de l'USJ, Fadia Kiwan, a d'abord mis l'accent sur le « choix stratégique et ferme » pris par l'État libanais dès 1991 de maintenir le français comme « point focal de l'enseignement à l'Université libanaise et dans les écoles publiques ». Fadia Kiwan relève néanmoins des failles dans la mise en œuvre de cet objectif, liées surtout à « l'accès inégal au français au sein du système libanais ».

« La langue de Descartes »
Afin d'y remédier, il serait important de s'entendre sur la valeur et la portée de cette langue. Sur ce point, Fadia Kiwan tend à valoriser « la structuration logique de la pensée » qu'offre le français. « On m'avait proposé de mettre en place, au sein de la faculté de sciences politiques, un enseignement de la doctrine du français en arabe », souligne-t-elle, insistant sur « les atouts de cette langue, à savoir la cohérence et la discipline intellectuelles ». « Le français n'est pas seulement la langue de Molière, il est aussi la langue de Descartes », a-t-elle affirmé.
Sur ce point, l'ancien ministre Georges Corm valorise cette « différenciation très exacte entre l'image d'une langue littéraire et celle de la rationalité qu'elle véhicule ». Cette rationalité aurait imprégné surtout la matière juridique, mais aussi « l'économie et les sciences », quand bien même la langue française souffre aujourd'hui d'une « tendance à être défaitiste par rapport à l'anglais dans le domaine des affaires ». L'historien et économiste critique cette approche, revenant par exemple sur « les contrats en anglais de 300 pages qui finissent en procès au grand profit des avocats. On s'entend mieux sur la base d'un contrat rédigé en français ». « Il faut s'accrocher de toutes ses forces au français qui reste la langue du changement » pour le pays, conclut-il.
Rebondissant sur ces propos, Fadia Kiwan fait état d'une « résistance du français à cette invasion des autres langues étrangères ». Les chiffres prouveraient, selon elle, cette résistance : « Près de 65 % des opérateurs au Liban sont francophones aujourd'hui, ce taux ayant varié de très peu depuis le début de la guerre. » Si cet optimisme est contesté par certains dans l'audience, il reste que le mécanisme de résistance de la langue française existe. « Face à la mondialisation qui nous saisit en groupes et non en individus, il est important que la francophonie constitue un réseau », souligne-t-elle.

« Le français comme moyen »
Et d'ajouter que ce mécanisme devrait être sous-tendu non par une « approche élogieuse du français, qui serait une approche idéologique, mais par la conviction qu'il s'agit d'un outil linguistique, véhicule de culture, dont nous n'avons nul intérêt à nous dessaisir ».
L'ambassadeur de France, Patrice Paoli, fait remarquer d'ailleurs que « le français est souvent perçu comme un moyen, et non comme un but en soi ». Il révèle avoir reçu une nouvelle demande, le jour même, de la part de parents au Hermel, qui souhaiteraient obtenir une certification de français, pour leur fils. Il souligne en outre « le travail patient et quotidien » visant à assurer l'accès au français, mais surtout « un accès de qualité ».
Fadia Kiwan ne manque pas d'énoncer d'ailleurs les différents projets mis sur pied dans ce sens depuis 1991 : programme de mise à niveau linguistique à l'Université libanaise en 1994, financé par l'ambassade de France à raison de 5 millions de francs français à l'époque ; un projet-pilote dans les écoles publiques visant à former les directeurs et surveillants ; la signature récente d'un pacte linguistique avec une organisation française qui vise à développer les moyens linguistiques dans tous les départements publics, y compris les forces armées.
Étaient également présents au déjeuner le ministre de la Culture, Rony Araiji, le président du Conseil économique et social, Roger Nasnas, l'ancien ministre Ibrahim Najjar, les ambassadeurs du Canada et de Suisse, le représentant de l'ambassade de Belgique, le conseiller économique du chef de l'État, Élie Assaf, le directeur général du ministère de l'Éducation, Fadi Yarak, et le recteur de l'Université Saint-Joseph, le père Salim Daccache.

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M.V.

La langue du business et de l'immigration c'est l'anglais ...! la langue de la politique et de la fiscalité c'est le français...

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