L'hiver s'était résumé à une petite tempête. Celle-ci avait même un nom, comme en ont les grands phénomènes. Elle s'appelait Alexa. On le répète aujourd'hui l'œil humide, avec une sorte de tendresse. Ah ! Alexa... Ses promesses de potage, le soir, à l'heure où se retrouvent les familles, de vin rouge au coin du feu, de thé à l'abri des verrières donnant sur les jardins enneigés. Ses nuages annonçaient une saison de musique douce, de lecture, de plaids et de recollection. On aurait eu les mains gelées et le cœur chaud. On aurait mis à griller des pommes de terre et des châtaignes. On aurait fait de longues marches sous les arbres, les mains crispées au fond des poches. On aurait ri en soufflant une buée absurde et saccadée. On aurait appelé cela une saison. On s'y serait repliés en attendant les premiers rayons, les premiers bourgeons, ces signes joyeux d'un cycle qui recommence.
Au lieu de quoi, un soleil visiblement hagard s'était scotché dans un ciel désespérément bleu dès le mois de janvier. Les premiers jours on s'était réjouis. Puis ce fut l'inquiétude. Au fil des semaines, l'étiage s'était aggravé. Les nuits chahutées par le vrombissement des citernes s'effilochaient en aubes tristes. Il faisait beau, certes. Mais il ne faisait pas bon. Dans quelques jours, selon le calendrier, nous serons au printemps. Voilà qu'il repleut, il y a même des orages. Hier matin, nous avons entendu avec un sentiment d'étrangeté la formule qui, en général, annonce la fin de l'automne : les routes de Ouyoune el-Simane et Dahr el-Baïdar sont impraticables aux véhicules non équipés. Il a enfin neigé en montagne. Cet hiver qui se rattrape en fin de course ne nous apaise pas. Dans un pays où il est quasiment impossible d'envisager le lendemain, nous n'avions plus que les saisons pour désigner le futur. Et s'il n'y a plus de saisons...
La météo, il est vrai, la pluie, le beau temps, c'est le sujet de ceux qui n'ont rien à se dire. Cette perturbation de l'atmosphère arrive à point nommé pour nous faire oublier à quel point les mots nous manquent face à la stagnation politique, économique et sociale du Liban. Rien n'avance, décidément, et depuis 2005, d'assassinats en guerres, d'attentats en crises endémiques, nos passions se sont érodées. Comme elle semble lointaine, l'époque où aounistes et anti-aounistes transformaient les salons en barricades et changeaient de trottoir en se croisant dans la rue. Plus lointaine encore celle où, comme un seul homme, nous fûmes plus d'un million à réclamer et obtenir le départ de l'armée syrienne. Celle où, animés d'ardeur patriotique, nous croyions que l'avenir était entre nos mains et, de cette illusion, nous étions heureux. Depuis, avec l'accumulation des problèmes, la diversification de l'adversité, nous avons baissé les bras. Une sorte de gadoue intérieure s'est emparée de notre volonté. Que voulons-nous d'ailleurs ? Pas grand-chose. Continuer à vivre et faire vivre. Mais où sont les neiges d'antan ?


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
Une saison à l’envers pour un pays qui roule à l’envers ou les neiges d'antan ont elles aussi cédé place à la sécheresse une image aussi proche des visages de nos pliticiens .
14 h 54, le 13 mars 2014