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Nos lecteurs ont la parole - Molly Selwan

Le règne du fer et du feu

Comme dans un théâtre élisabéthain où l'œuvre de Shakespeare se jouait simultanément sur plusieurs scènes, le destin du Liban dépend de plusieurs scénarios qui se déroulent actuellement hors de ses frontières. Plus que jamais des intérêts exogènes viennent se greffer sur le pivot central qui régit la vie libanaise, en l'occurrence sa politique, car, dans ce pays, tout est politisé. La justice et la sécurité, supposées autonomes, sont dépendantes de ce facteur dominant, qui subit l'influence des armes illicites. Pour contrecarrer l'emprise du Hezbollah, certains pays arabes sympathisants financent et soutiennent des groupuscules salafistes. De ce fait, les deux partis libanais, le Hezbollah et le courant du Futur, par leurs allégeances respectives à l'Iran et à l'Arabie saoudite, subordonnent la politique libanaise aux événements régionaux, gardant ainsi la porte grande ouverte à toutes les probabilités et à des infiltrations de tous genres, pour ne citer que les islamistes radicaux, des réfugiés Syriens, des cheikhs en mal de célébrité, et peut-être même des pasdarans iraniens... Sait-on jamais?
La situation militaire en Syrie nous interpelle et nous sommes rattrapés par ses retombées sécuritaires sur notre quotidien. Ce qui avait été à l'origine une révolution contre le régime, à l'instar de celles du printemps arabe, a évolué en guerre, causant à ce jour 130000 morts, alors que le bilan des réfugiés s'élève à 240000. Ce chiffre pourrait doubler fin 2014, prévoient les ONG. N'est-ce pas là les prémices d'une démographie rampante vers les pays environnant? Avec des islamistes de toutes catégories venus de Jordanie et d'Arabie saoudite pour aider l'armée libre, des takfiristes infiltrés dans les rangs des rebelles, ainsi que les pasdarans et les commandos du Hezbollah en appui à l'armée. Cette guerre se transforme en un écheveau impossible à démêler, et, semble avoir atteint un point de non-retour. Aujourd'hui, racontent les journalistes sur place, l'opposition a changé de face, abritant dans ses rangs des jihadistes alors qu'un grand nombre de défection, parmi les rebelles modérés, ont fait grossir les rangs des extrémistes proches d'el-Qaëda, Daech, al-Nosra, etc. Un mélange hétéroclite de personnages et de nationalités nourries de fanatisme, avec des antécédents terroristes, tous recevant ou interceptant les armes à travers les déserts de Jordanie et d'Irak. Profitant de cette couverture que leur procure leur présence dans les rangs de l'opposition, ils se déplacent vers le Liban, dont la frontière avec la Syrie est poreuse, en toute impunité, semant des voitures piégées sur leur passage. De temps en temps, leur apparition théâtrale et leur langage menaçant envers les chrétiens dénotent leur degré de radicalisme. Ils suivent tous un même but idéologique: «Faire appliquer la charia comme seule source de législation.»
Il n'a pas suffi aux Libanais d'avoir vécu quarante ans de guerre et d'occupation, desquelles ils se sont à peine relevés. Les voici à nouveau plongés dans les aléas des batailles en Syrie dont ils vivent les péripéties au quotidien. Grâce aux prouesses des médias, non seulement les drames de la guerre nous sont transmis en téléréalité, mais aussi le prolongement de celle-ci traduit par des enlèvements, des attentats à la voiture piégée et des bombardements de villages dans le sud et le nord du pays. C'est donc à travers des frontières ouvertes à tous vents, le transport d'armes, de combattants, de réfugiés, sans oublier les drones, venus on ne sait d'où, qui traversent impunément le ciel libanais. Un méli-mélo pitoyable et destructeur envahit un Liban ayant peine à survivre aux dangers, alors que ses habitants vivent sur le fil du rasoir chaque jour que Dieu fait.
Dans la partie cachée de l'iceberg se déroule une joute implacable, par politiciens interposés, entre deux antagonistes historiques: l'Iran et l'Arabie. La partie se joue à l'échelon international entre deux non moins grands adversaires qui sont l'Amérique et la Russie. C'est le ballet des envoyés spéciaux, des pourparlers qui n'en finissent plus, les tractations politiques sans issue dans un Proche-Orient ensanglanté. C'est l'espoir perdu avec d'inutiles Genève 1, 2 ou 3. Si tous les pays limitrophes de la Syrie sont concernés par cette guerre, les dommages collatéraux c'est bien notre pays qui les subit. Les responsables de cet État fantôme, enfermés dans leurs abris, protégés par leurs bodyguards, seraient-ils donc sans réaction?
Nous sommes étonnés et profondément choqués par la froideur de notre gouvernement, qui ne tente même pas d'influer sur le cours des événements ni d'assurer la sécurité des citoyens en bouclant les frontières avec une Syrie en guerre. Pendant que les ministres jouissent des avantages de leurs fonctions sans en assumer les responsabilités, les attentats se succèdent toujours identiques, avec la similitude grossière des tueurs en série que protège l'impunité. Il semble que les habitants soient pris en tenaille entre les kamikazes et les drones, Tandis que, tel un prédateur, tapi dans l'ombre, prêt à se jeter sur sa proie, le fanatisme attend son heure. Un jour, brutalement, sans même réaliser ni pourquoi ni comment, nous nous retrouverons projetés dans un autre monde et victimes du pire.

 

Comme dans un théâtre élisabéthain où l'œuvre de Shakespeare se jouait simultanément sur plusieurs scènes, le destin du Liban dépend de plusieurs scénarios qui se déroulent actuellement hors de ses frontières. Plus que jamais des intérêts exogènes viennent se greffer sur le pivot central qui régit la vie libanaise, en l'occurrence sa politique, car, dans ce pays, tout est politisé. La justice et la sécurité, supposées autonomes, sont dépendantes de ce facteur dominant, qui subit l'influence des armes illicites. Pour contrecarrer l'emprise du Hezbollah, certains pays arabes sympathisants financent et soutiennent des groupuscules salafistes. De ce fait, les deux partis libanais, le Hezbollah et le courant du Futur, par leurs allégeances respectives à l'Iran et à l'Arabie saoudite, subordonnent la politique libanaise...
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