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Économie - Liban - Agriculture

Sécheresse : les agriculteurs libanais subissent de plein fouet la rareté de l’or bleu

Alors que le potentiel hydraulique du pays était déjà largement sous-exploité avec 10 % des ressources utilisées pour un taux de pertes avoisinant les 40 %, l'absence de pluie cette année a pesé davantage sur les exploitations agricoles.

Depuis les années 1970, la pluviométrie au Liban a déjà diminué de 16 %.

« Le Liban n'est plus le pays de l'eau », démystifie Jad Chaabane, économiste agricole à l'Université américaine de Beyrouth (AUB). « Le pays est très dépendant de la pluviométrie, poursuit-il. Or le changement climatique, qu'il se traduise sous forme de sécheresse ou de précipitations violentes comme la tempête Alexa, affecte directement la disponibilité et l'utilisation de l'eau dont l'approvisionnement dépend principalement de la fonte des neiges. »


Pour les agriculteurs, l'absence de pluie et la douceur de l'hiver ont ainsi lourdement pesé sur les exploitations. « C'est la première année où nous sommes confrontés à une telle pénurie d'eau, explique Fadi Sarkis, responsable du pôle agricole au Domaine de Taanayel. Jusqu'à présent, nous avons enregistré une pluviométrie de 153 mm contre une moyenne de 502 mm. Cette sécheresse aura forcément des conséquences néfastes sur le secteur agricole. Beaucoup de terrains agricoles dépendant des sources d'eau comme des rivières ou de la fonte des neiges devront trouver d'autres sources d'irrigation », a-t-il poursuivi.
« Par ailleurs, 2013 ayant été une très bonne année pour le secteur agricole, les professionnels avaient déjà acheté engrais et semences, tandis que certains ont même agrandi leurs espaces de production. Ces derniers auront ainsi du mal à rentabiliser ces investissements en l'absence d'eau », ajoute Fadi Sarkis.


Même son de cloche pour Antoine Hoyek, président de l'Association des agriculteurs : « Si la pluviométrie ne s'arrange pas, ce sera une catastrophe pour tout le secteur agricole », insiste-t-il. « Pour le moment, nous n'avons que le quart des ressources habituelles en eau, a-t-il ajouté. Tout dépendra alors du mois de mars. »
Fadi Sarkis a dû réduire de moitié sa superficie de plantation. « Notre eau se limite aujourd'hui aux ressources du lac de Taanayel », dit-il.

Et il n'est pas le seul. Dans certaines régions comme dans le nord de la Békaa, les cultures ont également été réduites de moitié, en particulier celles du blé et de l'orge qui n'ont pas été irriguées. Une situation qui aura forcément un impact sur les prix. L'offre étant inférieure à la demande, les prix des denrées agricoles devraient augmenter, mais pas seulement : les produits laitiers devraient aussi être affectés par le manque d'eau. « Les prix du lait, de la labné et du laban vont sans doute être revus à la hausse prévoit Fadi Sarkis. En effet, les cultures de fourrage dont se nourrissent les vaches laitières se font rares cette année en raison du manque de pluie. »


Dans ce contexte, les agriculteurs doivent anticiper l'été pour mieux gérer la raréfaction des ressources en eau. « Il faut préférer des techniques d'irrigation économiques comme le goutte à goutte, apprendre à stocker l'eau et se tourner vers la production hors sol », préconise ainsi un professionnel.

Selon Roland Riachi, économiste auteur d'une thèse sur l'économie de l'eau, le recours aux méthodes d'irrigation dites « économes » a augmenté de 30 % entre 1998 et 2010, un chiffre qui montre que la raréfaction des ressources hydrauliques au Liban ne date pas d'hier. « Depuis les années 1970, la pluviométrie au Liban a déjà diminué de 16 %. À la fin des années 1990, les 2/3 du Liban étaient déjà soumis au risque de désertification », a-t-il ajouté.


Si le Liban a bien été un jour ce que l'on nommait « le château d'eau du Moyen-Orient », il semble qu'il soit désormais bel et bien menacé par les changements climatiques.

 

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