Le monde bouge, et pas seulement aux antipodes : en Micronésie par exemple, où la lilliputienne république des îles Marshall accepte de faire du général Jamil Sayyed son représentant auprès de l'Unesco. Et offre, du coup, à l'ancien patron de la Sûreté libanaise, libéré pour insuffisance de preuves dans l'affaire Hariri, une fort opportune immunité diplomatique : juste pour le cas où...
C'est plutôt autour de nous, tout près de nous, que le monde s'agite, que des pays se font ou se défont sous nos yeux, indifférents pourtant à nos propres, mortels, suicidaires désordres. L'Irak est découpé en trois tranches, dont une seule, celle des Kurdes, jouit d'une certaine tranquillité. Dépecée, laminée à son tour, la Syrie, où tout le monde se bat contre tout le monde, où le sanguinaire régime, non content de déverser, par barils entiers, des explosifs sur les zones habitées, entreprend de rayer de la carte des pans entiers de cités en prélude, semble-t-il, à des déplacements massifs de populations.
Toujours autour de nous, il est pourtant des lieux où l'on s'efforce de construire ou de reconstruire, plutôt que de détruire. Le Yémen est un pays qui a connu tant d'infortunes qu'on se demande quel esprit facétieux a pu lui décerner jadis le titre d'Arabie heureuse. Depuis des décennies, tribus et branches rivales de l'islam n'ont cessé de s'y affronter, et le passage de l'imamat à la république n'y a pas changé grand-chose. En vain Nord et Sud-Yémen ont tenté de cohabiter au sein d'un État unitaire ; et en vain ont-ils fait chambre à part. Trois ans après le début du printemps yéménite qui a entraîné la chute du dictateur Ali Abdallah Saleh, voilà pourtant qu'en désespoir de cause, une formule inédite était adoptée dimanche par une commission de sages, celle d'un État fédéral regroupant six provinces.
Le succès est-il garanti pour autant ? Bien sûr que non : dès hier, des réserves étaient formulées par les autonomistes du Sud, et les remuants houthis menaçaient même de s'opposer par les armes à la structure projetée. Mais du moins existe-t-il au Yémen des responsables ayant encore le courage d'essayer autre chose, quand tout ou presque a déjà été essayé. À un jet de pierre de nous, à Nicosie, c'est en revanche le même ouvrage qui, hier même, était résolument – et même fiévreusement – remis sur le métier, à savoir les négociations, gelées depuis deux ans, sur la réunification de Chypre. L'île est coupée en deux depuis l'invasion militaire turque de 1974, menée en riposte à une tentative de putsch visant à l'intégrer à la Grèce. Pourquoi sérieuses et fiévreuses, cette fois, les négociations, pourquoi les deux bords se sont-ils promis de parvenir à une solution aussi vite que possible ? Parce que tout le monde va y trouver largement son compte, parce que la découverte d'importants gisements sous-marins de gaz naturel a modifié de fond en comble le tableau et que le règlement d'un contentieux vieux de 40 ans va en rendre l'exploitation bien plus aisée et plus rentable.
C'est la même promesse de développement et de prospérité que nous susurre à l'oreille notre coin de Méditerranée, mais il n'est de plus sourd que celui qui ne veut entendre d'autre voix que celle de ses propres intérêts. Convenablement géré, il y aurait, au large, de quoi éponger rapidement l'énorme dette publique du Liban, lui rendre ses ors passés, l'illuminer a giorno, le doter de routes de rêve, créer des emplois et mettre fin ainsi à l'exode de la jeunesse. Voilà bien, hélas, un pays dont on se plaît à chanter les six mille ans d'âge, mais dont les fils répugnent à envisager sereinement, civilement, l'avenir ; un pays où les institutions se vident l'une après l'autre de leur substance, où l'on s'en est allé rapporter du brasier syrien les tisons de la discorde sectaire, sur fond d'explosions terroristes ; un pays enfin où les dents longues des politicards s'acharnent ouvertement sur les biens étatiques, où l'exigence suspecte d'une mainmise partisane sur le trésor gazier (brandie de surcroît au nom des droits des chrétiens !) ne cesse d'empêcher la formation d'un gouvernement.
Si la situation n'était pas aussi tragique, on pourrait aller croire que c'est du gaz hilarant qui sommeille sous la mer.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
C'est plutôt autour de nous, tout près de nous, que le monde s'agite, que des pays se font ou se défont sous nos yeux, indifférents pourtant à nos propres, mortels, suicidaires désordres. L'Irak est découpé en trois tranches, dont une seule, celle des Kurdes, jouit d'une certaine tranquillité. Dépecée, laminée à son tour, la Syrie, où tout le monde se bat contre tout le monde, où le sanguinaire régime, non content de...

