Andrew, Lidea et Anthony Hajjar (LAU). Photographie extraite de la page Facebook LAU-Students
La reprise des études est en passe de devenir un nouveau réflexe pour les 30 à 60 ans. Il n'est plus rare de croiser, dans chaque université, des adultes qui ont choisi de retourner courageusement sur les bancs de la fac. Poussées par des ambitions professionnelles ou une envie de se réaliser, ces personnes visent un projet en parallèle de leur vie active et familiale : avoir un diplôme universitaire. Un parcours tentant, ambitieux et parfois semé d'embûches qu'évoquent, non sans émotion, Lidea Michleb Hajjar, Hanane Abiad et Rouba Awad.
Une expérience riche et atypique
Si la détermination est le critère de plus important pour réussir sa vie, Lidea, Hanane et Rouba n'en manquent pas. Nombreuses sont les mères de famille qui avouent avoir été tentées, un jour ou l'autre, de reprendre le chemin de la faculté, mais rares sont celles qui osent s'aventurer en terre inconnue. Lidea Mechleb Hajjar, mère de quatre enfants, a toujours voulu apprendre des choses. Au fil des années, elle a pris, pendant ses heures libres, des cours d'italien et d'allemand, et suivi de nombreuses formations. Aujourd'hui, elle est sur le point d'achever son cursus d'architecture d'intérieur à la Lebanese American University (LAU). « J'ai ressenti le besoin de me prouver que je peux toujours aller plus loin et au bout de mes ambitions. Il ne m'a pas fallu beaucoup d'encouragements pour prendre la décision de m'inscrire à l'université », avoue Lidea. Le plus difficile, pour un adulte en reprise d'études, c'est de se faire une place parmi les jeunes. Le sens du contact de Lidea et son énergie ont été un sérieux atout pour se construire une vie sociale au sein de l'université. « Je ne suis pas tout à fait étrangère à la génération des 18-25 ans : mes fils Anthony et Andrew, tous deux étudiants à la LAU, en font partie. Au fil du temps, je me suis bien intégrée au groupe et j'ai fait de belles rencontres sur mon campus. »
Rouba Awad a, quant à elle, suivi des cours de traduction et de pédagogie à l'Université internationale libanaise (LIU). Cette maman récemment diplômée craignait de ne pas faire le poids face aux jeunes étudiants et explique : « Au début, être la plus âgée de la promotion me complexait. Quelques semaines après la rentrée, j'ai compris que, contrairement aux préjugés et stéréotypes que l'on pourrait avoir, les jeunes ne vont pas mettre à l'écart et stigmatiser les plus vieux. » Hanane Abiad, qui prépare son master recherche en lettres françaises à l'Université Saint-Joseph (USJ), confirme : « J'ai pu facilement m'intégrer, les jeunes se sont très vite rapprochés de moi. En revanche, il est plus compliqué de concilier études et vie de famille. Maintenant que je suis grand-mère, je ne peux plus tout à fait me consacrer à mes recherches. » Pour Lidea, qui est à la tête d'une famille nombreuse, tout est question d'organisation : « J'ai appris à bien m'organiser, cela me permet de réussir dans mes matières tout en profitant de la vie et en étant disponible pour ma famille. »
Si ces femmes actives et courageuses ont pu avoir quelques appréhensions en se lançant dans leurs études, elles ont néanmoins réussi à aller de l'avant et donner le meilleur d'elles-mêmes grâce au soutien de leur famille et de leurs proches. « Ma fille Mayada n'a cessé de m'épauler pendant toutes mes années universitaires. Son aide m'est précieuse et indispensable », confie Hanane. « Je me suis mariée assez jeune, et c'est mon mari qui m'a poussée à faire des études universitaires. Aujourd'hui, après deux diplômes, je prends toujours des cours : j'apprends le turc », ajoute Rouba.
Riches de leurs expériences, les trois femmes s'accordent à dire que le fait de reprendre ses études sur le tard peut avoir aussi des avantages : l'étudiant a gagné en maturité et en expérience, il a confiance en lui et se montre également plus sérieux : « On prend son projet à bras-le-corps, on sait pourquoi on est là. On apprécie davantage les cours car on est conscient qu'apprendre est une chance », note Rouba, qui ne cesse de rappeler aux jeunes, dont son fils, la chance qu'ils ont d'être inscrits à l'université.
Ce qu'en disent leurs enfants
Lidea a choisi d'intégrer, tout comme ses fils Andrew et Anthony, la LAU. Si certains ne peuvent pas imaginer se trouver avec leurs parents sur le même campus, Anthony Hajjar voit plutôt sa situation d'un bon œil. Le jeune homme, bientôt titulaire d'un diplôme en génie industriel, lance avec enthousiasme : « Avoir ma maman près de moi à l'université n'a rien de compliqué. Elle est plutôt cool et très appréciée de mes amis. Une fois, nous nous sommes inscrits au même cours et c'était assez sympathique. Finalement, cette proximité nous rapproche encore plus l'un de l'autre. » Cette complicité, Mayada Abiad la partage aussi avec sa mère Hanane, et le fait qu'elles aient choisi de suivre les mêmes études a renforcé les liens qui les unissent. « Ma mère a intégré la faculté de lettres de l'USJ alors que j'étais en troisième année. Nous attisions toutes les deux la curiosité des profs et des étudiants. J'aimais bien me retrouver avec elle en salle d'examen, sa présence me rassurait. Nous qui adorons partager plein de choses pouvions discuter de nos coups de cœur littéraires, de nos projets et nous encourager mutuellement », note, avec un brin de nostalgie, la jeune femme. Mais ce que Mayada et Anthony admirent le plus chez leurs mères, c'est qu'elles aient réussi à tout gérer. « Mes enfants appréhendaient mon inscription à la faculté, avoue Rouba. Parce qu'ils sont jeunes, ils ont eu peur que je les délaisse. Mon fils aîné, qui est étudiant, est aujourd'hui le premier à m'encourager car il sait que je saurai concilier études et vie familiale. »
Depuis qu'elles ont repris leurs études, ces femmes sont plus heureuses et épanouies, et cela n'échappe pas à leurs enfants qui se disent fiers de leurs parcours. « Ma maman a servi d'exemple pour beaucoup de femmes de notre entourage qui ont décidé, elles aussi, de retourner sur les bancs de la fac », ajoute Anthony Hajjar. Et Mayada Abiad conclut : « Ma mère a montré aux autres qu'il n'y a pas de schémas à suivre et d'âge limite pour faire ses études. Son histoire marquera peut-être positivement les autres femmes. »
Les parcours atypiques et exemplaires de Lidea, Hanane et Rouba illustrent joliment la citation de Colette, l'éternelle apprentie qui n'a cessé de clamer toute sa vie que « l'heure de la fin des découvertes ne sonne jamais. »
Une expérience riche et atypiqueSi la détermination est le critère de plus important pour réussir sa vie, Lidea, Hanane et Rouba n'en manquent pas. Nombreuses sont les mères de famille qui avouent avoir été tentées, un jour ou l'autre, de reprendre le chemin de la faculté, mais...

