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Moyen Orient et Monde - Syrie

Après 600 jours d’horreur, les premiers civils enfin évacués de Homs

Le régime a confirmé sa participation au deuxième round de négociations prévu le 10 février à Genève ; les forces gouvernementales ont repris la majorité de la prison centrale d'Alep.

83 civils, vieillards, femmes et enfants, bloqués pendant plus de 600 jours dans des conditions effroyables à Homs, ont été évacués hier à la faveur d’un accord et d’une trêve entre armée et rebelles. C’est le premier geste humanitaire depuis les négociations avec l’opposition à Genève du régime de Bachar el-Assad, qui a d’ailleurs confirmé qu’il se rendra à nouveau en Suisse le 10 février pour un nouveau round de pourparlers. En attendant, les violences font toujours rage sur le terrain. À Alep, les troupes du régime ont repris la majorité de la prison centrale faisant 47 morts dans les combats.

Des dizaines de civils, bloqués pendant plus de 600 jours dans des conditions effroyables à Homs, ont été évacués hier à la faveur d'un accord et d'une trêve entre armée et rebelles sur l'un des principaux fronts du conflit syrien.

Des bénévoles du Croissant-Rouge ont aidé des vieillards frêles à monter dans des bus, tandis qu'une femme a été évacuée sur une civière. Une vidéo amateur diffusée par un militant montre un vieil homme emmitouflé dans une couverture et souriant en embrassant son fils, pour la première fois en 18 mois. Ces civils font partie des quelque 3 000 personnes bloquées depuis juin 2012 dans les quartiers de la vieille ville tenus par les rebelles et assiégés par les troupes du régime de Bachar el-Assad. Selon le coordinateur de l'ONU en Syrie, Yaacub el-Hillo, cité en fin d'après-midi par la télévision publique syrienne, 83 femmes, enfants et hommes âgés ont été évacués de la vieille ville. Le porte-parole adjoint de l'ONU, Farhan Haq, a précisé que les évacués ont été « transportés vers des endroits de leur choix, escortés par l'ONU et le Croissant-Rouge syrien ».

Avant de monter dans les bus, les civils évacués ont reçu des soins et de la nourriture dans un bâtiment à leur sortie de la vieille ville, selon les médias officiels. Sur les images de la télévision d'État, on peut voir au loin les immeubles détruits de la vieille ville de Homs, longtemps considérée comme « la capitale de la révolution » et désormais dévastée par les combats. Cette évacuation, la première du genre depuis juin 2012, a été permise par un accord impliquant les parties en présence et l'ONU. Selon des militants antirégime, cet accord prévoit un cessez-le-feu de quatre jours. En raison du siège, la situation humanitaire est désespérée dans les quartiers rebelles où les habitants manquent de tout et sont bombardés presque chaque jour. M. Haq n'était pas en mesure de préciser quand l'aide humanitaire pourrait entrer dans Homs assiégée. « Il y a toujours des discussions » à ce propos, a-t-il dit.

 

 

 

« Le cauchemar est fini »
Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) et un véhicule du Haut-Commissariat pour les réfugiés de l'ONU (HCR) se trouvaient sur place. « Les gens qui partent ont des sentiments partagés. Bien sûr, ils sont contents, car après plus de 600 jours de siège, le cauchemar est fini », affirme via Internet un militant antirégime de la vieille ville, Yazan. Mais dans le même temps, « ils ont peur de l'avenir, ils ont peur que le régime les arrête. Personne n'a confiance dans le régime », a-t-il précisé.
En face, la télévision d'État a accusé les « groupes terroristes », les rebelles selon la terminologie du régime, d'avoir utilisé ces civils comme « boucliers humains ».
Les évacuations doivent se poursuivre dans les prochains jours, selon le gouverneur de Homs, Talal Barazi, précisant que les femmes, les enfants de moins de 15 ans et les hommes de plus de 55 ans étaient autorisés à partir. Le gouverneur a en outre précisé que des habitants chrétiens tentaient aussi de fuir la ville, mais que les autorités n'étaient pas encore parvenues à leur ouvrir une voie de passage sûre pour quitter les quartiers de Hamadiya et de Boustane al-Diouane.
La Russie, grand allié du régime syrien, a qualifié l'accord sur Homs de « jalon ». Des responsables de pays occidentaux hostiles à Bachar el-Assad ont en revanche exprimé leur scepticisme, jugeant que le régime avait une obligation inconditionnelle de venir en aide aux civils sans en passer par des semaines de négociations. « Le régime devrait laisser passer les convois d'aide humanitaire. Ensuite, la population décide de rester ou de partir », a déclaré Jon Wilks, représentant de la Grande-Bretagne auprès de l'opposition syrienne.

250 morts, dont 73 enfants...
Il s'agit du premier geste humanitaire du régime de Bachar al-Assad depuis le premier round de négociations avec l'opposition fin janvier en Suisse, qui n'avait abouti à aucun résultat. Le régime a d'ailleurs confirmé sa participation au deuxième round de négociations prévu le 10 février à Genève, et visant à trouver une issue politique à la guerre qui ravage la Syrie depuis près de trois ans et a fait plus de 136 000 morts, selon une ONG syrienne, et des millions de réfugiés et déplacés, selon l'ONU.
Ces discussions s'annoncent aussi difficiles que les précédentes tant les positions des protagonistes sont éloignées. Le vice-ministre des Affaires étrangères Fayçal Moqdad a d'emblée répété que le régime, qui exclut toute discussion sur un départ de M. Assad, insiste pour parler en premier de la question du « terrorisme », alors que pour l'opposition, le dossier central est la transition excluant M. Assad. L'opposition a déjà confirmé sa présence à la prochaine session, alors que les violences ne montrent aucun signe de répit dans le pays.

En effet, à Alep, les forces gouvernementales ont repris hier la majorité de la prison centrale après sa conquête à 80 % par les rebelles, a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), faisant état de 47 morts dans les combats. Une confusion règne sur le sort des prisonniers : l'OSDH avait rapporté que des centaines de détenus avaient pu être libérés mais, avec la reprise de la prison par le régime, il n'était pas certain qu'ils aient pu s'échapper.

Ailleurs dans la deuxième ville syrienne, le régime a poursuivi ses raids aux barils d'explosifs qui ont tué plus de 250 personnes dont 73 enfants depuis samedi dernier. L'ONU a condamné ces pratiques contraires aux lois humanitaires internationales.


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