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Liban - Entretien

Emma Bonino à « L’OLJ » : La menace terroriste commence à être perçue en Europe

 « En Syrie, c'est celui qui a plus de pouvoir qui assume une plus grande responsabilité », affirme la ministre italienne des Affaires étrangères en visite à Beyrouth.

La ministre italienne Emma Bonino avec Adnane Mansour.

Ce n'est pas un hasard si Emma Bonino est la ministre la plus populaire du gouvernement d'Enrico Letta. Au cours d'une visite de près de 24 heures à Beyrouth commencée mardi soir, la ministre italienne des Affaires étrangères a séduit le « gratin des femmes libanaises » dans un dîner à la résidence de l'ambassadeur Giuseppe Morabito, qu'elle a voulu (presque) exclusivement féminin, avant de s'entretenir avec les responsables et de s'adresser à la presse dans un langage franc, loin de toute langue de bois. Mme Bonino est d'ailleurs un personnage unique, éternelle militante pour les droits de la femme et de l'être humain en général. Elle a inauguré un nouveau style de diplomatie, basé sur la volonté d'agir dans le concret et de mettre chacun face à ses responsabilités. C'est la voix un peu éraillée, à cause d'une toux persistante, mais pleine de passion et en même temps de précision, qu'elle répond aux questions de L'Orient-Le Jour.


Sur l'objet de sa visite au Liban, Mme Bonino précise que ce pays lui est très cher (elle connaît d'ailleurs depuis longtemps un bon nombre de Libanaises qu'elle a eu l'occasion de rencontrer dans des séminaires sur les droits des femmes) et qu'elle souhaitait y venir depuis longtemps. Elle rappelle que le premier volet de cette visite est consacré aux relations bilatérales (« qui sont d'ailleurs excellentes », ajoute-t-elle) et à la préparation de la prochaine réunion de Rome prévue par le groupe de soutien au Liban, dont l'Italie est membre. Cette réunion qui devrait se tenir entre avril et mai, après une réunion préparatoire en mars, vise d'abord à aider au traitement de la question humanitaire des réfugiés syriens. Mais il faut y ajouter l'appui aux forces armées libanaises. « J'ai d'ailleurs rencontré l'adjointe du secrétaire général de l'ONU, Valerie Amos, à ce sujet, hier à Rome, déclare Mme Bonino. Je vais évoquer ce dossier avec les responsables libanais, d'autant qu'en plus de la catastrophe humanitaire, la présence des réfugiés syriens est en train de devenir une menace pour le tissu social libanais. Il faut donc lancer un appel humanitaire en faveur des réfugiés. Surtout que le processus politique semble très long. »


Justement, le second volet de la visite porte sur la situation régionale, et en particulier en Syrie où, dit-elle, il est urgent d'agir. « Nous avons vu, dit-elle, des images insoutenables, inacceptables, surtout dans notre monde qui se dit civilisé. Nous ne pouvons pas accepter que cela se passe au XXIe siècle. Il y a des zones totalement inaccessibles en Syrie qui abritent quelque 7 millions d'habitants, dont 250 000 seraient à l'article de la mort. »


À la question de savoir qui est responsable de cette situation, Mme Bonino précise que les responsabilités sont partagées. « Mais il est certain, ajoute-t-elle, que le gouvernement a pour première responsabilité de protéger son peuple. Je ne vais pas dresser une liste de qui a fait quoi, mais je suis convaincue que celui qui a plus de pouvoir et plus de possibilités assume une plus grande responsabilité. Il n'est pas permis dans un monde qui se dit civilisé que les civils soient utilisés comme des boucs émissaires. Le problème humanitaire n'est pas qu'une question technique. Le véritable problème, c'est l'accès aux personnes menacées et les moyens d'assurer leur protection. Quand on bombarde des gens qui font la queue devant une station d'essence ou une boulangerie, on viole toutes les conventions. »


Mme Bonino est très consciente du problème que représente pour le Liban l'accueil d'un si grand nombre de réfugiés syriens. « En Europe, dit-elle, on ne se rend pas compte de ce que c'est que d'accueillir un tel nombre de personnes. C'est comme si l'Italie devait accueillir soudain un nombre de réfugiés équivalant au tiers de sa population. Nous faisons ce que nous pouvons pour aider le Liban, et toute la communauté internationale reconnaît l'effort accompli par ce pays. Je me suis moi-même rendue en Jordanie pour voir de près la situation de ces réfugiés. Je me doute bien aussi que parmi les femmes et les enfants se cachent des personnes je dirais moins agréables... »


Que pense-t-elle de la menace des groupes takfiristes? Mme Bonino affirme que « cette menace commence à être perçue en Europe. L'Italie, par exemple, commence à comprendre que parmi les réfugiés qui arrivent à Lampedusa, des jihadistes pourraient s'infiltrer, et ces jihadistes commencent à être perçus comme une menace ».


Peut-on, dans ce cas, envisager la formation d'un front international contre le terrorisme ? « Chacun a ses terroristes, répond Mme Bonino. Cette menace commence toutefois à se préciser. En Europe, on commence à prendre conscience que le problème des jihadistes n'est pas uniquement régional. Ces groupes sont plus mobiles que les États et ils ont bien assimilé, eux, la mondialisation... Malheureusement, en Europe, on ne tire pas toujours les leçons de l'histoire. Il n'est pourtant pas si lointain le temps où les talibans faisaient leurs opérations et étaient protégés par le Pakistan (Emma Bonino a passé plusieurs mois en Afghanistan)... Nous savons tous que les camps de réfugiés proches des frontières abritent, entre autres, des combattants. Nous savons aussi qu'il peut y avoir des cellules dormantes. En tout cas, la perception de cette menace est désormais en train d'être comprise. »


Cela va-t-il changer quelque chose ?
« Cela se pourrait. Le rapprochement entre la Turquie et l'Iran, la position de Moscou... Il se pourrait qu'il y ait des changements. Il y a quelques jours, le ministre iranien des AE n'a-t-il pas déclaré que tous les combattants étrangers devraient se retirer de Syrie ? Lorsqu'on lui a demandé : "Même le Hezbollah ?" Il a répondu : "Tous." Je pense en tout cas qu'il ne faut pas laisser l'émissaire de l'ONU, M. Brahimi, tout seul. Il faut l'aider, donner des liens, travailler sur l'humanitaire et surtout redonner de l'espoir tout en sachant qu'il n'y a pas de solution miracle. »


Mme Bonino a été la première ministre européenne des AE à se rendre à Téhéran (en décembre 2013), quelle impression garde-t-elle de ce voyage et a-t-elle demandé à l'Iran de jouer un rôle précis ?
« L'Iran a déjà un rôle en Syrie. La question est de voir si ce rôle peut être constructif. J'ai surtout lancé un appel à la responsabilité. D'autant qu'aujourd'hui, il ne s'agit plus simplement des tensions habituelles entre sunnites et chiites. Il y a désormais des tensions au sein de la famille sunnite, avec les Frères musulmans notamment. Il s'agit en fait d'une guerre de positionnement géopolitique. »


Pense-t-elle que les chrétiens du Liban, et dans la région en général, sont menacés? « Il est certain, dit-elle, que toutes ces tensions ne sont pas propices aux minorités. Pourtant, la protection des minorités est un dossier très important pour construire des pays tolérants. Ce dossier préoccupe la communauté internationale et la pousse à favoriser les solutions politiques qui protègent les minorités. »
Le Conseil européen devrait se réunir en mars.


Sera-t-il question de revoir la décision de placer l'aile politique du Hezbollah sur la liste des organisations terroristes ? « Je ne pense pas que ce sujet soit la priorité du Conseil des ministres européens », répond Mme Bonino.


La ministre italienne des Affaires étrangères rappelle qu'elle ne croit pas aux solutions miracle. « Dans les Balkans, précise-t-elle, nous avons mis 20 ans pour mettre en place la solution, et c'est maintenant que la Croatie est entrée dans l'Union européenne... Il faudra donc beaucoup travailler ici (dans la région) pour arriver à une solution. »


Est-ce qu'elle voit le président syrien Bachar el-Assad dans le tableau de la solution? « Personnellement, répond-elle, je n'arrive pas à le voir dans ce tableau. Mais ce n'est pas à moi de décider. La décision sur ce sujet viendra lorsque le dialogue intersyrien aura avancé. Si on commence par cette question, on n'arrivera nulle part. Il faudra donc poser ce sujet à un moment, lorsque les négociations auront avancé... »

 

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Ce n'est pas un hasard si Emma Bonino est la ministre la plus populaire du gouvernement d'Enrico Letta. Au cours d'une visite de près de 24 heures à Beyrouth commencée mardi soir, la ministre italienne des Affaires étrangères a séduit le « gratin des femmes libanaises » dans un dîner à la résidence de l'ambassadeur Giuseppe Morabito, qu'elle a voulu (presque) exclusivement féminin, avant de s'entretenir avec les responsables et de s'adresser à la presse dans un langage franc, loin de toute langue de bois. Mme Bonino est d'ailleurs un personnage unique, éternelle militante pour les droits de la femme et de l'être humain en général. Elle a inauguré un nouveau style de diplomatie, basé sur la volonté d'agir dans le concret et de mettre chacun face à ses responsabilités. C'est la voix un peu éraillée, à cause d'une...
commentaires (3)

OUI, MADAME, MAIS ELLE COMMENCE À ÊTRE REçUE ET NON PERçCUE...

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

14 h 22, le 07 février 2014

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Commentaires (3)

  • OUI, MADAME, MAIS ELLE COMMENCE À ÊTRE REçUE ET NON PERçCUE...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    14 h 22, le 07 février 2014

  • COMMENCE À ÊTRE PERçUE ? ILS Y SONT DÉJÀ BIEN INSTALLÉS ET çA LEUR SERT DE DÉPART VERS LA SYRIE !!! GARE AU RETOUR...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    19 h 24, le 06 février 2014

  • En d'autres temps et en d'autres circonstances Bonino aurait dit: rien ne pourra se faire avec Bashar au pouvoir. Son language est plus mesure par rapport aux debuts du complot euro/sioniste allie des salafowahabites en Syrie . La reponse de l'Iran sur la presence des combattants etrangers est hautement diplomatique , et sur celle du hezb resistant de tres haute voltage , il dit : tous , mais sous entend par ordre d'entree , donc les mercenaires salafowahabtes allies aux sionistes , tirez les 1ers . L'Europe commence a realiser que les mignons gentils mercenaires peuvent etre tres mechants tres bientot . Et on attend le diagnostique de bandar le criminal "hospitalise" aux us pour savoir si la solution en Syrie martyre est pour bientot . Les peuples syriens et ts les autres autour n'en peuvent plus de la connerie occidecadente aux ordres . Seule consolation sont les articles qui nous eclairent , Scarlett /

    FRIK-A-FRAK

    15 h 13, le 06 février 2014

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