Le président Michel Sleiman a fait le point des démarches pour la formation du gouvernement avec le ministre Waël Abou Faour. Photo Dalati et Nohra
La réunion hier en début de soirée entre le président de la République et le Premier ministre désigné a permis de « mettre la dernière main » à la formule du nouveau cabinet, croit-on savoir auprès des milieux de Mousseitbé. Une naissance aujourd'hui du gouvernement est donc très probable, à moins d'un « ultime » report à samedi, c'est-à-dire au retour du président Michel Sleiman de son voyage d'un jour à Tunis, où il doit prendre part à la célébration de la nouvelle Constitution. Si celle-ci porte un progressisme marqué notamment par la consécration de la liberté de conscience, la situation au Liban, elle, reste coincée au niveau de la formulation du pacte national, et son adaptation aux enjeux politiques.
Depuis l'entente obtenue entre le Hezbollah et le courant du Futur sur une participation conjointe au prochain cabinet, qui doit obéir entre autres à la formule des trois huit et à la rotation des portefeuilles, le bloc du Changement et de la Réforme, marginalisé par son allié chiite, a dénoncé un ostracisme frappant les chrétiens au regard de leur poids parlementaire. « Nous n'avons pas été consultés dès le départ, et c'est là le problème », affirmait le député aouniste Walid Khoury, délégué hier à la réunion hebdomadaire de Aïn el-Tiné. Non seulement sa présence rompait avec le boycottage prolongé de ces réunions par les députés aounistes, mais elle scellait la solidarité entre les alliés du 8 Mars, sous le même thème du respect du pacte national. Le président de la Chambre a ébranlé quelque peu son engagement à « attendre » la formation du cabinet pour sortir de son silence. Il a en effet affirmé que ce pacte est pour lui un « critère fondamental », c'est pourquoi les deux présidents devraient éviter de « se hâter », c'est-à-dire surseoir à la formation du cabinet tant que le bloc aouniste est insatisfait de la répartition des portefeuilles. Cet appel a été relayé par le Hezbollah, et l'incertitude qui avait plané sur la position du parti chiite face au refus de son allié aouniste à prendre part à un cabinet qui ne lui accorderait pas les ministères de l'Énergie et des Télécoms s'est estompée. Des sources du 8 Mars promettent depuis deux jours d'empêcher la marche du cabinet Salam, en en retirant leurs ministres.
Le député du Futur Ahmad Fatfat continuait d'ailleurs hier de dénoncer « une tendance claire du Hezbollah vers la mise en échec du gouvernement, dans une tentative de maintenir la présidence, plus convenable pour lui, de Nagib Mikati ». « En voyant sa première manœuvre (la proposition faite au Futur de prendre part au gouvernement, NDLR) se retourner contre lui, le Hezbollah s'est vu contraint de placer le général Michel Aoun au-devant de la scène pour entraver la formation du cabinet », a-t-il souligné.
Le chef du bloc du Changement et de la Réforme invoque en tout cas le caractère « suspect » de la mise en œuvre du principe de rotation, qui cacherait une volonté de former un cabinet de longue durée, c'est-à-dire de saper la présidentielle, laissant entendre que l'idéal serait d'honorer cette dernière échéance, en court-circuitant la désignation de Tammam Salam. « Que le Premier ministre désigné se récuse », a encore appelé le député Ibrahim Kanaan, à l'heure où les milieux du Hezbollah laissaient entendre qu'ils recherchaient un substitut au président Salam.
Si l'intention du Hezbollah va dans ce sens, sa mise en œuvre nécessiterait déjà le retrait de plus d'un tiers des ministres du prochain cabinet. En plus des huit ministres du 8 Mars (avec le Tachnag et le courant Marada), le recours à un neuvième ministre serait nécessaire. Alors que les milieux du 8 Mars laissent entendre que la balle est, à ce niveau, dans le camp du chef du Front de lutte nationale, des sources du 14 Mars et de Mousseitbé affirment catégoriquement que « Walid Joumblatt ne retirera pas ses ministres du prochain gouvernement ». En tout cas, le leader druze veut éviter toute attitude de « défiance » et reste jusque-là attaché à la formule initialement convenue entre le Futur et le Hezbollah.
Celle-ci avait néanmoins maintenu indirectement le tiers de blocage, comme le relèvent plusieurs observateurs. Il y aurait en effet « une clause non déclarée » de cet accord, qui aurait prévu de soumettre la nomination du ministre chiite relevant du président de la République, à l'accord tacite du Hezbollah. L'accord aurait prévu en contrepartie que le nom du ministre sunnite du lot de Tammam Salam bénéficie du consentement du Futur, l'esprit étant donc de neutraliser théoriquement les effets du tiers de blocage, sans pour autant l'annuler. Cette concession du 14 Mars viserait surtout à lui épargner l'embarras public de maintenir aux mains du Hezbollah un droit de veto implicite, selon un observateur indépendant, proche du 14 Mars. Le nom du ministre chiite relevant de Baabda qui a filtré jusque-là est celui du général retraité Abdel Matlab Hamawi, dont le nom n'est pas contesté par le Hezbollah. Le nom d'un autre ministre-roi avait filtré au niveau du portefeuille réservé aux minorités dans le lot de Tammam Salam.
Les milieux de Mousseitbé écartent néanmoins les scénarios d'un tiers de blocage. Ils laissent entendre que personne ne pourra s'opposer aux nominations prévues une fois obtenues. « Comment invoquer le non-respect du pacte national lorsque toutes les parties désireuses de prendre part au gouvernement y sont représentées ? » Si la déclaration de Bkerké avait été plus claire quant à la teneur de l'entente nationale, et le rôle du président de la République à ce niveau, ou encore les critères de la juste représentation chrétienne, elle aurait peut-être décongestionné quelque peu le paysage.
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15 h 14, le 07 février 2014