Veuillez ouvrir votre veste avant de monter à bord, peut-on lire sur la vitre arrière d’un minibus desservant la banlieue sud de Beyrouth. Photo Farah
L'explosion de Choueifate lundi en fin d'après-midi, perpétrée par un kamikaze qui a actionné sa ceinture explosive dans un minibus Hyundai à bord duquel il était monté, s'est ajoutée à la liste des explosions similaires qui secouent les fiefs du Hezbollah (Hermel ou banlieue sud) depuis des mois. Les services de sécurité ont sur ce plan poursuivi hier leur enquête, sous la supervision du commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, le juge Sakr Sakr, qui a ordonné hier la réouverture de la route où a eu lieu l'explosion qui a fait deux blessés, après que les indices eurent été prélevés et les décombres du minibus balayés.
Pendant ce temps, l'analyse des caméras de surveillance postées sur les lieux du crime se poursuit ainsi que l'analyse des tests d'ADN, pour tenter de déterminer l'identité du kamikaze, et par là même, celle de la partie instigatrice. L'armée a pour sa part effectué de nombreuses perquisitions dans la région, arrêtant plus de dix personnes pour les interroger. La route de Khaldé et de Ouzaï avait par ailleurs connu un embouteillage monstre dans l'avant-midi, avant la réouverture de la route de Choueifate.
De son côté, le ministre sortant de l'Intérieur, Marwan Charbel, a indiqué que les Forces de sécurité intérieure (FSI) interrogent le chauffeur de taxi qui a accompagné le kamikaze jusqu'à Choueifate afin de déterminer son point de départ. M. Charbel a affirmé que le kamikaze voulait se rendre dans la banlieue sud de Beyrouth pour y perpétrer un attentat, mais le chauffeur du bus a interrogé son passager sur la protubérance au-dessus de sa taille, poussant le kamikaze à actionner sa ceinture d'explosifs. M. Charbel a souligné qu'aucune information jusqu'à présent n'indique que le chauffeur de taxi est un partisan du cheikh salafiste Ahmad el-Assir, comme l'avait affirmé hier le quotidien al-Akhbar. Il a par ailleurs confirmé que les identités des kamikazes de Hermel et de Choueifate sont toujours inconnues.
Panique dans la banlieue sud
Alors que l'explosion a suscité la panique des chauffeurs de bus dans la région de la banlieue sud hier, l'un d'eux allant jusqu'à placer un message sur la vitre arrière de son véhicule, « Veuillez ouvrir votre veste avant de monter à bord », le conducteur du minibus qui a explosé lundi, Hussein Mcheik, se trouve toujours à l'hôpital Kamal Joumblatt, aux soins intensifs. Son père, Ali Mcheik, a affirmé que l'explosion a eu lieu alors que son fils tentait de quitter le minibus après avoir, en vain, demandé des explications au passager à propos de ce qu'il cachait sous sa veste.
Des membres du clan Mcheik ont, pour leur part, tenté d'interdire aux conducteurs syriens de minibus, qu'ils ont loués à des propriétaires libanais, de travailler sur la route de Choueifate, les remplaçant par des conducteurs libanais. L'armée est intervenue pour calmer les jeunes hommes qui ont estimé que les conducteurs syriens protègent les terroristes, accusant « certaines régions » libanaises d'accueillir des terroristes en soutenant l'opposition syrienne.
Alors que les réactions dénonciatrices continuent de fuser de partout, la porte-parole du département d'État américain, Jen Psaki, a estimé lors d'un point de presse que « les États-Unis condamnent dans les termes les plus fermes les derniers attentats terroristes qui ont visé samedi la région du Hermel et lundi celle de Choueifate ». « Il est inadmissible que le peuple libanais soit une nouvelle fois la cible d'actes terroristes », a-t-elle dit, ajoutant que « toutes les parties au Liban devraient s'abstenir d'alimenter le cycle de violence qui frappe leur pays ». Mme Psaki a en outre réitéré son appel à l'application totale de la déclaration de Baabda, des résolutions onusiennes 1559 et 1701, ainsi que de l'accord de Taëf. Elle a renouvelé également le soutien américain à l'armée libanaise et aux Forces de sécurité intérieure dans leur rôle de maintenir la sécurité, appelant à traduire les auteurs des crimes en justice.
Le député Assem Araji a appelé de son côté à la formation d'un gouvernement dans les plus brefs délais ainsi qu'à l'adoption de mesures fermes aux frontières. « Il faut stopper les personnes armées qui s'infiltrent au Liban et vice-versa, avec le soutien de la Finul », a-t-il ajouté, appelant à assurer une couverture totale aux forces de sécurité afin qu'elles puissent accomplir leur mission de maintien de la stabilité et de la surveillance des frontières.
Le député du courant du Futur, Riyad Rahal, a quant à lui affirmé que les attentats perpétrés au Liban sont les répercussions de la bataille de Qousseir, rappelant que les factions impliquées dans les combats en Syrie avaient averti le gouvernement libanais qu'elles traqueraient le Hezbollah au Liban, conséquence de son intervention dans la crise syrienne. Des accusations reprises par le chef de l'Option libanaise, Ahmad el-Assaad, qui a pourtant estimé que « l'intervention du Hezb en Syrie ne justifie pas ces crimes suicidaires ».
Enfin, le président des organismes économiques Adnane Kassar a appelé les Libanais à répondre au terrorisme en s'attachant à l'unité nationale, revendiquant la formation d'un cabinet rassembleur. Quant au vice-président du Conseil islamique chérié, cheikh Abdel Amir Kabalan, il a appelé les Libanais à « soutenir l'armée » pour contrer le terrorisme.
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