Les ordures risquent de s’amonceler dans les rues à partir d’aujourd’hui, comme cela a été le cas le week-end dernier. Ici à Beyrouth, dimanche. Photo Sami Ayad
Le sursis de 48 heures fixé par les manifestants devant la décharge de Naamé, qui visait à laisser les camions de Sukleen déverser les ballots d'ordures dans le site, a expiré hier à 18h. Une délégation de responsables municipaux et d'écologistes avait été reçue par le ministre de l'Intérieur Marwan Charbel plus tôt dans la journée. La réunion faisait suite à un entretien la veille entre les ministres concernés et le Premier ministre démissionnaire Nagib Mikati au Grand Sérail. Mais les pourparlers se sont soldés par un échec et les manifestants ont décidé de refermer la route aux camions hier en soirée, soutenus par le Mouvement écologique libanais. Ce qui signifie que les ordures devraient de nouveau s'amonceler dans les rues à partir d'aujourd'hui.
Le sit-in pour réclamer la fermeture de la décharge de Naamé a commencé le 17 janvier dernier, date à laquelle l'utilisation de la décharge devait arriver à son terme, avant que le contrat ne soit renouvelé d'un an, jusqu'au 17 janvier 2015. La décharge, ouverte dans le cadre du plan d'urgence de 1997, accueille les déchets du Grand Beyrouth et du Mont-Liban. Elle devait durer cinq ans et était conçue pour deux tonnes de déchets inertes, sachant que la compagnie chargée du ramassage devait procéder au compostage des déchets organiques (qui forment plus ou moins 60 % des ordures ménagères) et au recyclage des matières recyclables. Or, avec l'impossibilité d'ouvrir une autre décharge suite aux protestations des régions désignées pour en accueillir, et sachant que 80 % des déchets sont emmenés à Naamé, la décharge est restée ouverte durant les seize dernières années. Les habitants souffrent des odeurs mais aussi, disent-ils, d'une recrudescence des maladies dues aux émanations de gaz toxiques.
La Campagne pour la fermeture de la décharge de Naamé a donc décidé hier de refermer la route aux camions de Sukleen. Dans son communiqué signé par le porte-parole de la campagne Ajwad Ayache, la campagne souligne qu'« en raison du manque d'engagement envers des délais précis pour une fermeture définitive de la décharge, elle a décidé de poursuivre son sit-in populaire pacifique et de fermer de nouveau la route aux camions ».
À L'Orient-Le Jour, Raghida Halabi, responsable de communication de la campagne, a dénoncé le fait que « les demandes populaires ont été totalement ignorées au cours de la réunion d'aujourd'hui (hier) » avec le ministre de l'Intérieur. « Ils n'ont pas prononcé les mots de fermeture de la décharge et n'ont fixé aucun délai, poursuit-elle. Ils n'ont pas non plus donné suite à nos demandes de former une commission de surveillance de l'activité de Sukleen, composée de responsables municipaux de la région et d'environnementalistes. Les solutions qu'ils proposent sur le compostage des matières organiques ne peuvent être mises en place avant six mois. Se moquent-ils de nous ? Nous sentons que si nous ne poursuivons pas notre mouvement, cette décharge restera ouverte pour de bon. »
Les manifestants ont reçu des engagements de la part du Premier ministre désigné Tammam Salam selon lesquels cette affaire sera placée en tête de liste des priorités du futur gouvernement. N'auraient-ils pas préféré attendre la formation du cabinet ? « Nous ne voulons plus attendre personne », répond-elle.
Enquête du parquet financier sur Sukleen
Une délégation des municipalités des environs de la décharge et des environnementalistes avait été reçue par le ministre Charbel en milieu de journée, au ministère, en présence du président du Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) Nabil Jisr. M. Charbel a affirmé que « le gouvernement qui devrait être formé bientôt sous la présidence de Tammam Salam s'est engagé à placer le dossier du traitement des déchets à la tête de ses priorités ». « La décharge ne peut plus accueillir de nouveaux déchets, d'où le fait qu'il faut trouver une alternative, a-t-il dit. Il convient également de prendre les mesures qui permettent d'évacuer les gaz toxiques et de recueillir les liquides dégagés par les ordures. »
Le ministre a noté que « les discussions portent sur les idées qui avaient été proposées lors de la réunion de la veille (lundi) au Grand Sérail (sous la présidence du Premier ministre sortant Nagib Mikati) ». Il s'agit, selon lui, de demander au CDR de charger un consultant spécialisé de mettre au point une étude qui détermine jusqu'à quel point la proximité de la décharge nuit à la santé des riverains, de travailler à assurer une superficie de 60 mille mètres carrés de terrains pour le compostage des matières organiques, afin que seuls les déchets inertes soient envoyés à la décharge conformément au contrat initial (signé avec Sukleen). « Nous n'accepterons pas moins que cela », a-t-il poursuivi.
Le ministre a annoncé avoir également demandé au ministère de l'Énergie de prendre les mesures nécessaires pour installer, avec le CDR, un système de récupération des gaz en vue de produire de l'énergie, et de faire profiter les habitants des environs gratuitement de cette distribution de courant. Il a également évoqué les indemnités dues aux municipalités qui accueillent les décharges, avec les arriérés depuis 2008. Il a enfin estimé que l'argent du traitement des déchets devrait provenir d'autres sources que la Caisse autonome des municipalités, supposée soutenir le développement des régions.
À une question sur les entorses aux contrats commis par la compagnie Sukleen, le ministre a répondu « qu'il y aura des mesures prises si besoin en est, après étude du dossier ». À noter que l'avocat général financier, le juge Dany Chebli, mandaté par le procureur général financier Ali Ibrahim, a entendu hier un représentant de la société Sukleen et décidé que la société sera mise à la disposition de la justice. Le juge a convoqué un autre représentant de la société à la séance de mardi prochain.
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