Après les violences de la veille, certains manifestants continuaient à lancer des pierres ou des cocktails Molotov sur les forces de l’ordre à Kiev, hier. Sergei Supinsky/AFP
Le face-à-face était tendu hier à Kiev entre manifestants proeuropéens et forces de l'ordre après une nuit d'affrontements violents, alors que le pouvoir s'est engagé à ouvrir dans la journée une conciliation, sous la pression des États-Unis.
Des échauffourées se poursuivaient dans la matinée, certains manifestants lançant de manière sporadique des pierres ou des cocktails Molotov sur les forces de l'ordre, apparemment peu convaincus par la promesse du président Viktor Ianoukovitch de créer une commission avec des représentants de l'opposition pour mettre fin à la crise politique. Des centaines de manifestants étaient toujours sur la place de l'Indépendance, également baptisée Maïdan, après y avoir passé la nuit malgré des températures avoisinant les -10°C. Selon le département de la Santé de Kiev, 103 personnes ont demandé une aide médicale depuis le début des affrontements dimanche, et 42 ont été hospitalisées.Par ailleurs, le ministère de l'Intérieur a indiqué que près de 100 policiers avaient été blessés et que 61 avaient dû être hospitalisés, certains pour traumatisme crânien.
Dimanche, après une manifestation antigouvernement de près de 200 000 personnes sur la place de l'Indépendance, plusieurs centaines de protestataires, certains portant des foulards ou des cagoules et armés de battes de baseball ou de chaînes, ont tenté de franchir un cordon de policiers pour se rendre vers le Parlement et se sont emparés de fourgons de police. Celle-ci a répondu par du gaz lacrymogène, des grenades assourdissantes et des coups de matraque. Près de trois heures après le début des affrontements, la police a employé des canons à eau, par -7°, sans pour autant parvenir à disperser les protestataires, selon des témoins interrogés. La police a démenti avoir fait usage de canons à eau. Selon le ministère de l'Intérieur, près de 20 manifestants ont été arrêtés en lien avec les heurts.
La promesse d'une conciliation
Face à ces violences, Washington a appelé à la fin immédiate des affrontements et a brandi la menace d'éventuelles sanctions. « L'aggravation de la tension en Ukraine est la conséquence directe de l'échec du gouvernement à reconnaître les revendications légitimes de sa population », a déclaré la porte-parole du Conseil national de sécurité, Caitlin Hayden. « Les États-Unis continuent à examiner des mesures supplémentaires – y compris des sanctions – en réponse à l'usage de la violence », a-t-elle ajouté. Elle a appelé à la fin des violences des deux côtés.
Depuis le début des heurts, les leaders de l'opposition, notamment le boxeur Vitali Klitschko, ont appelé au calme, mais leurs appels ont été peu entendus. Les responsables politiques de l'opposition ont même été sifflés par la foule, qui leur reproche de ne pas avoir de plan d'action ni de vrai leader. Afin de trouver un compromis, M. Klitschko a rencontré Viktor Ianoukovitch en personne dans sa résidence de la banlieue de Kiev. Le président ukrainien lui a alors indiqué qu'une commission spéciale avec les représentants de l'opposition serait créée par le secrétaire du Conseil national de sécurité, Andriy Klyuyev, et qu'elle tiendrait sa première réunion hier.
L'adoption la semaine dernière de nouvelles lois qui alourdissent, jusqu'à des peines de prison, les sanctions potentielles pour les manifestants, et introduisent comme en Russie la notion d'« agent de l'étranger » pour certaines ONG, a relancé la mobilisation qui avait commencé en décembre après le refus de l'Ukraine de s'allier à l'Europe mais qui s'était quelque peu éteinte depuis. La France, préoccupée par l'adoption de ces lois, appelle les autorités ukrainiennes « au strict respect de leurs engagements internationaux en matière de démocratie », a indiqué hier le ministère des Affaires étrangères. Le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, a insisté pour sa part sur le fait que les affrontements violents survenus dans la nuit de dimanche à lundi à Kiev sont « une conséquence de ces lois répressives ».
(Source : AFP)


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