Serge Dassault. Archives AFP
Le 8 janvier dernier, le bureau du Sénat français rejetait la demande de levée de l'immunité parlementaire de l'industriel et sénateur de droite Serge Dassault, mis en cause dans une enquête sur des achats présumés de votes dans la ville dont il fut le maire.
Sur les 26 membres du bureau du Sénat, 13 se sont opposés à la demande qui aurait permis aux magistrats du pôle financier de Paris de placer le sénateur de 88 ans en garde à vue et de perquisitionner ses locaux, 12 se sont prononcés pour, et un s'est abstenu.
Dans cette instruction ouverte depuis mars pour achat de votes, corruption, blanchiment et abus de biens sociaux, les magistrats s'intéressent aux élections municipales organisées en 2008, 2009 et 2010 à Corbeil-Essonnes, dans la banlieue parisienne, remportées par M. Dassault puis par son bras droit, Jean-Pierre Bechter. Serge Dassault a administré cette commune de 1995 à 2009.
Le Conseil d'État avait annulé le scrutin de 2008 en tenant pour "établis" des dons d'argent aux électeurs, sans se prononcer sur leur ampleur et bien que des témoins se soient rétractés.
Parallèlement à cette information, plusieurs instructions sont en cours, notamment concernant deux tentatives d'assassinat à Corbeil-Essonnes, en janvier et février de l'an dernier. Pour ces faits criminels, un quadragénaire, Younès Bounouara, présenté comme un relais de Serge Dassault dans les cités populaires de Corbeil-Essonnes, a été écroué le 7 novembre après plusieurs mois de cavale.
Dans cette affaire complexe, apparait le Liban. Le 10 janvier dernier, le quotidien français Libération se demandait ainsi si la tirelire du "système Dassault" était au Liban.
Selon Libération, le montage financier offshore utilisé par M. Dassault et mis à jour par les juges d'instruction parisiens Serge Tournaire et Guillaume Daïeff, passe par Beyrouth.
Au coeur du montage se trouverait une société dont l'objectif officiel est l'achat d'un jet privé. Au printemps 2011, écrit Libération, M. Dassault contacte l'avocat libanais Joseph Khoury Hélou "et lui demande de créer la société Iskandia SAL Offshore, que Khoury Hélou immatricule le 14 avril". Le sénateur français est actionnaire à 75% d'Iskandia "et y injecte 18 millions d'euros, virés depuis l'un de ses comptes bancaires parisiens". Conformément à l'objet officiel de la société, Iskandia signe l'achat d'un Falcon pour 23,6 millions d'euros.
Deux mois plus tard, "M. Dassault a demandé à ce qu'Iskandia émette des chèques bancaires au nom de deux bénéficiaires en juillet et août 2011 pour des raisons humanitaires", raconte Me Khoury Hélou à Libération. Il s'agit d'aides à des "personnes en difficulté", précise M. Dassault à l'avocat libanais. Des aides de 2 millions et 1,2 million d'euros, destinées à Younès Bounouara et Mamadou Kébé.
Les deux hommes, au coeur de l'enquête judiciaire actuelle car soupçonnés d'être les "agents électoraux" de Dassault et de son bras droit, ont touché leur chèque à Beyrouth.
"Les +opérations+ et les +donations+ liées à Iskandia se sont déroulées de manière +transparente et licite. Les procédures ont également été entièrement respectées vis-à-vis des autorités fiscales françaises+", insiste Joseph Khoury Hélou. Le montage n'a en effet rien d'illégal en soi. Mais les juges soupçonnent Dassault de l'avoir mis en œuvre dans le but de dissimuler les versements à Bounouara et à Kébé", note Libération.
Pour voir les détails de l'affaire révélée par Libération, cliquez ici.
Pour mémoire
Affaire Dassault : de nouvelles révélations étoffent la piste libanaise
Dans cette instruction ouverte depuis mars pour achat de votes, corruption, blanchiment et abus de biens sociaux, les magistrats s'intéressent aux élections municipales organisées en 2008, 2009 et 2010 à Corbeil-Essonnes, dans la banlieue parisienne, remportées par M. Dassault puis par son bras droit,...

