Un spectacle de Dieudonné, humoriste condamné plusieurs fois pour antisémitisme, a été interdit hier par la plus haute juridiction administrative française, peu avant son début à Nantes, une décision qualifiée de « victoire » par le gouvernement. Les fans de l’humoriste ont exprimé leur colère devant la salle de spectacle où il devait faire salle comble, certains ayant eu du mal à trouver des places. Photo Stéphane Mahe/Reuters
Le Conseil d'État a maintenu hier l'interdiction du spectacle que l'humoriste Dieudonné devait donner dans la soirée à Nantes.
Dans son ordonnance, le juge des référés du Conseil d'État estime que « la réalité et la gravité des risques de troubles à l'ordre public mentionnés par l'arrêté du préfet étaient établies tant par les pièces du dossier que par les échanges lors de l'audience publique ». « Les allégations selon lesquelles les propos pénalement répréhensibles (...) ne seraient pas repris à Nantes ne suffisaient pas pour écarter le risque sérieux que soient de nouveau portées de graves atteintes au respect des valeurs et principes, notamment de dignité de la personne humaine », ajoute le Conseil d'État.
« La République a gagné, (...) elle ne peut pas tolérer la haine de l'autre, le racisme, l'antisémitisme, le négationnisme », a réagi Manuel Valls lors d'un déplacement à Brest dans le Finistère. « La plus haute juridiction de notre pays l'a dit et l'a dit clairement », a-t-il souligné. Plus tard, Manuel Valls a demandé aux spectateurs de Dieudonné de « rentrer tranquillement chez eux » pour ne pas cautionner « un message de haine ». Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a estimé qu'il appartenait maintenant « à chacun de prendre acte de cette décision, qui confirme la force de nos institutions démocratiques, et notre capacité à protéger la liberté d'expression de ses dévoiements (...). Cette décision conforte le gouvernement dans l'action qu'il a engagée pour lutter contre toutes les formes de racisme et d'antisémitisme, et pour agir contre leur banalisation ».
« Petites phrases »
La plus haute juridiction administrative du pays avait été saisie par le ministre de l'Intérieur en urgence après que le tribunal administratif de Nantes eut suspendu dans l'après-midi l'interdiction préfectorale du spectacle Le Mur au Zénith. Une partie des 6 000 spectateurs attendus devant la salle de spectacle a appris l'interdiction alors qu'elle faisait la queue pour assister à la représentation. Les forces de l'ordre se sont déployées en nombre autour de la salle. L'humoriste a pour sa part appelé ses fans à rentrer chez eux, sur sa page Facebook. « Ils cherchent l'affrontement physique, donc rentrez chez vous en chantant la Marseillaise! Dieudonné fera une vidéo demain (aujourd'hui) sur la chaîne YouTube », écrit-il sur sa page Facebook où il affiche 513 571 « amis ».
Lors de l'audience devant le tribunal administratif de Nantes, hier matin, l'avocat de Dieudonné avait appelé le juge des référés à faire respecter la liberté d'expression et de réunion. « Aujourd'hui, nous ne sommes pas dans un référendum pour déterminer le pourcentage de pour et de contre », avait plaidé Me Jacques Verdier. « Nous sommes là pour déterminer si un artiste a le droit de jouer et de s'exprimer. » Le tribunal avait jugé que les « propos provocants et choquants » de Dieudonné à l'encontre de la communauté juive étaient « susceptibles de relever d'incriminations pénales », tout en relevant que le spectacle Le Mur ne pouvait « être regardé comme ayant pour objet essentiel de porter atteinte à la dignité humaine ». « Artiste sulfureux » et « banni », Dieudonné ne serait pas antisémite, selon son avocat, mais seulement un militant « propalestinien ». Et ses « petites phrases lâchées ici et là », qui lui ont valu plusieurs condamnations, ne seraient que « la réponse à des provocations préalables ». Son geste controversé de la « quenelle » ne serait d'ailleurs qu'un « bras d'honneur revisité », selon Jacques Verdier, alors que Manuel Valls y voit un geste antisémite. Selon un sondage CSA réalisé par le site
Atlantico.fr, 52 % des Français sont favorables à l'interdiction des spectacles du polémiste, mais 64 % pensent que la mesure ne sera pas efficace pour lutter contre l'antisémitisme.
Parallèlement, la justice enquête sur des mouvements financiers autour des comptes de Dieudonné et ses proches et le soupçonne, via ces derniers, de blanchir son argent en l'expédiant au Cameroun, selon une source judiciaire. L'enquête a été ouverte en février 2013 par le parquet de Chartres à la suite d'un signalement par Tracfin, la cellule antiblanchiment de Bercy, selon Le Canard enchaîné et Le Monde. Selon Le Monde, Dieudonné doit 887 135 euros au Trésor public et 65 280 euros d'amende, dont 38 000 après des condamnations définitives.
(Sources : agences)


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