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Liban - Autodafé

On a brûlé les livres, pas les consciences...

Dans les rues étroites du souk, les Tripolitains témoignent de leur indignation.

Une manifestation a été organisée samedi à Tripoli en guise de soutien au père Ibrahim Sarrouj.

Aujourd'hui, le père Ibrahim Sarrouj, retiré à Koura, ne viendra pas. À sa place, des centaines de manifestants masqués pour ne pas inhaler la fumée essaient de se frayer un chemin pour accéder à la bibliothèque
al-Sa'eh : une mine de livres et de manuscrits, située dans une étroite et sombre ruelle. L'indignation est partout. Les riverains ont encore du mal à y croire. « Le père Sarrouj est un ami et une connaissance de longue date, confie Nivine Afiouni. Il a toujours défendu l'unité de Tripoli. Il s'adressait à tout le quartier en disant "as-salamou alaykom". Il a aidé un grand nombre d'étudiants de l'Université libanaise en faisant des donations de livres. C'est un humaniste. »


Quelque 85 000 livres brûlés. Telle est une estimation des dégâts matériels. Mais sur le terrain, l'incendie a provoqué une émotion non estimable en chiffres. « Je venais ici tous les deux jours pour lire, raconte un volontaire, outré. Depuis quelque temps toutefois, j'avais un mauvais pressentiment. Le père avait déjà été harcelé à plusieurs reprises. »


Au lendemain de l'incendie la bibliothèque al-Sa'eh, de nombreux jeunes sont venus, dès le matin, nettoyer les lieux et sélectionner les livres qui n'ont pas été trop endommagés. « Le père Sarrouj travaillait, avec ses modestes moyens, sur l'archivage informatique de la bibliothèque, poursuit le volontaire. On craint que celui-ci ne soit irrécupérable car l'ordinateur a été détruit. »


Parmi les manifestants, beaucoup ont entendu parler de la bibliothèque, sans nécessairement la fréquenter. L'indignation est tout de même à son summum.
« Je ne connais pas très bien cette bibliothèque, mais je sais qu'elle renferme de nombreux livres de valeur, notamment pour les spécialistes en théologie ou sociologie. Apprendre qu'une bibliothèque a été brûlée me rend malade et suscite beaucoup de questions. Si on détruit la langue et la culture, par quel biais va-t-on dialoguer ? » se demande Jean Ratl, professeur de théâtre.

 

Menaces et négligences
Deux jours avant l'incendie, des personnes non identifiées ont tiré sur Bachir Hazouri, le jeune homme qui aidait le prêtre dans la gestion de la bibliothèque. En raison des menaces de mort à l'encontre du prêtre, la police s'est rendue sur place le jour même afin d'assurer la surveillance des lieux. Pourtant, les malfaiteurs ne manquent pas leur coup, ce qui suscite l'interrogation et la stupeur parmi les habitants. Où étaient les policiers à ce moment-là ? Pourquoi la garde n'était-elle pas assurée, alors que les policiers avaient été mis au courant des risques d'agression contre la bibliothèque ?


Au cours de la manifestation, certains ont tenté de donner à l'affaire un caractère politique, comme ce cheikh qui a affirmé que « tout est de la faute de la Syrie et des Iraniens ». Pourtant, le mouvement se voulait d'abord apolitique. Mou'taz, volontaire actif, a prononcé un discours et exposé, un à un, les exemplaires du Coran qui ont été brûlés, une façon pour lui de démontrer l'absurdité d'un acte présumé intégriste islamiste et de rendre par le fait même un hommage au père Sarrouj qui est un homme du peuple.
« Nous refusons que quiconque donne à cette affaire une dimension politique et se l'approprie au nom d'une idéologie donnée. Parlons au nom de tous les Libanais », objecte Farah, jeune manifestante, dont la grand-mère habite les environs.
Entre-temps, les manifestants ont fait des dons pour permettre une restauration rapide des lieux
endommagés.

 

 

 


Aujourd'hui, le père Ibrahim Sarrouj, retiré à Koura, ne viendra pas. À sa place, des centaines de manifestants masqués pour ne pas inhaler la fumée essaient de se frayer un chemin pour accéder à la bibliothèqueal-Sa'eh : une mine de livres et de manuscrits, située dans une étroite et sombre ruelle. L'indignation est partout. Les riverains ont encore du mal à y croire. « Le père...

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