On n'a pas suffisamment insisté sur l'anniversaire symbolique de l'an 2013 en tant que commémoration de l'Édit de Milan en 313 par lequel l'empereur romain Constantin mit fin à la persécution du christianisme sans toutefois en faire la religion officielle de son empire. La critique contemporaine a réhabilité les motivations de Constantin en mettant en lumière la dimension morale de son adhésion à la vision chrétienne du monde et de l'homme. Dix-sept siècles plus tard, qu'est donc devenue cette même dimension morale et quelle image donne de lui-même le christianisme, dans son bercail oriental notamment ?
Le monde entier n'a d'yeux que pour les Orientaux chrétiens qu'on dit en grave danger d'extermination par les ennemis de Bachar el-Assad et Hassan Nasrallah. Le monde entier, savamment manipulé par la propagande du régime de Damas et de ses relais cléricaux, assiste, dans un silence quasi démoniaque, à l'ethnocide du peuple de Syrie offert en holocauste à la gloire d'un tyran aux côtés duquel Teglat-Phalassar, Vlad l'Empaleur ou Adolf Hitler font figure de précurseurs éloquents, voire de pâles figures. Les nouveaux fléaux de Dieu, le régime de Damas et ses complices ont fait de nombreuses émules aussi performantes qu'eux. Un ramassis immonde de la lie de l'humanité, à savoir les ultra-islamistes sanguinaires, se sont apparemment donné rendez-vous dans le nord de la Syrie et massacrent à qui mieux mieux tout ce qui leur déplaît. Parmi eux, on compterait de multiples convertis occidentaux belges, danois, australiens, français, allemands, voire suédois. Il y a quelques décennies, ces nouveaux fous de Dieu auraient constitué les tueurs nihilistes de la bande à Bader ou de l'Armée rouge japonaise. Aujourd'hui, c'est l'islamisme le plus abject, parce que le plus sanguinaire, qui attire ces rejetons du nihilisme
occidental.
Comme cohortes auxiliaires de ces légions des ténèbres, de nombreuses organisations d'extrême droite, fascistes ou néonazies, participent au massacre, face au silence invariablement démoniaque du monde. Crise de la modernité diront certains. Postmodernité, voire postchristianisme, diront d'autres. Mais ce qui se révèle derrière ces étiquettes est une métamorphose de l'homme que je n'ose pas appeler évolution. Comme le disait Tzevan Todorov, l'homme a définitivement atteint le statut d'une « chose », une sorte d'excroissance accidentelle de l'écorce terrestre. Il est devenu manipulable à souhait, telle une pâte à modeler. Prise dans l'engrenage des réseaux sur lesquels elle n'a aucune prise, la chose humaine se distingue par une spiritualité d'épicier-comptable qui lui garantit une étanchéité absolue à l'intelligence politique et à la conscience morale. Elle demeure capable d'éprouver des soubresauts émotifs ayant pour origine ses propres entrailles. C'est ce qu'on constate face à la passivité inhumaine du monde à l'égard de l'incommensurable tragédie du peuple syrien.
Avant les prises de position politiques, il y a l'humain, l'élémentaire humain. Tout se passe comme si nous avions dépassé ce stade. Serions-nous entrés dans une post-humanité dont le révélateur serait la crise profonde du religieux en général et du christianisme en particulier ? L'homme martyrisé de Syrie ne réveille pas l'humain en nous. De plus, la victime se trouve accablée ou culpabilisée. Son calvaire est celui du paria dont la condition de nature est d'être un bouc émissaire ; ou encore celui du criminel qui connaît ainsi son juste sort.
Face à une telle tragédie, on demeure sans voix en entendant les imprécations lancées par certaines autorités ecclésiastiques. On croirait entendre la foule de Jérusalem qui hurlait, deux mille ans auparavant, à Ponce Pilate lors du procès de Jésus de Nazareth : « Nous n'avons d'autre roi que César.
Crucifiez-le. »
Nos lecteurs ont la parole - D’Antoine Courban
Échos de l’agora - L’homme post-humain
OLJ / le 27 décembre 2013 à 00h00


C'est beau...et inutile...d'abord parce que le "monde entier" se fout de la Syrie comme d'une guigne en général,et ensuite parce qu'il se fout encore plus des chrétiens de Syrie...tout comme il s'est foutu de ceux d'Irak ou d'Egypte. Et dois je rappeler que Jésus était seul?
13 h 02, le 30 décembre 2013