L’iranologue d’origine libanaise, à gauche, lors d’un débat télévisé.
Elle est une référence dans le cercle de la recherche aux États-Unis pour sa vaste connaissance de l'Iran et de l'islam d'aujourd'hui. Elle s'appelle Geneive Abdo et elle est d'origine libanaise. Son parcours est jalonné de substantiels passages dans les plus prestigieux des « think tanks », (centres de recherches qui souvent inspirent les idées politiques) : Brookings Institute, Middle East Program, etc. Actuellement, elle est active au sein du Stimson Center, réputé pour ses analyses qui visent à collecter des données sur des alternatives politiques pour un monde plus sécurisé et plus paisible. Sans compter une brillante carrière de journaliste, menée en parallèle auprès de publications telles le Guardian, l'Economist et l'International Herald Tribune. Elle avait débuté sa carrière en étant la première journaliste américaine à être basée en Iran au début de la révolution islamique, en 1979.
« Je travaille sur les sujets de l'islam depuis une vingtaine d'années, explique-t-elle. Je crois qu'on ne peut pas comprendre le Moyen-Orient sans tenir compte de la dimension religieuse et politique de l'islam contemporain. Je me suis concentrée sur l'Égypte et l'Iran parce que je pense que ces deux pays sont caractéristiques des deux tendances religieuses très distinctes de la région. »
À noter que son premier ouvrage sur les Frères musulmans, qu'elle avait publié en 2000, prédisait la montée de l'islamisme dans ce pays. Tout le monde à l'époque, à part son éditeur (Oxford University Press), lui avait fait remarquer qu'elle avait tort et que l'Égypte était en train de devenir un pays séculier. Aujourd'hui, les événements lui ayant donné raison, on vient de rééditer son titre.
Du « cocooning » libanais à l'ouverture mondiale
Rien dans son background ne laissait prévoir l'orientation qu'elle allait prendre. Née au Texas, issue d'une troisième génération d'émigrés libanais, Geneive Abdo a grandi dans une famille libanaise très « cocooning », avec l'obligatoire déjeuner dominical autour de la grand-mère et d'invités d'origine moyen-orientale. Au menu, bien sûr, des spécialités libanaises. Sans compter les incontournables visites de tantes, d'oncles, de cousins et de cousines, dimanche soir. Et l'inscription à une école
catholique.
À partir de là, Geneive va vers une plus grande ouverture : des études de sciences politiques à l'Université du Texas puis à l'Université de Princeton, étude de la langue arabe au Middlebury College. Entre-temps, elle reçoit le prestigieux prix John Simon Guggenheim (récompensant les grandes aptitudes académiques). Suit la période du journalisme avec couverture du monde arabe. Le tout, couronné par un poste à l'Alliance des civilisations au sein des Nations unies, un projet créé sous le mandat de (l'ancien secrétaire général de l'ONU) Kofi Annan pour faire baisser la tension entre l'Occident et les sociétés islamiques.
Son expertise est omniprésente dans la grande presse écrite et audiovisuelle : Foreign Affairs, Foreign Policy Magazine, The New York Times, The Washington Post, The Washington Quarterly, The New Republic, Newsweek, The Nation, The Christian Science Monitor, CNN, National Public Radio, the BBC, the Oprah Winfrey Show, al-Jazira, PBS et autres ondes et petits écrans.
« Je suis passionnée par le travail que je fais, dit-elle. Il me stimule personnellement et professionnellement, et je suis déterminée à mettre mes idées en avant, même si elles contredisent la sagesse conventionnelle, ce qui est souvent le cas. »
Et c'est exactement ce qui est arrivé à la publication de son premier livre, Il n'y a de Dieu que Dieu, en 2000. Cela ne l'a pas empêché de continuer à écrire : Répondre seulement à Dieu (2013) et La Mecque et le courant public (2006).
Le débat est son cheval de bataille et sa seconde nature. Le choix de son prénom serait une prémonition. Elle précise à ce sujet : « L'origine de mon prénom est le résultat d'un conflit familial. Mon père voulait m'appeler Geneviève comme sa mère. Ma mère, elle, qui était toujours en désaccord avec sa belle-mère, a refusé. Le compromis est tombé sur Geneive ».


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