Javad Nekounam ne rejoindra pas le onze de Charjah : l'Iran a interdit au capitaine de son équipe nationale d'accepter les 2 millions de dollars proposés pour son transfert. Dans la foulée, le président de la fédération iranienne, Ali Kaafashian, a annoncé que neuf autres joueurs devront rester dans le pays, pour la plus grande gloire du football local. D'autres nouvelles du ballon rond dans le Golfe? Les championnats locaux s'appelleront ici Ligue du golfe Persique et là Ligue du golfe Arabe. Le réalisme imposerait donc de ne pas soulever des sourcils étonnés à la lecture des comptes rendus sur le dernier sommet du Conseil de coopération régional qui a clôturé ses travaux hier. Sur un constat de semi-succès, c'est-à-dire de semi-échec.
En l'absence des Saoudiens, des Émiratis et des Omanais, Koweïtiens, Bahreïnis et Qataris se sont félicités de l'accord du 24 novembre dernier intervenus entre les 5+1 et la République islamique sur son programme nucléaire. Néanmoins, ils demandent à celle-ci d'œuvrer à concrétiser dans les faits ledit accord. La précision s'imposait parce que, si tout le monde ou presque reconnaît la dangerosité de ce voisin, nul à part les irascibles Saoudiens n'irait jusqu'à brandir contre lui l'étendard de la révolte, encore moins la bannière noire du jihad. Trop d'intérêts communs sont en jeu, économiques surtout ; trop de craintes aussi, non pas du grand méchant loup perse mais... du grand frère wahhabite qui montre une hâte suspecte à ramener au bercail des brebis qui ont un peu trop tendance, selon lui, à lorgner de l'autre côté d'un Golfe que tout le monde convoite.
Face à un énième rappel de la cour de Riyad, le ministre omanais des Affaires étrangères, Youssef ben Alwi ben Abdallah, a fait montre d'une inhabituelle sécheresse. « Il ne saurait être question d'une union », a-t-il dit lors d'une visite à Bahreïn. Sur un ton tout aussi péremptoire, l'émir Turki ben Fayçal, ancien chef des services de renseignements, a commenté : « Oman a parfaitement le droit d'exprimer son point de vue. Je ne pense pas que cela empêchera le regroupement de s'opérer. » Et pour enfoncer le clou, il a jugé qu'un rapprochement encore plus étroit entre les pays du Conseil de coopération du Golfe « est inévitable ». Il se vendra encore des centaines de milliers de barils de pétrole avant de voir les héritiers de Abdel Aziz ben Saoud pardonner au sultan Qabous pour avoir abrité dans sa capitale, dès le mois de mars 2013, les rencontres préliminaires entre Américains et Iraniens.
Créé dès 1981 – soit deux ans après le retour triomphal de Ruhollah Khomeyni et le départ du chah –, le CCG ne faisait pas mystère à l'époque de son principal objectif : contrer la montée en puissance de « régimes non arabes ». Ce qui n'a pas empêché ses dirigeants, le roi Abdallah ben Abdel Aziz en tête, de féliciter Hassan Rohani pour sa victoire à la présidentielle et plus récemment pour l'accord intérimaire sur le nucléaire. Et il y a quelques semaines, le prince Turki ben Fayçal, toujours lui, proposait une participation des pays arabes producteurs de pétrole aux pourparlers qui devaient déboucher sur cet accord. Il est loin le temps où les États-Unis étaient invités à « couper la tête du serpent »...
Depuis le printemps arabe, les divergences entre cousins n'ont fait que s'accentuer, marquées notamment par le cavalier seul du Qatar et maintenant par l'apparition en force, sur la scène, de la République islamique à la suite de la catastrophique guerre menée en Irak par l'administration Bush puis de la guerre civile en Syrie. À cela s'ajoute le fait que les rapports avec le Big Brother américain étaient déterminés par la crainte qu'inspiraient les visées iraniennes, qu'il s'agisse du maintien de bases US dans la région, de la sécurité des zones pétrolifères, de la protection occulte des régimes en place et, par voie de conséquence, des marchés d'armes conclus périodiquement.
Le chapelet d'émirats qui s'étalent le long de la côte, dominés par ces géants que sont l'Iran et l'Irak, recèle 52 pour cent des réserves mondiales d'or noir et de gaz, dont l'extraction revient à un prix d'une modicité inégalée partout ailleurs dans le monde : 4 dollars par baril. De plus, trente-deux pour cent du brut produit dans le monde emprunte le détroit d'Ormuz. Enfin, dans la pratique, on préfère fermer les yeux de part et d'autre sur le volume des échanges, souvent par boutre, qui aident l'économie iranienne à garder la tête hors de l'eau.
Voilà pourquoi, sans illusion, chacun continuera de camper sur ses positions, l'occupation depuis 1971 par Téhéran d'Abou Moussa et des deux Tomb ne prendra pas fin demain, les Saoudiens ne cesseront pas de croire au mirage de l'union et il faudra bien un jour que tombe leur colère contre les USA. Mais sur l'identité du Golfe, on se battra toujours, rhétorique faisant office de cimeterre au tranchant ébréché.
En l'absence des Saoudiens, des Émiratis et des Omanais, Koweïtiens,...


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
LA PAIX DANS LE GOLFE QU'ON VEUILLE L'APPELER PERSIQUE OU ARABIQUE EST DE L'INTÉRÊT DE TOUS LES PAYS LIMITROPHES, TOUT COMME DE TOUTE LA RÉGION DU MOYEN ORIENT ET SÛREMENT AU-DELÀ... ET DE NOTRE PAYS EN PARTICULIER !
08 h 50, le 12 décembre 2013