La télévision publique y voit « la main de l'Occident » et minimise leur ampleur : les manifestations pro-européennes en Ukraine font l'objet en Russie d'un traitement médiatique qui rappelle selon des experts la propagande soviétique. L'experte russe des médias Irina Petrovskaïa cite au premier chef la chaîne publique Rossia 1, avec son présentateur vedette Dmitri Kisselev. Connu pour ses commentaires acerbes sur l'opposition russe, antiaméricains ou antigays, M. Kisselev, qui anime une émission hebdomadaire le dimanche soir, vient d'être nommé par le président Vladimir Poutine à la tête du nouveau groupe d'audiovisuel extérieur russe. Un casque de policier au viseur brisé entre les mains, il a affirmé dimanche soir à l'antenne que les leaders de l'opposition ukrainienne avaient fait sciemment le choix du sang en provoquant des affrontements à Kiev. « Les leaders ont poussé avec cynisme de pauvres étudiants (...) parce qu'il fallait faire couler du sang pour leur scénario », a-t-il lancé.
« Mensonges et galimatias »
Ces affrontements, qui ont fait plusieurs centaines de blessés, « sont une coproduction avec l'Occident », selon lui. La place de l'Indépendance à Kiev, « un petit point sur le corps de l'Ukraine, serait inoffensif si on le cautérisait au fer rouge », a-t-il déclaré. Il s'en est pris au ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle, qui s'est rendu auprès des manifestants à Kiev la semaine dernière. « M. Westerwelle, qui vit en couple homosexuel (...), a été visiblement émoustillé par les corps superlourds des frères (boxeurs et opposants ukrainiens Vladimir et Vitali) Klitschko », a-t-il dit avec un sourire sarcastique. La secrétaire d'État adjointe américaine, Victoria Nuland, a quant à elle lancé des « menaces directes » au pouvoir ukrainien, selon lui, quand elle a évoqué « le risque de chaos et de violences » en Ukraine.
Les commentaires véhéments de ce présentateur, dont les émissions peuvent être regardées en Ukraine, ont été à l'origine d'un incident lors d'une intervention en direct depuis Kiev du correspondant d'une autre chaîne de télévision publique russe, Rossia 24. Dimanche, un Ukrainien indigné a surgi brusquement devant la caméra, écartant le journaliste russe pour dénoncer devant des millions de téléspectateurs les « mensonges et galimatias » proférés, notamment par M. Kisselev et sa chaîne, sur l'Ukraine. Une chaîne ukrainienne, 24, a de son côté accusé la chaîne Rossia 1 d'avoir détourné des images d'un « manifestant » au visage flouté qui reconnaissait être rémunéré, en affirmant qu'il était dans l'opposition alors qu'il s'agissait en fait d'un manifestant propouvoir. Un autre documentaire, diffusé le 3 décembre sur la chaîne NTV du géant Gazprom, affirme lui aussi que les États-Unis et l'UE « financent en secret » les manifestants en Ukraine.
La principale chaîne publique russe, Pervy Kanal, a de son côté été raillée sur l'Internet pour avoir affirmé dimanche que l'opposition ne mobilisait à Kiev que « quelques centaines de manifestants », et que la vague de protestations « touchait à sa fin », alors que des milliers de personnes, bientôt 300 000, manifestaient. « De moins en moins de gens croient ces mensonges », a assuré le blogueur Aleks Pravdorezov.
L'experte Irina Petrovskaïa n'est pas de cet avis. « La propagande à la télévision est toujours très efficace », a-t-elle dit. Quelques petites chaînes privées, comme Dojd ou Ren-TV, se démarquent de la ligne officielle, mais elles ont une diffusion limitée et leur audience est faible. Pour l'analyste indépendante des media Anna Katchkaeva, le ton de la télévision russe à l'égard de l'Ukraine est celui d'un « frère aîné qui lui fait la leçon ». « Cette réaction traduit la position du pouvoir russe, qui craint que les mêmes protestations n'enflamment un jour la Russie », dit-elle.
(Source : AFP)


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