Beyrouth, 13 avril 1975, des inconnus qu'on ne retrouvera jamais, à bord d'une voiture sans plaque d'immatriculation, comme surgis de nulle part, abattent à bout portant en plein cœur du quartier chrétien de Aïn el-Remmaneh un responsable Kataëb et blessent trois autres phalangistes. C'en était trop pour ces farouches patriotes libanais, intransigeants sur leur nationalisme qu'étaient les Phalanges. Depuis plusieurs mois déjà, ils n'ont cessé de supporter l'insupportable au nom d'une pâle unité nationale à laquelle plus personne ne croyait. L'assassinat d'un des leurs, en plein jour, sera la goutte qui fera déborder le vase. Ils réagiront et depuis ce 13 avril on s'est beaucoup battu au Liban. Une fois la paix revenue, le nom des Kataëb restera lié chez certains à la fusillade de Aïn el-Remmaneh et à l'étincelle qui a mis le feu aux poudres et conduit à la guerre. Beaucoup de personnes iront même jusqu'à résumer les quinze années d'affrontement en une image, celle du milicien en cagoule sablant le champagne devant des corps calcinés, et en deux mots : Sabra et Chatila. Rien n'est plus injuste que ces jugements. L'exécution du poète Garcia Lorca par les franquistes durant la guerre civile espagnole ne doit pas éclipser le meurtre par les communistes du jeune chef phalangiste Jose Antonio Primo de Rivera et les bombes de Guernica ne doivent pas éclipser celles de Tolède, disait l'historien et écrivain Jacques Benoist-Méchin. Que dire alors quand il s'agit de soixante-dix-sept années de combats, de sacrifices et d'abnégation. Les Phalanges, c'est avant tout des générations d'hommes et de femmes qui ont œuvré et œuvrent toujours pour un Liban affranchi de toute tutelle et de toute forme de domination étrangère. L'indépendance de notre pays que l'on vient de célébrer il y a quelques jours fut le fruit du combat qu'ont mené côte à côte les Najjadé et les Kataëb. Au panthéon des grands hommes de l'indépendance que l'on se doit d'honorer chaque année, aux côtés de Riad el-Solh, de Saëb Salam, de l'émir Majid Arslan, de Béchara el-Khoury et de Camille Chamoun, se trouve cheikh Pierre Gemayel, le fondateur historique des Phalanges libanaises.
En 1958, face à la révolution qui voulait anéantir notre pays et le transformer en une province sans identité, ni drapeau, ni frontières, les Kataëb s'érigeront en rempart de la patrie. Ils seront les murailles du Liban. Ils le seront aussi en 1975 quand, comme un seul homme, des milliers de jeunes qui aimaient follement la vie et que rien ne préparait à un destin tragique, ont répondu sans calcul à l'appel et se sont dressés derrière Pierre Gemayel pour se battre avec un courage qui a forcé l'admiration. Ils seront les graines d'une plante tenace, cinq mille martyrs en font foi. Comment ignorer cela ? De même, comment feindre d'ignorer que les Kataëb sont toujours populaires, qu'ils sont présents dans toutes les villes et tous les villages du Liban et qu'ils continuent à donner des preuves d'un grand patriotisme et d'une abnégation sans pareils et comme dans le passé leur sang est toujours fidaka ya Loubnan.

