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Santé

Au Liban, comme au niveau mondial, les jeunes de plus en plus touchés par le sida

Pandémie

Dans son rapport annuel sur le sida, l'Organisation mondiale de la santé déplore une hausse de 33 % depuis 2001 du nombre d'adolescents vivant avec le virus.

Nada MERHI | OLJ
03/12/2013

Paul avait 22 ans lorsqu'on lui a annoncé qu'il était porteur du virus de l'immunodéficience humaine (VIH), communément appelé virus du sida. « La nouvelle est tombée comme un couperet, confie le jeune homme de 24 ans. C'était comme si on m'annonçait la fin du monde. Je me sentais perdu et abandonné. Je n'avais personne vers qui me tourner. »
Paul est homosexuel. À l'instar de nombreux hommes de la communauté gay, il vit dans l'ombre et dans la promiscuité. « J'ai toujours eu des relations protégées, affirme-t-il. Mis à part une ou deux expériences... »


« En général, ce sont ces rares expériences non protégées qui sont les plus risquées », explique le Dr Jacques Mokhbat, spécialiste en maladies infectieuses et président de la Société libanaise du sida. « Depuis quelques années, nous constatons une nette transformation de l'épidémiologie du sida au Liban, poursuit-il. L'épidémie est désormais ancrée dans le pays et touche beaucoup plus les jeunes avec une moyenne d'âge inférieure à 30 ans. Depuis une dizaine d'années toutefois, le sida est devenu plus prévalent chez des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, alors qu'au départ, la maladie était diagnostiquée en majorité chez les hétérosexuels. »


Selon le Dr Mokhbat, cette transformation épidémiologique du sida au Liban est due principalement à un manque de sensibilisation de cette catégorie de la société. « Au départ, comme l'épidémie touchait surtout les personnes qui avaient voyagé et qui étaient en majorité hétérosexuelles, la campagne au Liban s'était principalement orientée vers les hétérosexuels, d'autant que les données concernant les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes étaient assez limitées, explique le Dr Mokhbat. Depuis une quinzaine d'années, nous notons un déplacement progressif de l'épidémie vers ces groupes vulnérables. La campagne les ciblant a toutefois tardé à suivre, surtout que ces personnes étaient difficiles à atteindre par les messages ciblés. L'apparition de certaines ONG traitant directement avec les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et l'émergence d'une culture médicale plus ouverte ont permis la mise en place de campagnes ciblées ainsi qu'un meilleur accès de ces personnes aux tests, aux conseils et aux soins. »

 

119 nouveaux cas
L'épidémiologie du sida au Liban suit la tendance mondiale, le nombre des adolescents porteurs du virus ayant progressé, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Dans un rapport publié à la veille de la Journée mondiale de lutte contre le sida, célébrée le 1er décembre, l'agence onusienne indique que plus de deux millions de personnes dans le monde, âgées entre 10 et 19 ans, vivent avec le virus, soit « une hausse de 33 % depuis 2001 ». Un constat qui a poussé l'OMS d'ailleurs à lancer de nouvelles lignes directrices concernant le VIH et les adolescents.


« Au Liban, l'épidémie du sida n'est pas encore installée parmi les adolescents, mais on constate de plus en plus de cas chez des jeunes de moins de 18 ans, s'inquiète le Dr Mokhbat. Des campagnes de sensibilisation ont été menées dans certaines écoles et universités. Celles-ci manquent toutefois sérieusement dans nombre d'écoles, surtout publiques. »


Selon le Programme national de lutte contre le sida, 119 nouveaux cas d'infections ont été enregistrés au Liban, portant ainsi à 1 671 le nombre cumulatif de cas au Liban. Le virus est détecté en grande majorité chez les hommes (88 % des cas) et les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (44,6 %). Le virus est surtout détecté chez les personnes âgées entre 15 et 29 ans (29 % des cas) et entre 30 et 59 ans (46,3 %). Les relations sexuelles non protégées restent le principal mode de transmission (90 % des cas).

 

Renforcer les campagnes
« Malheureusement, un certain laisser-aller est constaté actuellement au niveau des campagnes, relève le Dr Mokhbat. Celles-ci doivent être renforcées, notamment auprès des jeunes, d'autant qu'elles ont prouvé leur efficacité. »
En effet, « les gens viennent se faire tester plus tôt que d'habitude, bien avant l'apparition des symptômes cliniques du sida », indique-t-il. « Ils sont plus conscients sur ce point », constate le Dr Mokhbat. En ce qui concerne les raisons pour lesquelles ils viennent réclamer un test de contrôle, le spécialiste souligne qu'ils le font « pour se tranquilliser, suite à une relation risquée ». D'autres se font tester d'une manière routinière « parce qu'ils ont un comportement qui pourrait être à risques ».


Le virus du sida est également détecté « lors des examens requis par certains pays pour obtenir un visa ou pour le renouvellement du permis de séjour », poursuit le Dr Mokhbat, qui dénonce « un comportement inacceptable d'un point de vue éthique, tant au Liban que dans d'autres pays de la région ».
Pour ce qui est de la transmission du virus de la mère à son enfant, le spécialiste note qu'elle est « très limitée » au Liban. « Soit les femmes sont connues séropositives et leur grossesse est donc contrôlée, soit elles sont dépistées durant la grossesse et elles sont également contrôlées, indique-t-il. Malheureusement, le dépistage du virus du VIH chez les femmes enceintes n'est pas encore systématique. Nos collègues en gynécologie obstétrique ne le demandent pas à leurs patientes pour éviter de créer des altercations au sein du couple. Or ce test est important au même titre que celui de l'hépatite et de la rubéole. Le test prénatal du virus du sida est beaucoup plus important que le test pré-marital, d'autant qu'il est possible de prévenir la transmission du VIH à l'enfant. »

 

Une maladie traitable
Au début, Paul a eu des difficultés à surmonter sa maladie. « Le traitement avait des effets secondaires et je ne pouvais pas me confier à mes parents qui ignorent toujours que je suis homosexuel, indique-t-il. Mais aujourd'hui, avec du recul, je peux dire que c'est l'une des meilleures choses qui me soient arrivées. Ce n'est pas que j'aime être malade, mais le sida m'a permis de me réconcilier avec ma condition d'homosexuel. Depuis un an, je suis dans une relation stable. Mon copain est conscient de ma maladie et il m'accepte comme je suis. Sur le plan médical, je peux dire que le sida est parfaitement contrôlé. »


S'il y a un conseil à donner, Paul affirme qu'il faudrait « se respecter, se protéger et chercher à avoir une relation stable ».
Il s'agit d'ailleurs du principal message véhiculé par les campagnes au Liban. « Il faut que les gens sachent que bien qu'il ne soit pas encore guérissable, le sida est traitable, insiste le Dr Mokhbat. Ce n'est pas toutefois une raison pour ne pas se protéger. Il est important d'initier le traitement le plus tôt possible pour mieux contrôler la maladie. L'adhésion au traitement est également primordiale pour éviter toute résistance du virus. »


Peut-on prévenir le sida ? « Le traitement précoce des personnes vivant avec le VIH permet de diminuer la charge virale dans le sang et par conséquent dans les secrétions génitales, ce qui diminue considérablement le risque de transmission, indique le Dr Mokhbat. L'un des meilleurs moyens de la prévention médicalisée réside donc dans le traitement des personnes infectées. Par ailleurs, plusieurs études ont montré que le traitement du partenaire séronégatif avant ou après une relation à risques pourrait également prévenir la transmission de quelque 60 %. Toujours est-il que la meilleure prévention consiste à associer plusieurs actions combinées, telles l'utilisation de préservatifs, le choix du partenaire, le traitement du partenaire infecté, ainsi que le traitement pré ou post contact. »

 

Pour mémoire
« Khallik Salbeh », du théâtre pour sensibiliser les jeunes sur le sida

Sida : des nouvelles encourageantes dans la recherche d'un traitement curatif

 

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