L’OCDE a abaissé hier ses prévisions de croissance mondiale pour 2013 et 2014, « en grande partie à cause de perspectives dégradées dans plusieurs pays émergents », et a appelé à la rescousse les banques centrales, mais aussi l’Allemagne et les États-Unis.
L’OCDE table désormais sur une croissance mondiale de 2,7 % cette année et 3,6 % l’an prochain, et donne une première prévision pour 2015, à 3,9 %, selon son rapport annuel de conjoncture. En mai, dans ses dernières prévisions, elle avait annoncé attendre 3,1 % pour 2013 et 4,0 % pour 2014.
« L’économie mondiale continue à progresser à un rythme modéré, avec une certaine accélération attendue en 2014 et 2015 », a indiqué l’OCDE, ajoutant : « Les prévisions de croissance mondiales ont toutefois été revues en baisse de manière significative en grande partie à cause de perspectives dégradées dans plusieurs pays émergents. »
Certains grands pays émergents tels que le Brésil ou la Russie ont fait face cette année à un ralentissement de leur croissance, parfois conjugué à des turbulences financières ou sociales.
L’Organisation note un changement de paradigme au niveau mondial : jusqu’ici « les impulsions dans les économies émergentes avaient des effets d’entraînement positifs sur les pays avancés », mais désormais « l’environnement économique mondial pourrait faire office d’amplificateur et de courroie de transmission pour des chocs négatifs » en provenance de ces mêmes pays.
L’OCDE a tiré les leçons de la tourmente qu’ont connues cet été les devises de plusieurs pays émergents, face à la perspective d’un durcissement de la politique monétaire américaine, et à des inquiétudes sur leur croissance.
Le phénomène « a été particulièrement marqué au Brésil, en Inde, en Indonésie, en Afrique du Sud et en Turquie, pays dont les besoins de financement extérieurs sont importants », tandis que « la Chine a été une exception », résistant mieux que les autres.
Faire contrepoids
Face à ce ralentissement des pays émergents, l’OCDE en appelle à la Réserve fédérale américaine (Fed) et à la Banque centrale européenne (BCE) pour faire contrepoids. Aux États-Unis, « les achats en masse de bons du Trésor devront être graduellement réduits quand la croissance prendra des forces puis, courant 2015, la Réserve fédérale devrait commencer à relever ses taux ». En zone euro, la BCE « devrait réfléchir à des mesures supplémentaires si les risques de déflation devenaient plus sérieux.
L’OCDE s’inquiète aussi d’un possible retour du psychodrame budgétaire qu’ont connu les États-Unis il y a quelques semaines. Pour elle, s’ils échouaient l’an prochain à relever le plafond de leur dette et se voyaient obligés de tailler à vif dans leurs dépenses pour équilibrer le budget, ils glisseraient dans une récession avec une contraction de leur produit intérieur brut qui pourrait atteindre jusqu’à 6,8 %, entraînant le monde entier, et mettant au chômage 5 millions de personnes rien que dans l’OCDE.
La solution, selon l’Organisation : abolir cette notion de plafond de la dette pour éviter que ne se rejoue chaque année le même scénario, et adopter « une stratégie (budgétaire) crédible à moyen terme ».
Mais l’OCDE ne rappelle pas que les États-Unis à leurs responsabilités. Elle se joint aussi aux appels toujours plus pressés lancés à l’Allemagne, moteur économique en Europe, dont les abondants excédents font des jaloux.
« Peu d’ajustements, voire aucun, se produisent dans les pays en excédent » par rapport à ceux confrontés à des déficits, selon elle, et « un ajustement plus durable et plus symétrique est nécessaire à travers des réformes des marchés de biens et du travail, y compris une libéralisation des services en Allemagne ».
Dans la première économie européenne, « des réformes structurelles destinées à déréguler les services, à faire tomber les barrières au travail à temps complet des femmes et à améliorer l’accès à l’éducation supérieure renforceraient la croissance et contribueraient à un rééquilibrage global ».
Parmi les autres conseils prodigués par le « club des pays riches » : en Europe, recapitaliser les banques et avancer sur le chemin d’une union bancaire ; au Japon, reprendre le contrôle sur un endettement qui pourrait « devenir insoutenable » ; au Royaume-Uni, poursuivre la consolidation budgétaire tout en préservant les dépenses d’infrastructure ; en Chine, prendre conscience du fait que « les ressources de relance budgétaire sont peut-être épuisées » ; en Inde, au Brésil et en Russie, poursuivre ou enclencher la consolidation budgétaire.
(Source : AFP)


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