Avigdor Lieberman a prêté serment lundi devant le Parlement israélien, redevenant ministre des Affaires étrangères un peu moins d'un an après avoir quitté son poste à la suite d'accusations de corruption. AFP PHOTO /MENAHEM KAHANA
Avigdor Lieberman a prêté serment lundi devant le Parlement israélien, redevenant ministre des Affaires étrangères un peu moins d'un an après avoir quitté son poste à la suite d'accusations de corruption. M. Lieberman était accusé d'avoir nommé l'ambassadeur israélien au Bélarus Zeev Ben Arieh au poste d'ambassadeur en Lettonie en échange d'informations policières confidentielles sur une enquête diligentée contre lui.
Mais la semaine dernière, l'indéboulonnable Avigdor Lieberman, a été acquitté de toutes les charges de fraudes pesant sur lui.
De retour à la tête de la diplomatie israélienne, il ambitionne désormais de devenir le chef de la droite en Israël. Un retour qui affaiblit la position du Premier ministre Benjamin Netanyahu, selon les analystes politiques.
Né dans la république soviétique de Moldavie, Avigdor Lieberman, 55 ans, a émigré en 1978 en Israël, où il a travaillé un temps comme videur de boîte de nuit. Diplômé en sciences sociales de l'Université hébraïque de Jérusalem, il a effectué son service militaire et a rejoint le Likoud, le grand parti de la droite nationaliste, dont il a gravi les échelons jusqu'à devenir directeur de cabinet du Premier ministre Netanyahu lors de son premier mandat (1996-1999). Mentor de "Bibi", il est pour beaucoup dans sa carrière politique.
"Il m'a manqué", a réagi lundi M. Netanyahu, "nous avons beaucoup de travail (...) et de grands défis. Bon retour".
Tendances "fascisantes"
Marié et père de trois enfants, M. Lieberman est entré pour la première fois au gouvernement en 2001, comme ministre des Infrastructures nationales dans l'équipe d'Ariel Sharon, avant de détenir les portefeuilles des Transports puis des Affaires stratégiques.
Le retour au pouvoir de M. Netanyahu en 2009, et le beau score de son parti aux élections lui ont valu de devenir ministre des Affaires étrangères, malgré son style fort peu diplomatique.
Les médias l'ont affublé des surnoms de "tsar", de "Raspoutine" et de "KGB", en allusion à son comportement autoritaire et à ses origines, dont son verbe lent en hébreu conserve un lourd accent. Mais là réside aussi l'atout de M. Lieberman, qui a créé en 1999 son propre parti à la droite de la droite, Israël Beiteinou ("Israël notre maison"), capitalisant sur le vote du million d'Israéliens émigrés de l'ex-URSS, une base électorale qu'il a considérablement élargie depuis.
Ses positions extrémistes et son franc-parler, non dénué d'humour, ont valu à cet homme trapu autant d'admirateurs inconditionnels que de critiques fustigeant son racisme, voire ses tendances "fascisantes".
Dans les années 2000, il s'est illustré par des déclarations à l'emporte-pièce, prônant ainsi un bombardement du barrage d'Assouan pour inonder l'Egypte, premier pays arabe à signer la paix avec Israël, en cas de soutien à l'Intifada palestinienne.
Tout récemment, il a exhorté les juifs sud-africains à quitter leur pays pour s'installer en Israël et "éviter ainsi d'être victimes de pogroms", en réaction à la déclaration de la chef de la diplomatie sud-africaine qui avait dénoncé la colonisation des Territoires palestiniens.
Un style peu diplomatique
Avigdor Lieberman se fait aussi un régal de fustiger la politique de l'Union européenne, dont il est devenu la bête noire, l'accusant carrément de suivre une politique pro-palestinienne hostile aux juifs comme avant le génocide nazi.
Le président palestinien Mahmoud Abbas, qu'il qualifie de "terroriste diplomate", est également une de ses cibles privilégiée de ce personnage controversé qui ne croit pas à la possibilité d'un accord avec les Palestiniens.
En 2008, il a ciblé les Arabes israéliens, qualifiant de "cinquième colonne" potentielle ces descendants des Palestiniens restés sur leur terre après la création d'Israël en 1948. Et l'une de ses idées iconoclastes est "l'échange de territoires, populations comprises" qui ferait passer sous administration palestinienne une partie de la minorité arabe d'Israël en échange des colonies de Cisjordanie, un projet qu'il a exposé en 2010 à l'ONU, mais qui a été désavoué par M. Netanyahu.
Résolument laïc, M. Lieberman n'est pas un partisan du "Grand Israël", défendu par le lobby des colons, mais vit à Nokdim, une implantation juive près de Bethléem. Il se dit même prêt à déménager en cas de paix avec les Palestiniens même s'il juge cette perspective irréaliste et plaide pour "un accord intérimaire à long terme".
Selon les commentateurs, le retour de M. Lieberman "constitue un coup dur" pour le secrétaire d'Etat américain John Kerry, qui tente de sauver des négociations israélo-palestiniennes en crise. Lundi, la députée d'opposition Zehava Gal-On a d'ailleurs déclaré que ce retour est "comme placer une bombe dans le processus de paix".
"Calmer le jeu"
Mais d'après le correspondant diplomatique du quotidien Haaretz (gauche), citant mardi de hauts responsables américains, M. Kerry aurait l'intention d'établir de "bonnes relations" avec son homologue israélien.
A peine revenu à son poste, M. Lieberman a d'ailleurs affirmé qu'il était temps de "calmer le jeu" avec les Etats-Unis concernant l'accord en gestation sur le nucléaire iranien. "Nos relations avec les Etats-Unis sont bonnes et stables, rien ne peut changer cela", a assuré M. Lieberman lors d'une cérémonie marquant son retour au ministère.
Le ton est monté ces derniers jours entre Israël et Washington - avec notamment des passes d'armes entre Benjamin Netanyahu et John Kerry - le gouvernement israélien accusant l'administration américaine de trop de souplesse vis-à-vis de Téhéran.
"Il est naturel que nous ayons parfois des différences d'opinion avec les Etats-Unis (...) mais ces différences n'auraient pas dû être exprimées publiquement", a estimé M. Lieberman, dans une critique voilée de M. Netanyahu.
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